Alain Dubois

Éditeur et rédacteur de JeuEnLigne.ca. Critique de l'industrie du gambling et membre d'EmJEU (Éthique pour une Modération du JEU), une coalition de citoyens et de citoyennes préoccupés par les enjeux sociosanitaires reliés aux  "jeux" d'argent et de hasard. Alain Dubois est travailleur psychosocial auprès des joueurs compulsifs (& des toxicomanes) dans un centre public de traitement des dépendances. Page publique d'Alain Dubois sur FACEBOOK: ICI

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2016-10-22

Alain Dubois à "Tout le monde en parle"

Dimanche 9 octobre, j'ai fait un de mes deniers tour de piste, comme expert et critique de l’industrie du gambling à la populaire émission «Tout le monde en parle». Tout-le-monde-en-parle_Alain_Dubois.png

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2015-04-10

Loto-Québec: Blocage des sites de casinos - La neutralité du Net n'est pas menacé mais...

liberte-internet_-_Copie.JPGLe gouvernement du Québec se serait enfin décidé à s'attaquer aux sites privés de jeux d'argent et de hasard en ligne qui offrent leurs produits sur le territoire Québécois. Le gouvernement Couillard souhaite modifier ses lois pour donner à Loto-Québec le mandat d’établir la liste des sites et les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) tel que Vidéotron et Bell auraient l’obligation de bloquer l’accès à ceux-ci. C'est la Régie des alcools, des courses et des jeux qui serait responsable de superviser l’application de ces mesures d'endiguements de l'offre de jeu dite «illégale».

La liberté du réseau Internet n'est aucunement menacé

Plusieurs experts, dont Michael Geist, un avocat ontarien spécialisé en droit d'Internet et Clément Gagnon, spécialiste en sécurité informatique, crient au loup en affirmant que cette mesure serait illégale, menacerait la liberté d'expression et la neutralité du réseau (de l'Internet). Tout d'abord ceux-ci se gardent de mentionner que ce sont des sites marchands et que leurs activités (gambling) tombent sous le Code criminel canadien et qu'à ce titre le gouvernement du Québec peut (et doit) faire appliquer le Code criminel sur son territoire y compris sur Internet et dans tous les autres médias (télé, journaux, radio, etc.). Que l'Internet soit de juridiction fédérale n'y change rien. Déjà les gouvernements des provinces canadiennes interviennent sur la Toile en fermant des sites ou des pages web (pornographie infantile, sites haineux, terrorisme, vente de drogue, etc.). Il y a quelques années, j'ai dû, suite à une ordonnance de non-publication d'un tribunal, restreindre mes activités sur un blogue dédié au recours collectif intenté à Loto-Québec par des victimes des loteries vidéo. Les lois québécoises et le Code criminel s'appliquent à l'ensemble des médias y compris sur Internet.

Au cours de ces 15 dernières années, j'ai eu des échanges avec des officiers de la GRC sur les activités de jeux sur Internet. Voici un extrait d'une correspondance que j'ai retrouvé et qui date de l'année 2006

«Pour ce qui est des juridictions auxquelles vous faites référence, prenez note que le jeu est régi par les instances provinciales et que les provinces ont la main mise et sont les premiers intervenants dans ce domaine.»

Dans tous mes échanges avec la GRC et des autorités fédérales, on me répétait la même chose, en résumé «c'est au gouvernement du Québec de mettre ses culottes et de faire appliquer le Code criminel. Les contestations judiciaires évoquées par Geist et Gagnon m'apparaissent par conséquent peu probables ou du moins vouées à l'échec.

«La neutralité du réseau ou la est un principe qui garantit l'égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet. Ce principe exclut ainsi toute discrimination à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise sur le réseau.» (Wikipedia)

La neutralité du Net ne signifie pas que l'on ne doit pas y intervenir pour mettre fin à des activités illicites, criminelles ou terroristes. L'important est, avant tout, d'y préserver: l 'architecture actuelle; la liberté d'accès et d'expression et n'est pas ça qui est cela qui est en cause ici.

Le problème n'est pas que c'est sites soient accessibles, mais plutôt que leurs propriétaires offrent illégalement leurs produits dans un pays ou cette activité est sous le contrôle étatique des provinces et encadré par des lois et règlements qui leur interdit de le faire.

Faute d'un accord de libre-échange planétaire sur le gambling en ligne (sic) cette activité économique demeure sous la juridiction des États. Les États-Unis et de très nombreux pays européens, dont la France ont appliqué ces dernières années des mesures d'endiguements pour contrer l'offre illicite de jeux en ligne sur leur territoire y compris le blocage de sites. Contrairement à ce que prétend la chercheuse Louise Nadeau, qui fait écho au discours de l'industrie, les mesures d'endiguements mises en place dans plusieurs pays ont eu un impact dévastateur sur les sites offshores qui offraient leurs produits sans l'autorisation des gouvernements des pays concernés. Il est vrai, cependant, que ces mesures peuvent être contourné par l'industrie (multiplication des portails), les joueurs et que leur efficacité varie d'un pays à l'autre et dépend en bonne patie des moyens mis en place pour les appliquer. Néamoin, leurs impacts demeurent très significatifs. Une chose est certaine, une offre de jeu étatique et/ou régulé ne peut pas être viable économiquement sans de telles mesures.

Le problème de l'illégalité est ailleurs...

blocage-site-gambling_.jpgEn fait, le problème de l'illégalité est ailleurs et se situe dans le désir exprimé par le gouvernement de privatiser partiellement ou totalement le jeu en ligne en cédant son monopole a des compagnies privées qui en contrepartie lui remettraient un pourcentage de leurs profits (taxe, dividende?). À ce titre, l'actuel Code criminel est clair, les jeux de hasard et d'argent doivent être gérés et administrés par les provinces. Je ne crois pas que cette obligation légale peut être délégué à des compagnies privées qui empocheraient la plus grande part des profits et ce, d'autant, qu'elle a été mise en place par le législateur afin de garantir l'intégrité des jeux offerts au Canada et de s'assurer que les profits reviennent aux provinces. Mais le Code criminel peut être modifié et il se mène actuellement à Ottawa, une très intense activité de lobbying (1) afin que le gouvernement canadien modifie le Code criminel en l'avantage de l'industrie privé du gambling . S'il n'y pas de changement, il sera intéressant d'envisager de tester la légalité d'une éventuelle privatisation du gambling étatique en intentant des poursuites criminelles privées contre les différents acteurs de cette privatisation.

Une idée saugrenue

Enfin, l'idée de laisser à Loto-Québec le soin de faire la liste des sites à bloquer est saugrenue et témoigne d'un manque de jugement de la part du ministre Carlos Leitao. Loto-Québec s'exposerait inutilement à être accusée de conflits d'intérêts. Ce mandat devrait être attribué à la Sureté du Québec, en France c'est le service (police) des douanes qui a cette responsabilité ainsi que celui de veiller à son application. Il serait judicieux que le gouvernement du Québec emprunte aussi cette voie et ce d'autant que la multiplication des intervenants qui de faire perdre de l'efficacité au processus. N'oublions pas, non plus de souligner que de nombreux ex dirigeants de Société de gambling étatique y compris de Loto-Québec se retrouvent aujourd'hui dans l'industrie privé du gambling, entre autres chez Amaya (PokerStars) et Boss média.

En fait, cette idée de laisser à LQ un tel contrôle me rend méfiant. Ces dernières années Loto-Québec a retiré au laboratoire judiciaire de la SQ le mandat de vérifier l'intégrité des jeux électroniques et le gouvernement a retiré à la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) celui de les autoriser… Loto-Québec est très probablement la Société d'État la moins transparente et son fonctionnement en vase clos risque tôt ou tard d'éveiller la suspicion…

(1) Au Québec cette activité de lobbying est aussi importante depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard. Elle semble avoir porté fruit, car le projet de privatisation du jeu en ligne étatique correspond à une demande de l'industrie. Lire aussi mon billet précédent Privatisation du jeu en ligne à Loto-Québec et paris sportifs...

2015-04-06

Privatisation du jeu en ligne à Loto-Québec et paris sportifs...

loup_bergerie-amya.jpgRécemment, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, a laissé entrevoir la possibilité que son gouvernement légalise l'industrie privée du jeu en ligne. Selon le ministre, cette mesure permettrait au gouvernement de récupérer des centaines de millions de dollars que la présence de sites de jeux en ligne «illégaux» fait perdre au trésor québécois.

Le croupier en chef du gouvernement utilise-t-il ce prétexte pour entrouvrir la porte à une privatisation partielle des activités de Loto-Québec. Essayons d'y voir plus clair...

Des sites illégaux?

Comme on le constate dans cette pub. PokerStars n'hésite pas à enfreindre le code criminel en commanditant des tournois de pokers illégaux.En fait, la plupart des sites ne sont pas illégaux, mais appartiennent à des entreprises qui ont pignon sur rue et qui sont cotées en bourse. C'est le cas, en autre, de Poker Stars qui a été acheté l'automne dernier, par la compagnie québécoise Amya. En vertu du Code criminel, il est illégal de jouer sur des sites autres que ceux d'une province. Les jeux de hasard et d'argent (JHA) doivent aussi, être obligatoirement exploités (et géré) par une province. Ainsi toutes les entreprises, autres que Loto-Québec (LQ), qui offrent des JHA (en dur ou virtuel) agissent dans l'illégalité. À titre d'exemple, les machines-à-sous (MAS) que l'on retrouve dans les hippodromes et les casinos gérés par les aborigènes en Ontario, sont légaux, car elles appartiennent à une société d'État. Ce qui n'est pas le cas des JHA que l'on retrouve à Kahnawake. Comme je le mentionne depuis plusieurs années, il faudrait, dans un premier temps, que le gouvernement québécois fasse d'abord respecter sa juridiction et le Code criminel sur l'ensemble de son territoire et qu'il informe adéquatement sa population qu'il est illégal (criminel) de jouer dans des établissements de jeux (en dur ou virtuel) autres que ceux de LQ. Il me semble que pour commencer, ce serait la chose à faire... Qu'en pensez-vous?

Des centaines de millions de perdues?

Loto-Québec et le ministre des Finances citent une étude réalisée par Ipsos Reid en 2013 , qui relève que ces sites accaparent de 80 à 90% du marché du jeu en ligne, évalué à près de 1 milliard $ pour le Canada et à 230 millions $ au Québec. J'ai de gros doutes sur la véracité de ces chiffres et ce, d'autant que cette étude privée est introuvable. Il est, par conséquent, impossible de vérifier son contenu, sa méthodologie et s'il s'agit d'un sondage : de la grosseur et du type d'échantillon; sa marge d'erreur, etc. Comme la plupart de ses sites sont, contrairement au Canada, accessibles en toute légalité (souvent sous licence) dans de nombreux pays, ces chiffres (89, 90%) inclut'il ou pas, les activités que ces entreprises, telles que Pokerstars, mènent en toute légalité et des pays où , comme chez notre voisin, il n'existe aucune offre légale de jeu en ligne? La firme, Ipsos Reid s'est 'elle basée sur les adresses IP des joueurs? Si, oui l'étude contiendrait un important biais, car de très nombreux joueurs de pays tiers utilisent, grâce à des proxys, des adresses IP canadiennes pour jouer en ligne, c'est notamment le cas des Américains. Il faut toujours demeurer prudent avec ce type de chiffres que lance régulièrement Loto-Québec (et les ministres des Finances) et qui font partie d'une stratégie de communication. Il est certain que les Québécois qui jouent sur des sites de jeu en ligne, autre que celui de Loto-Québec (EspaceJeux), font perdre de l'argent à Loto-Québec, mais je demeure persuadé que ces montants ne sont pas aussi importants que ce prétendent le ministre des Finances et LQ. En fait, je n'ai aucun souvenir que des chiffres que ces derniers ont mis de l'avant pour justifier une nouvelle offre de jeu, un nouvel établissement, un élargissement des heures d'ouverture des casinos (etc.), se soit avéré proche de la réalité. Ils sont toujours manqués de sérieux et nettement exagérés. Si on applique la mathématique habituelle en vigueur chez LQ, on devrait diviser ce 240 Millon par 4 ou 5 pour arriver au bon chiffre et à cela il faudrait soustraire la part qui serait prélevée par ces compagnies privées… Finalement, il ne restera à LQ que des peanuts!

Le lobby de la privatisation… Poker-Stars (Amaya) partenaire d'affaire agréé de Loto-Québec?

pokerstars-quebec-paris-sportifs.jpgDans un billet rédigé en juin 2014, j'écrivais que l'achat de Poker-Stars par Amaya préfigurait de changements importants dans l'offre de jeu en ligne au Québec et au Canada. Par un curieux hasard (sic) la chercheuse mandatée par le gouvernement du Québec pour faire un suivi du déploiement par Loto-Québec de sa plateforme de jeu en ligne «Espace jeux», dévoilait peu après l'annonce de l'achat de Poker Star par Amaya, des éléments de son rapport favorable à une privatisation de ces jeux. Quelques mois après, une intense activité de lobbying était amorcée par l' Interactive Gaming (gambling) Council of Canada, dans lequel Amaya (Poker Stars) est le plus important membre. Auprès du gouvernement canadien, c'est Lynne Hamilton qui agit comme lobbyiste principal pour l'IGC. Au Québec, ce puissant lobby milliardaire s'est inscrit au registre des lobbyistes avant Noël.

Les activités de lobbying de l'industrie du gambling sont frénétiques et se portent actuellement sur deux axes; la privatisation du jeu en ligne; les paris sportifs sur une seule partie. Pour mener à bien leur visée, l'industrie du gambling réclame des modifications aux articles du Code criminel qui nuisent au développement de leur industrie. Au Québec l'IGC fait campagne pour que le gouvernement se prononce en faveur de ces changements (1). Face à des baisses de profits (entre autres au poker en ligne) l'industrie du gambling, veut d'aune part diversifier son offre de jeu en développant les paris sportifs (paris individuel ou collaboratif) et d'autre part imposer aux gouvernements un nouveau modèle d'affaire pour le jeu en ligne : privatisation du jeu en ligne (partiel ou complet); système de taxe ou dividende (part des bénéfices aux gouvernements) plutôt qu'un système sous licence tel que l'on le retrouve en France et que l'industrie considère trop contraignant et pas suffisamment profitables.

Notons que le pari sportif sur une seule partie a créé chez le soccer (foot) européen de graves problèmes de triches : corruption de joueurs, d'arbitres et de coachs. Nous pouvons parier qu'il en sera de même ici si le gouvernement canadien accepte les propositions de l'industrie.

L'industrie privée du gambling veut payer des impôts...

Voilà la jolie formule qu'a lancée le lobby du gambling pour vendre sa salade.. Elle fait écho au rapport de leur nouvelle muse, Louise Nadeau, que je citais plus haut et qui insistait sur la nécessité de changer la loi pour permettre l'implantation d'un système de permis aux compagnies privées.

Je rappellerai, que lorsque le gouvernement Charest a décidé d'aller de l'avant avec Espace Jeux, la Santé publique du Québec, ses directeurs, et les membres d'Emjeu dont je fais partie, avait demandé un moratoire afin d'évaluer si la création d'un casino Internet était la meilleure façon d'endiguer l'offre de jeu illégal et si oui de quelle façon celle-ci aurait dû être faite enfin d'en diminuer les impacts sociosanitaires. On connaît la suite, si les jeux de type jeux électroniques sont rentables, les salons de poker, ne font pas leur frais et faute d'avoir mis en place des mesures d'endiguements tels que ceux mis en place en Europe ou aux États-Unis. L'offre de jeu des sites privés demeure ainsi attrayante et accessible. En fait, comme pour jadis avec les appareils de loteries vidéo illégaux, on laisse pourrir une situation afin de justifier un changement législatif. Ici encore, le gouvernement et Loto-Québec ont mis la table pour justifier une privatisation (probablement partiel) des activités de jeu en ligne…

Si l'industrie du gambling est si pressée de payer ses impôts, rien n'empêche ces «bons» citoyens corporatifs de remettre au gouvernement les sommes qu'elle prétend devoir payer.. Un 30% sur les supposés 230 millions de dollars de bénéfice évoqué, ça fait une belle somme!

Plus sérieusement, la motivation première de l'industrie est, comme l'affirmait le représentant d'ICG au Québec, d'utiliser les provinces canadiennes comme des têtes de pont vers un éventuel lucratif marché américain.

Une alternative aux propositions de l'industrie privée du gambling

Heureusement, il y a une autre avenue possible que celle que propose l'industrie et qui repose sur une taxation de leurs activités. Cette dernière est la pire des éventualités, car elle laisserait le plein contrôle du gambling en ligne et des jeux offerts aux mains d'une industrie qui ne sait jamais démarqué par sa grande moralité et son sens de l'éthique. Le  modèle français (sous licence & ARJEL)  me semble, n'en déplaise à l'industrie, le plus intéressant (2).

Pour ce qui est des paris sportifs, la formule actuelle (paris sur 3 parties) représente un compromis acceptable. Elle a l'important avantage de rendre presque impossible la triche…

Au gouvernement fédéral de jouer

Souhaitons que le gouvernement fédéral démontre, une certaine perspicacité face aux demandes de l'industrie du gambling et de la sensibilité face aux risques associés aux demandes de cette industrie dont les activités sont, si elle n'est pas bien encadrée, peuvent créer des dommages sociosanitaires comparables à ceux provoqués par l'industrie du tabac.

(1): À ce sujet: http://argent.canoe.ca/nouvelles/des-exploitants-de-jeu-en-ligne-souhaitent-payer-leurs-impots-10022015

(2) Je ne crois pas que le cod criminel canadien permet ce type de modèle. 

Billet rédigé le 10 mars 2015

2015-02-28

Moderniser le Code criminel pour les machines à sous

machine-a-sous-casino.jpgDepuis plusieurs mois, on s'agite à Ottawa, autour du projet de loi C-290. Présenté par le député néo-démocrate Brian Masse, le projet de loi, a reçu l'appui militant de la Canadian Gaming (lire gambling) Association (CGA). C-290 modifierait le Code criminel canadien afin de permettre les paris sportifs sur un seul match. La CGA regroupe des manufacturiers de machines à sous, de logiciels de jeu et des sociétés étatiques. Loto-Québec a aussi appuyé ouvertement et sans réserve ce projet de loi qui a déjà reçu l'aval des députés. Plus prudents, les sénateurs hésitent à en faire autant et puisqu'il s'agit d'un projet de loi privé, le vote sur celui-ci est libre. (Pour en savoir plus : ICI)

Tout ce lobbying autour du pari sportif nous rappelle que les jeux d'argent et de hasard tombent toujours sous le Code criminel, et ce, même si cette juridiction fédérale a été cédée aux provinces, il y a près d'une quarantaine d'années.

L'industrie du gambling appelle régulièrement à une modernisation des articles du Code criminel qui touchent les jeux d'argent et de hasard. Évidemment, celle-ci prêche pour une plus grande libéralisation de ce secteur et une réduction des contraintes que leur imposent les actuelles dispositions du Code criminel qui limitent leurs activités.

Il serait, peut être temps, de faire entendre au gouvernement fédéral, un autre son de cloche (sic). Et de mettre enfin de l'avant une modernisation du Code criminel qui prendrait aussi en compte les développements technologiques qui ont eu court au sein de cette industrie et ce, dans une perspective de santé publique. On l'oublie, mais il en incombe, d'abord au gouvernement canadien de déterminer ce qu'est une offre de jeu légal. C'est dans ce cadre législatif que la juridiction (et la gestion) des provinces canadiennes s'applique.

Voici quelques exemples de changements que l'on pourrait apporter au Code criminel afin de mieux baliser les caractéristiques d'un jeu légal. Les jeux ou appareils de jeu qui n'auraient pas ces caractéristiques contreviendraient ainsi au Code criminel et par conséquent seraient illégaux.

Interdire les presque gains (near-win)

presque-gain.jpgInterdire les presque gains et ce, autant dans les jeux électroniques (appareils de loterie vidéo -ALV; machines à sous – MAS, keno, etc.) que dans les loteries instantanées. Ceux-ci, se produisent dans le cas des jeux électroniques,12 fois plus souvent que la probabilité réelle. Une astuce malhonnête qui n'est là, que pour encourager le joueur à miser encore et encore…

Limiter le taux de retour

Règle générale, le taux de retour minimal est de 85% pour les ALV et les MAS. Ce taux de retour a été imposé jadis, pour garantir une certaine intégrité des jeux. Aujourd'hui, tous ces appareils offrent un taux de retour plus élevé (92, 93%). Vous devinerez que l'objectif de l'industrie du gambling n'est pas de remettre plus d'argent aux joueurs. En fait, c'est tout le contraire car plus le taux de retour est élevé, plus le taux d'encaissement (taux réel) est bas (+/-73%), par conséquent, les joueurs perdent davantage d'argent. Les programmeurs, grâce à une meilleure connaissance des processus cognitifs, savent que plus le pourcentage de retour est élevé (beaucoup de petits gains distribués aléatoirement), plus les joueurs, risquent de développer un comportement compulsif et jouer (dépenser) d'avantage.Le caractère douteux d'une telle astuce mérite que l'on s'y attarde. Pour contourner le problème, le taux de retour minimal actuel (85%) pourrait aussi devenir le taux de retour maximal. Cette mesure augmenterait le taux de retour réel et limiterait les pertes des joueurs.

Temps d'arrêt obligatoire

Pour être légaux, les appareils de jeux électroniques devraient être programmés pour s'arrêter après une certaine période de jeu (1H en Norvège). Cette simple mesure, donnerait l'occasion au joueur, de réaliser le temps qu'il a passé devant la machine toute en lui offrant un contexte de jeu plus apte à limiter les excès.

Véritables «Warnings»

Contrairement à un autre produit dangereux, le tabac, les appareils de jeux électroniques n'offrent aucun véritable message de mise-en-garde (warning). Il devrait en incomber à Santé Canada, qui a une solide expertise dans le domaine, de réaliser des messages qui pourraient s'afficher en permanence sur l'écran.

À faire… créer une mobilisation

Les avantages de cette modernisation des articles du Code criminel qui touche les jeux d'argent et de hasard sont importants. Elle permettrait d'uniformiser l'offre de jeu à travers le Canada et de mieux baliser l'offre de jeu légal et étatique. Force est de constater, que les provinces Canadiennes sont juge et parti et trop accroc au revenu du gambling pour offrir à leurs concitoyens une offre de jeu régulé sécuritaire. Le gouvernement fédéral est, par conséquent, le mieux placé pour apporter les correctifs qui s'imposent.

Il ne reste maintenant qu'à sensibiliser le gouvernement canadien à l'urgence d'agir et pour ce faire, pourquoi pas construire un mouvement pan canadien qui mettrait de l'avant une modernisation du Code criminel plus soucieuse des enjeux de santé publique reliée au gambling.

C'est maintenant au gouvernement fédéral de jouer...

Sur le même sujet (ou presque):La morale de l'argent

2015-02-24

Documentaire: «Loto-Québec: La morale de l’argent»

loto-quebec-bling-bling-m.jpgSamedi dernier avait lieu, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, la première du plus récent film documentaire de Francine Pelletier «Loto-Québec: La morale de l'argent». Les questions éthiques que soulève le film sont illustrées au moyen de témoignages, de tranches de la petite histoire du Québec contemporain et de la société d'État, qui gère depuis près de 50 ans le gambling étatique.

Le film débute par une séquence qui, à elle seule, résume le film. Un autobus transporte des personnes âgées, surtout des femmes, au Casino de Montréal. Un animateur de foule lit les horoscopes des passagers; étrangement, toutes les prédictions font miroiter que des gains financiers les attendent. La «morale» de Loto-Québec, comme l'illustre cette allégorie, est à l’image de cet animateur de foule sans scrupules qui utilise tous les moyens à sa disposition pour inciter les passagers, qu’il est censé distraire, à dilapider leur maigre pension de vieillesse au casino.

Des machines dangereusement programmées

john-sater-m.jpgLe Dr John Sater, un spécialiste des dépendances, souligne avec pertinence qu'il est plus facile de sortir de l’argent des poches du monde ordinaire pour regarnir les coffres de l’État que de celles des plus riches. Il explique aussi très bien le mécanisme de la dépendance chez les joueurs qui, pour résumer, est le même que celui qui opère chez les toxicomanes, à la différence que le principal neurotransmetteur (dopamine) et l’hormone (adrénaline) impliqués dans les dépendances sont stimulés, non pas par une substance psychotrope, mais par la mécanique du jeu, et ce, que le joueur gagne ou perde. Pour faire écho à cette explicitation, le sociologue Serge Chevalier illustre un des mécanismes de la dépendance au jeu grâce à une expérience réalisée avec des pigeons. On a alors constaté que seuls les pigeons à qui on donnait de la nourriture de façon aléatoire, après qu’ils aient donné un coup de bec sur le bouton d'un distributeur, développaient des comportements compulsifs et de l'obésité.

kevin_harrigan-m.jpgUn autre chercheur, Kevin Hannigan (Gambling research, Université de Waterloo) pousse encore plus loin cette démonstration sur le caractère addictif des jeux électroniques. En utilisant des machines à sous (MAS) installées dans son laboratoire, le chercheur nous révèle quelques-uns de leurs secrets. Entre autres choses, le recours fréquent au quasi-gain (near‑win). Le programme informatique de ces appareils fait croire aux joueurs qu'ils ont presque gagnés, alors que ce n'est, le plus souvent, pas le cas. De fait, ces machines affichent un quasi-gain douze fois plus souvent que la probabilité réelle. La distorsion cognitive provoquée par ces appareils est donc exacerbée, puisqu’ils transforment des pertes en gains. À titre d'exemple, quand il mise un dollar, le joueur peut se voir remettre, avec sons et lumières à la clé, une prime de 30 cents. La perte de 70 cents est donc interprétée par le cerveau du joueur comme un gain. La conception de la machine créerait aussi une illusion de contrôle, puisqu'elle donne au joueur l'impression que le moment choisi pour appuyer sur le bouton, tirer sur la manette ou taper sur un écran tactile a une incidence sur l'issue du jeu, alors qu’en réalité, celle-ci est scellée dès que le jeu est lancé. Les boutons et manettes ne servent qu’à immobiliser l’activité à l’écran et, en somme, à dévoiler le résultat.

Il est difficile, à la lumière de ces explications, de ne pas conclure que les appareils de loterie vidéo (ALV) et machines à sous que l'on retrouve dans les bars et casinos sont foncièrement malhonnêtes. Un hasard si fortement paramétré pour utiliser les failles du cerveau du joueur et l'amener à jouer, plus que de raison, est complètement amoral. Dans ce contexte de jeu, nous sommes en droit de nous demander, et c'est une réflexion personnelle, si les thérapeutes qui préconisent le jeu contrôlé avec des appareils si dangereux ne jouent pas avec le feu et, en quelque sorte, ne renforcent pas l'illusion de contrôle chez les joueurs compulsifs qu'ils sont censés traiter. Comment est-il possible d'amener un joueur compulsif à modifier ses habitudes de jeu et à limiter ses dépenses à moyen et long terme avec ce type de jeu conçu pour tromper, c’est‑à‑dire court-circuiter, les processus cognitifs qui devraient normalement les aider à mieux se maîtriser?

Les ALV : des profits colossaux et des problèmes de dépendance par milliers

Le film de Francine Pelletier nous amène graduellement au cœur des problèmes moraux et éthiques que soulève l'omniprésence des ALV et des MAS au Québec. Ces «ogresses de métal» (dixit Suzanne Barre, ex-joueuse compulsive) sont les principales responsables de l'explosion des profits chez Loto-Québec. En 1994, Loto-Québec tirait des ALV près de 54 millions de dollars de profits, alors qu’en 2009, ce montant était passé à plus d’un milliard de dollars! Si nous ajoutions à ces sommes colossales les profits générés par les autres appareils de jeux électroniques, le montant serait encore plus important.

Un rapport du Sénat français nous apprend que dans les casinos, la part des profits provenant des machines à sous est passée depuis les années 1970 de moins de 10 p. 100 à plus de 90 p. 100 de nos jours!

gaetan_frigon-m.jpgDe fait, l'arrivée des appareils de loterie vidéo et leur étatisation sont non seulement responsables de la multiplication épidémique des problèmes de jeu compulsif au Québec (qui se situe entre 13 et 14 p. 100 environ parmi les adeptes des ALV), mais aussi d'une dépendance encore plus pernicieuse : celle de l'État et des tenanciers de bar envers les profits colossaux que ces appareils engendrent. Le porte-parole de ces derniers, Renaud Poulin, avoue candidement que même si elles sont trois fois moins nombreuses que les anciens appareils «illégaux» que l'on retrouvait dans leurs établissements(1), celles-ci leurs rapportent beaucoup plus, environ 50 000$ annuellement par appareil (selon les chiffres que j'ai pu obtenir). C'est sans doute pour cette raison que les ALV et autres machines à sous ne font l’objet d’aucune mesure de précautions et de prévention ou de mises en garde réelles et efficace, à l’instar des avertissements (warnings) qui figurent sur les paquets de cigarettes. On le devine, des mesures efficaces risqueraient de faire diminuer les sommes récoltées au moyen de ces appareils. Une scène du film est particulièrement éloquente à cet égard. L'ineffable ex-président de Loto-Québec, Gaétan Frigon, y raconte que constatant les dommages causés par ces appareils, il avait proposé à la ministre Pauline Marois d'en réduire considérablement le nombre. La Ministre, sous la pression du lobby des propriétaires de bars et probablement pour éviter qu'une telle mesure n'affecte les entrées dans les coffres de l'État, a refusé son audacieuse proposition.

Les ALV, surtout dans les quartiers pauvres...

elisabeth_papineau-INSPQ-m.jpgCarte géographique de Montréal à l'appui, la cinéaste nous montre que ce sont dans les quartiers pauvres de Montréal que les ALV sont les plus présents. Pour justifier cette situation, un des anciens vice-présidents de Loto-Québec, Jean Royer, nous explique que dans les quartiers riches, il n'y a pas de commerce pour recevoir ces appareils. Cette vampirisation par l'État québécois des franches les plus démunies, vulnérables ou en détresse psychologique de sa population a de quoi choquer. Elle n'est pas sans conséquence, non seulement pour les joueurs compulsifs, mais aussi pour leur entourage. Une des chercheuses les plus réputées et crédibles au Québec en matière de jeu, Élisabeth Papineau, qui est attachée à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), souligne que pour chaque joueur compulsif, dix personnes dans l’entourage du joueur sont affectées par les conséquences de sa dépendance. Elle relève aussi que le taux de prévalence des problèmes de jeu (3 p. 100) est annualisé. Dans les faits, les Québécois qui souffrent ou ont souffert d’une dépendance au jeu représentent un pourcentage bien plus élevé, un pourcentage que bizarrement on ne calcule pas. Le taux de prévalence annualisé ne comptabilise pas les joueurs qui en sont sortis pour toutes sortes de motifs: les personnes qui ont fait faillite, celles qui ont suivi une thérapie avec succès, celles qui ont quitté le Québec, les personnes qu’on ne peut joindre après qu’elles aient perdu leur service de téléphone filaire ou, plus tragiquement, parce qu’elles se sont suicidées, ce qui représente 30 à 40 personnes par année selon les coroners (avec preuves à l’appui). Le taux de suicide réel chez les joueurs pathologiques serait encore plus élevé et varierait entre 17 et 24 p. 100 (Hollander, E. et coll., 2000). Plusieurs centaines de Québécois auraient donc mis fin à leurs jours en raison de leur dépendance au jeu. Il faut savoir que les coroners à la suite d’une directive de notre gouvernement croupier, ne peuvent plus publier leurs statistiques en ce qui concerne le taux de suicide relié à un problème de jeu compulsif.

Je tiens à ajouter que les conséquences pour le joueur compulsif, sa famille et son entourage persistent longtemps, et ce, même si la personne est guérie de sa dépendance (famille brisée, perte d'emploi, faillite, démêlés avec la justice, etc.).

Le recours collectif contre Loto-Québec

alain_dubois_alv-m.jpgLe seul élément du film où mon analyse diverge de celle de Francine Pelletier se situe au niveau de l'importance qu'elle accorde au procès en recours collectif que les victimes des ALV ont intenté contre Loto-Québec. J’ai suivi ce procès de très près, assisté à des audiences, tenu un blogue sur celui-ci. Contrairement à la cinéaste, je ne crois pas qu'il a marqué un tournant dans les relations entre la population et Loto-Québec. Cela aurait pu être le cas, si les victimes étaient sorties gagnantes de ce procès, mais elles ont été flouées... une fois de plus! Après sept ans de procédures judiciaires qui ne cessaient de se multiplier grâce aux manigances juridiques des avocats de Loto‑Québec et des fabricants des ALV, le petit bureau d'avocats de Québec, qui défendait les victimes a plié l'échine devant les nombreuses grandes firmes qui représentaient la défense. De fait, toutes les parties au recours, sauf l'initiateur Jean Brochu, avocat lui aussi, se sont prononcées contre cette entente lors des audiences que le juge avait convoquées à la suite du dépôt de la proposition de règlement hors cour. Les seuls gagnants, face à cette décevante conclusion, ont été Loto-Québec, les fabricants d’ALV, qui n'ont pas eu à admettre de responsabilités et, bien sûr, les avocats qui représentaient les victimes. Les joueurs sont quasiment sortis bredouilles de cette aventure et au final, ils ont obtenu, pour le remboursement de leurs frais de thérapie, moins d'argent que les avocats chargés de les défendre. Une reconnaissance de la dangerosité des ALV aurait eu une énorme incidence, tant sur Loto-Québec que sur l'industrie du gambling. Le regard que posent les Québécois sur leur société d'État et cette industrie aurait été irrémédiablement transformé, à l'image de ce qui s’est produit dans la foulée des recours collectifs intentés contre les fabricants de cigarettes.

Trois grands facteurs expliquent l’effritement du lien d'affection entre les Québécois et Loto-Québec

1) La démesure actuelle dans l'offre de jeu se traduit par la multiplication des établissements de jeu (casino du Mont-Tremblant, salons de jeu: Ludoplex, salles de Kinzo) et par une augmentation des produits disponibles (jeux en ligne, loteries traditionnelles et interactives). Cette démesure entraîne une surexposition de la population à l'offre de jeu qui ne peut que produire une certaine désaffection. Les produits de Loto‑Québec ne font plus rêver comme avant, et la société d'État qui en fait activement la promotion ne se démarque plus des entreprises privées qui occupent des secteurs comparables, comme les CIES brassicoles. En fait, les Québécois, notamment les jeunes, sont de moins en moins dupes des mirages «bling, bling» que leur vend Loto-Québec, et ils sont de plus en plus nombreux à préférer dépenser leur argent durement gagné pour acheter des produits qui leur procurent un réel plaisir et des biens durables. Être un «loser»… non merci disent‑ils.

2) La multiplication des personnes exposées à un problème de jeu compulsif. Depuis l'étatisation des ALV en 1994, les problèmes de jeu compulsif ont, comme je le mentionne dans le film de Francine Pelletier, paradoxalement explosé, pour devenir un véritable enjeu de santé publique. Aujourd'hui, près de 14 p. 100 (plus de 20 p. 100 parmi les joueurs réguliers) des adeptes des ALV et autres jeux d'argent et de hasard électroniques développent une dépendance à ce type de jeux, et ceux-ci représentent plus de 90 p. 100 des demandeurs de traitements pour soigner cette dépendance. Depuis 1994, ça fait beaucoup de monde! Si le taux annualisé de personnes qui souffrent d'un problème de jeu compulsif est de 3 p. 100, on peut imaginer combien de personnes (joueurs et membres de l’entourage) depuis vingt ans ont été touchées directement ou indirectement par cette dépendance. Qui ne connaît pas au moins une personne parmi ses proches qui n'a pas souffert d'une dépendance au jeu? Cette exposition forcée aux problèmes de dépendance, due à l'ubiquité des ALV et des autres types de machines à sous, a amené les Québécois à être davantage sensibilisés au danger que font planer ces « ogresses de métal» et par voie de conséquence, à être plus critiques envers Loto-Québec. Les millionnaires de Loto-Québec sont rares, mais ceux qui se sont appauvris avec les ALV et autres jeux électroniques sont devenus légion. Dans les très nombreuses lignes ouvertes auxquelles j’ai eu l'occasion de participer, à peine un auditeur ou téléspectateur sur dix se portait à la défense de Loto‑Québec.

3) Depuis plus d’une décennie, nous avons vu de plus en plus d'intervenants exprimer des points de vue critiques face au manque d'éthique de Loto-Québec, à l'augmentation de son offre de jeu, au fonctionnement des machines à sous et autres jeux électroniques, à l'ouverture de nouveaux établissements de jeu (en dur ou virtuels), etc. Comme me le disait, le porte-parole de Loto-Québec, Jean-Pierre Roy, cette présence critique est sans pareil au Canada. Pour moi, il ne fait aucun doute que faute de messages de prévention crédibles de la part du gouvernement, de Loto-Québec et des organismes et chercheurs à leur solde, cette exposition à des points de vue critiques issus d'intervenants sincèrement préoccupés par cet enjeu de santé publique, a non seulement contribué à sensibiliser la population aux dérives éthiques de Loto-Québec, mais aussi aux problèmes de dépendance liés au gambling et plus particulièrement, aux ALV.

Loto-Québec à la croisée des chemins?

eleonore_mainguy-m.jpgÀ toutes les questions et réflexions qu'inspire ce pertinent documentaire de Francine Pelletier, il y en a une qui montre bien où nous en sommes face à cette société d'État dont l’âge d'or semble révolu. Pouvons-nous enfin nous demander jusqu'où nous voulons aller en matière de gambling étatique? N'est-il pas temps, comme le souligne l'ex-croupière Éléonore Mainguy, de revoir la mission de cette société d'État, qui nous appartient? Les importants dommages collatéraux causés par les ALV valent-ils les sommes d'argent qu'ils rapportent à l'État québécois?

Le jeu «contrôlé», une responsabilité gouvernementale avant tout

Des pistes de solution existent, comme le démontre la cinéaste. Dans les pays scandinaves, qu’aiment citer en exemple les PDG et porte-parole de Loto-Québec, on a mis en place d'efficaces mesures pour contrer les problèmes qu’engendrent inévitablement les ALV. En Norvège, dès 2007 on a retiré les ALV des bars pour les remplacer pas des appareils en réseau capables d’appliquer des mesures d'endiguement du jeu compulsif. Ainsi, on y limite les mises à 75 $ par jour, il y a une pause obligatoire après une heure de jeu, et un système d’auto‑exclusion est activé en tout temps. Au Québec, rien de tel n’existe pour les ALV. Limiter les problèmes de jeu compulsif n’est pas une responsabilité qui doit incomber entièrement aux joueurs. La mise en marché d’appareils recélant un potentiel de dangerosité aussi élevé engage d’abord et avant tout la responsabilité du gouvernement et de la société d'État qui les gère.

C’est maintenant à ce gouvernement de médecins de soigner la dépendance de l'État envers les appareils de loterie vidéo. Le serment d’Hippocrate ne les oblige‑t‑il pas à soigner? À vous de jouer Messieurs les «docteurs»!

(1) À dire vrai, leur présence était souvent autorisée par la Régie des alcools, des courses et des jeux.

Images tiré du film: «Loto-Québec: La morale de l’argent» sous copyright / tous droits réservés

2014-06-22

Ex de Loto-Québec - Amaya achète Poker-Star pour 5 milliards

Amaya-avale-PokerStars.jpgL'achat de PokerStars et Full Tilt Poker (60% du marché mondial du poker et 5 millions de joueurs actifs) début juin par la compagnie québécoise Amaya Inc annonce t'il une reconfiguration dans l'industrie du gambling étatique?

Dans Amaya on retrouve, au moins, deux anciens gestionnaires chez Loto-Québec : Simon Brodeur qui s'occupait de développement stratégique et Alain Brosseau, un ancien directeur d'affaires chez EspaceJeux.

On constate aussi la présence au sein d'Amaya de personnels de direction qui ont été proche de l'appareil d'état, entre autres, Pierre-Paul Côté qui en est le directeur des communications. Ce dernier, a été le conseiller auprès du ministère des Finances du Québec qui en 1997 et 1998 qui a piloté la politique de déficit zéro du gouvernement Bouchard. C'est aussi lui qui, comme conseiller auprès du ministère de la Sécurité publique Québec (1994 / 1996), a chapeauté le retrait des appareils de loterie vidéo « illégales » dans le cadre de leurs légalisations sous contrôle étatique (Loto-Québec).

Cet achat de "Oldford Group, société mère de Rational Group" (PokerStars et Full Tilt Poker) par Amaya constitue la plus importante transaction financière jamais vue au sein de l'industrie du gambling au Canada. Elle aura assurément des impacts importants sur l'offre de jeu régulé et/ou sous contrôle étatique.

Amaya devient la plus importante société de jeux en ligne du monde inscrite en Bourse. Le Huffington Post Québec mentionnait dans son édition du 12 juin que déjà des discussions étaient en cours avec différentes provinces canadiennes, dont le Québec, afin d’offrir un réseau de poker pan canadien réglementé.

Mon collègue Jean Leblond écrivait dans un billet publié en octobre 2012 qu'Amaya se préparait à devenir une compagnie B2G (Business-to-government) comme GTech/Boss Media (ou on retrouve aussi des ex de Loto-Québec et d'autres sociétés d'État de gambling). Avec cette transaction, il n'y a plus de doute sur cette volonté des dirigeants d'Amaya de devenir le plus important acteur de l'offre de jeu régulé dans le monde. Rational Group qui possédait PokerStars et Full Tilt Poker était une compagnie privée au fonctionnement opaque, dirigé depuis l'ile de Man par son fondateur Mark Scheinberg. Sa nature corporative privée (enregistré dans un paradis fiscal) la rendait difficilement acceptable pour la plupart des sociétés étatiques de jeux d'argent et de hasard. Cette prise en main par Amaya, une compagnie enregistrée en bourse, vient corriger la situation...

Comme l'anticipait Jean Leblond dans son billet, Amaya qui semblait misé sur l'effondrement du modèle suédois au Québec, en Colombie-Britannique (et ailleurs dans le monde), a gagné son pari. L'adoption d'un modèle similaire au modèle français dans l'ensemble des provinces canadiennes n'est plus qu'une question de temps...

Communiqué de presse d'Amaya ICI

Aussi sur le même sujet: Contrat de Loto-Québec à Amaya: Des loteries par SMS de votre téléphone?

2014-05-21

Les jeux de hasard et d’argent et les aînés: Des impacts économiques irréversibles...

Un homme souffreLes jeux de hasard et d’argent et les aînés : perspectives des intervenants sur les risques, les impacts et la prévention

En 2002, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et ses partenaires reconnaissaient les personnes aînées comme étant un groupe à risque de développer des problèmes de jeu (MSSS, 2002). Le MSSS initiait en 2008 avec le Fonds de recherche du Québec – Société et culture et plusieurs partenaires, un programme de recherche portant sur les aînés et les jeux de hasard et d'argent (JHA). Le projet de recherche intitulé « L'offre organisée de jeux de hasard et d'argent aux aînés : responsabilité sociale, gouvernance et prévention » a été réalisé dans le cadre de ce programme.

Le présent rapport correspond à l'un des volets de ce projet de recherche qui visait à explorer les caractéristiques des joueurs aînés reçus en traitement et la prévention s'adressant aux aînés. Le portrait, ainsi dressé par les répondants, n'est pas représentatif de l'ensemble des joueurs aînés, puisqu'il correspond à celui de joueurs se trouvant à l'extrémité du spectre de gravité des problèmes de jeu. Toutefois, cette description de joueurs problématiques met en relief certains facteurs de risque ainsi que le pouvoir attractif de l'offre de jeu auquel peut être exposé l'ensemble des aînés.

Le passage à la retraite et le vieillissement imposent plusieurs changements positifs ou négatifs, qui exigent une adaptation. L'abondance de temps libre, l'absence de loisir favori ou de raison d'être ou encore la diminution du réseau social peuvent s'avérer des facteurs de risque pour les problèmes de jeu. Nos résultats nous apprennent que le jeu, qu'il soit découvert tardivement ou ancré dans les habitudes de vie, répond à un grand nombre de besoins vécus par les personnes aînées : besoin d'occupation, de valorisation, de socialisation, de divertissement, besoin d'activités accessibles, besoin de sécurité financière, etc. Les sorties de groupe organisées vers un casino répondent point par point à ces besoins, mais semblent parfois constituer l'amorce du problème de jeu.

Les personnes âgées ne se distinguent pas du reste de la population en termes de prévalence des problèmes de jeu. Cependant, la perte des biens ou des épargnes accumulés est davantage irréversible puisqu'ils ne travaillent plus et ne peuvent « se refaire ». La capacité de récupérer des complications de santé physique, de la détresse psychologique ou des pertes sociales engendrées par les problèmes de jeu semble aussi plus précaire.

Les aînés semblent réticents à chercher de l'aide, mais les intervenants ont toutefois développé des savoir-faire spécifiques et fait des ajustements au traitement qui leur est destiné : l'adaptation du volet cognitif, un travail accru sur les aspects sociaux et financiers des impacts du jeu, l'adoption d'exemples en fonction des réalités des aînés où l'accent se porte sur la gestion du temps libre semblent devoir mieux convenir à cette clientèle.

Les problèmes de jeu chez les aînés se sont révélés être un phénomène peu connu, tabou, et même parfois inconcevable, ce qui pose des défis de dépistage et de prévention. En raison du poids démographique des aînés, de l'évolution de l'offre de jeu, de l'adoption du jeu en ligne et des caractéristiques des jeunes et futurs retraités, qui auront été socialisés à une époque où il ne restait plus d'interdits face aux JHA, cette problématique pourrait croître. Les intervenants proposent plusieurs pistes de prévention : une sensibilisation médiatique ciblée, soutenue par des porte-paroles auxquels les aînés peuvent s'identifier, relayés dans leurs milieux de vie. L'offre de voyages au casino est très alléchante et vient possiblement entraver la diversification de l'offre de loisirs destinée aux aînés : on propose aussi que des alternatives abordables et diversifiées soient rendues disponibles et que l'offre de jeu et de promotions soit davantage encadrée.

Lire le document ICI
Notice détaillée ICI

Publié le 21 mai 2014, N° INSPQ : 1803

2014-05-20

Poursuite de 6 millions contre Loto-Québec

Une date de Cour est maintenant connue dans le litige opposant Poker Trail Management Inc. et Loto-Québec.

Poker Trail Management Inc. invite les médias à prendre connaissance des derniers développements sur le litige les opposants à Loto-Québec et la Société du Jeu Virtuel du Québec Inc. (SJVQ) dans les dossiers No. 500-17-066431-118 et No. 500-17-068876-112 de la Cour Supérieure du Québec, district de Montréal.

Loto-Quebec-Poker-Trail-Management.pngTout d’abord, rappelons qu’il s’agit d’une poursuite de plus de 6 millions entrepris par Poker Trail Management Inc. en dommages et intérêts pour inexécution d’obligations contractuelles, commercialisation trompeuse et concurrence déloyale contre la Société d’État (Dossier 500-17-068876-112), et d’une poursuite en diffamation entrepris par Loto-Québec et la SJVQ contre Poker Trail Management Inc. et leurs deux actionnaires, personnellement, messieurs André Boyer et Pierre Martel (Dossier 500-17-066431-118).

Après plus de deux ans d’attente, le Juge de la Cour Supérieure du Québec, l’honorable André Wery, j.c.s., a décidé que c’est le 5 janvier 2016, en salle 15.07 du Palais de Justice de Montréal, que débutera le procès prévu pour une durée maximale de 21 jours.

À noter que plusieurs dizaines de témoins seront convoqués durant l’audience, notamment :

  • Marcel Croux, Ex-Premier vice-président de Loto-Québec
  • François Poulin, Ex-Directeur Générale d’EspaceJeux de Loto-Québec
  • Alain Brosseau, Ex-Directeur des Affaires, Jeu en Ligne de Loto-Québec
  • Laurence Grondin, Ex-Porte-parole d'Espacejeux de Loto-Québec
  • Renaud Poulin, Président de la CPBBTQ - Corporation des Propriétaires de Bars, Brasseries et Tavernes du Québec
  • Guy A. Lepage, Célébrité
  • Patrick Huard, Célébrité
  • Sophie Bourgeois, Célébrité, Présidente Les Productions MDM! Inc., Consultante pour Loto-Québec
  • Jean-Nicolas Verreault, Célébrité, Consultant pour Loto-Québec et Porte-parole du Grand Tournoi de poker Loto-Québec
  • Philippe Jetté et Yves Bouchard, Propriétaires du site web et forum www.princepoker.com
  • Sebastien Dessureault, Propriétaire du site web et forum www.pokercollectif.com

Avec près de 40 000 membres et 400 établissements présents dans toutes les régions du Québec ainsi qu’en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, Poker Trail Management était le chef de file en matière d’évènements poker tout juste avant les faits qui ont causé le litige.

Les procureurs au dossier sont le bureau d’avocats Fasken Martineau pour Loto-Québec et la Société du Jeu Virtuel du Québec Inc. et l’organisme sans but lucratif Clinique Juridique Juripop – Me Alex Boudreault-Leclerc de Juripop Affaires et Artistes pour Poker Trail Management Inc. et leurs actionnaires, messieurs André Boyer et Pierre Martel.

Pour faciliter l’accès aux médias, au public ainsi qu’à ses membres, Poker Trail Management utilise les services du site web www.justicepublique.com qui ont créé une page Facebook et un compte Twitter pour la consultation en ligne des documents publics concernant cette cause. Il sera donc possible de suivre en ligne tous les événements de nature publique concernant ce dossier.

MONTRÉAL, le 20 mai /CNW Telbec/

2013-06-22

Pari sportif: Jacques Demers reprend du service avec les Sénateurs

Les_Senateurs_d_Ottawa.jpg Les paris sportifs bientôt possible au Canada?

Saviez-vous que les députés du Parlement canadien avaient voté en faveur d'un amendement au Code criminel (le projet de loi C-290) qui permettrait aux sociétés d'État (tel que Loto-Québec) qui gèrent les jeux d'argent et de hasard, d'offrir des paris sur le résultat d'un seul match. Heureusement, les promoteurs des paris sportifs se heurtent à une défense tenace de la part de l'équipe de Jacques Demers, les Sénateurs d'Ottawa! Ces derniers font obstacle aux attaques vicieuses de l'Association canadienne du jeu, en bloquant depuis plus 475 jours d'adoption du projet de loi.

Finalement nos sénateurs prouvent enfin leur utilité...

En marge de son congrès annuel qui se tenait cette semaine à Montréal, la Canadian Gaming (lire gambling) Association (CGA) a réclamé que le Sénat vote rapidement en faveur du projet de loi C-290, qui a déjà passé l'étape de la Chambre des communes. Afin d'intimider les sénateurs, tous les coups sont permis, ainsi la CGA n'a pas hésité à mettre en ligne un site AllezC290.ca pour faire pression sur nos braves sénateurs. Ce site fait, entre autres, le décompte de l'argent qui aurait été perdu par leur faute.

chambre-senat.jpgL'association qui regroupe des manufacturiers de machines à sous, de logiciels de jeu et des sociétés étatiques de loterie, met de l'avant des chiffres encore plus farfelus que ceux qui avaient été utilisés par l'industrie pour justifier la mise ligne de salons de poker et de casinos Internet étatique. Ainsi la CGA estime que depuis le feu vert des Communes 18 milliards de dollars ont été perdus aux mains de sites Web étrangers et de preneurs aux livres liés au crime organisé. Évidemment, Loto-Québec est d'accord avec cette initiative et son porte-parole, Jean-Pierre Roy, déclarait au magazine Argent que «si ce type de pari est permis, nous l'offririons rapidement. Le client le réclame et ça nous rendrait concurrentiels par rapport aux sites illégaux.»

N'ayant pas peur du ridicule, Bill Rutsey, le président et chef de la direction de la Canadian Gaming Association affirme «qu'il est clair que les Canadiens veulent une alternative légitime. En refusant d'adopter le projet de loi C-290, le Sénat maintient le statu quo - obligeant les Canadiens à se tourner vers des sites Web non réglementés et des criminels.»

Passons à l'attaque et répondons à ces affirmations désinvoltes de cette association.

1) Comme pour les sites de poker, ceux (et des logiciels) dédiés aux paris sportifs sont, pour la plupart, réglementés et appartiennent à des entreprises légales. Non seulement celles-ci sont souvent cotées en bourse, mais certaines d'entre elles ont signé des ententes d'opération sous licences avec des gouvernements. Plusieurs de ces compagnies qui vendent les logiciels et plates-formes de jeux ont aussi comme client des sociétés d'État tel que Loto-Québec. En fait, ce qui est illégal, pour les citoyens canadiens, c'est d'y jouer ou d'y miser... et pour ces compagnies, c'est de ne pas leur en interdire l'accès. Mais deviner quoi? On ne leur a jamais demandé d'empêcher les Canadiens d'accéder à leur site! Pourtant, la plupart de ces compagnies sont sensibles aux demandes des différentes juridictions. Si on leur demandait, je suis certain que plusieurs d'entre elles obtempéreraient...

Une meilleure défense...

2) Même si nos sénateurs votaient C-290 et que Loto-Québec et les autres sociétés provinciales de loterie iraient de l'avant en offrant des paris sur l'issu d'un seul match, les autres sites continueraient d'exister et à offrir (comme pour le poker) des produits plus attrayants que les plates-formes de jeu et de paris étatiques. De toute façon, que ce type de pari soit permis ou pas il sera nécessaire (idem que le poker) pour en assurer la rentabilité, empêcher les Canadiens d'avoir accès aux sites de paris que l'association considère illégaux... Pour ce faire, il faudra, comme je l'ai mentionné plus haut, demander aux gestionnaires des sites concernés d'en interdire l'accès à nos concitoyens et mettre en place un système de blocage des sites de paris (et de jeux en ligne) pour ceux qui ne voudront pas se conformer à cette demande. Ce type de mesure est déjà en vigueur dans plusieurs pays et elle se révèle très efficace. À celle-ci, nous pourrions à l'exemple de nos voisins du sud, interdire aux compagnies de cartes de crédits et de paiement en ligne d'honorer tout type de paiement qui s'adresserait à des sites de paris ou de jeu en ligne non contrôlé par provinces canadiennes.

En fait, le gros des paris illégaux est géré par des mafias italiennes, chinoises ou russes qui n'utilisent pas que le Web pour offrir leurs services. Peut importe, ce que nous ferons ceux-ci continueront à exister et à vouloir truquer l'issu des parties. À ce sujet, je vous invite à visionner l'excellent reportage de Special investigation: Foot'' (soccer)'', chevaux poker, des paris sous influence (Canal +).

La Canadian Gaming Association est hors jeu...

Jacques_Demers.jpgFinalement, nous pouvons nous demander si la demande de ce lobby correspond à un réel besoin? Je suis impliquée comme critique de l'industrie du gambling depuis plus de 10 ans et jamais je n'ai perçu qu'il y avait un mouvement significatif au sein de la population canadienne, en faveur de cette modification au Code criminel... En fait, cette revendication cache le désir de l'industrie étatique du gambling de créer de toute pièce une demande qui actuellement, n'existe pas. La CGA espère que ce nouveau produit suscitera de l'intérêt chez le consommateur, et ce, dans un contexte ou l'offre de jeu est déjà quasiment saturée et la demande stagnante... Enfin, la mesure actuelle qui interdit de parier sur l'issu d'une seule partie est une excellente mesure de précaution pour limiter la triche au sein d'un petit marché local, comme celui du Québec et surtout pour réduire les dépenses excessives de jeu. Il est plus hasardeux de miser de grosses sommes lorsque les probabilités de gains sont de la sorte réduites c.-à-d. parier sur l'issue de plusieurs parties est beaucoup plus difficile que pour une seule.

J'encourage donc nos chers Sénateurs à ne pas abandonner la joute et à remettre aux calendes grecques l'adoption de cette loi dont l'adoption n'est pas dans l'intérêt public.

Alain Dubois

Note: Vous aurez compris que je n'ai aucune idée des motifs qui poussent nos sénateurs à ne pas adopter ce projet de loi et de la réelle position de l'ancien entraineur du Canadien de Monréal et actuel sénateur, Jacques Demers... Mais la situation méritait d'être soulignée.... avec humour

Photo des Sénateurs d'Ottawa: Copyright Tous droits réservés par gbalogh

2013-06-03

Alcool dans les aires de jeux des casinos de Loto-Québec: les jeux sont faits?

Alcool et gamblingLes consultations de la Commission de la santé et des services sociaux sur la vente d'alcool à l’intérieur des aires de jeux des casinos font très mal paraître le gouvernement Marois. Omnibulé par le montant des dividendes que celui-ci exige de Loto-Québec (LQ), les députés du Parti Québécois on vite oublié leur habituel discours «progressiste». Aucune préoccupation de santé publique n'est présente dans leurs interventions. Pire les arguments économiques qu'ils mettent de l'avant pour justifier cette mesure ne tiennent pas la route...

L'argument principal de Loto-Québec et du gouvernement repose sur la prémisse, que la vente d'alcool rendrait les casinos québécois plus compétitifs et par conséquent, augmenterait leur taux de fréquentation. Cette seule mesure rapporterait, selon eux, 40 millions de dollars. Fidèle à son habitude, la société d'État n'a présenté aucune étude de marché pour appuyer sa demande. Comme je l'ai mentionné dans mon billet du 20 mai, il n'y a rien qui puisse prouver que les casinos québécois seraient plus compétitifs si LQ allait de l'avant avec la vente et le service d'alcool dans les aires de jeux... Les casinos d'Atlantic City et de Las Vegas offrent gratuitement (ou à bas prix) de l'alcool aux joueurs dans les aires de jeu et cela ne les a pas empêchés de voir leur profit baisser de façon spectaculaire, 12% pour Atlantic City! En fait, dans ce contexte de décroissance de la rentabilité des activités de jeu d'argent et de hasard, les casinos québécois se tirent plutôt bien d'affaire.

Loto-Québec a créé des établissements de jeux qui font compétitions à ses propres casinos.

Il y a de nombreux facteurs qui expliquent la baisse des profits des casinos québécois (lire billet précédent) dont l'augmentation sans précédent, ces dernières années, d'une offre de jeu qui, en grande partie, s'adresse à la même clientèle, celle des adeptes des jeux d'argent et de hasard électroniques. Loto-Québec a ainsi créé de nouvelles offres de jeux qui font compétition à celles existantes, dont celle offerte par ses casinos ! Comme le dit la maxime (sic) «Il déshabille Jean-Pierre pour habiller Marie-Claude»...

Les établissements de jeux illégaux... Que fait le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud?

Les députés péquistes ont systématiquement demandé aux représentants de la Santé publique et des centres de traitement et de réadaptation en dépendance, s'ils ne croyaient pas qu'il serait préférable que les Québécois fréquentent les établissements de jeu légaux (les casinos de Loto-Québec) plutôt que des établissements de jeux illégaux où il est possible de consommer de l'alcool tout en jouant. Je ne sais pas pourquoi, mais aucun témoin a eu la présence d'esprit de répondre «le gouvernement et le ministère de la Justice n'a qu'à faire respecter le Code criminel!» Les établissements de jeux illégaux en dur (terrestre) ou sur Internet sont connus (la plupart sont à dix minutes du casino de Montréal: à Kahnawake). Comme aux États-Unis et en Europe le gouvernement peut bloquer les casinos et salons de jeux en ligne illégaux et mettre fin aux activités de tout autre établissement de jeu. Il est odieux de demander au Québécois de dépenser plus dans les jeux d'argent et de hasard et d'introduire un facteur de risques supplémentaire (l'alcool dans les aires de jeu) dans les casinos pour compenser le manque à gagner dû à l'absence de volonté politique de faire respecter les lois en vigueur.

L'interdiction de vente et de service d'alcool dans les aires de jeux «la meilleur pratique»

À l'exception du PDG de LQ, l'ensemble des autres intervenants aux audiences de cette commission parlementaire, dont les représentants des centres de traitements et de réadaptation en toxicomanie et des directions de la santé publique se sont opposés à l'élargissement de l'offre d'alcool dans les casinos. Ils ont tous recommandé le maintien de la politique actuelle qui représente selon eux un compromis acceptable. La vente d'alcool est tout de même permise dans les bars et restaurants des casinos. De l'avis de tous, cette mesure «figure parmi les meilleures pratiques» et «contribue à prévenir les problèmes liés aux jeux d'argent» (jeu compulsif et dépenses excessives). L'ensemble des intervenants reliés à la santé et le traitement des dépendances ont aussi relevé,  les effets délétères et désinhibiteurs de l'alcool et son incidence sur les conduites à risques y compris sur les habitudes de jeu. Chez l'automobilisme même un faible taux d'alcoolémie dans le sang, influence sa conduite et augmente significativement les risques d'accident. Il en serait de même chez les joueurs chez qui la consommation d'alcool entraînerait des hausses sur la durée des sessions de jeu, des sommes misées ou des pertes encourues. Dans ce contexte comment Loto-Québec pourra continuer à se considérer comme un leader du jeu contrôlé (ou responsable) alors qu'elle retire la principale mesure qui permet aux joueurs de contrôler le temps passé à jouer (gambler) et leur dépense.

Une nécessaire pause...

Le fait d'aller au bar pour boire permettrait correspondrait à salutaire moment d'arrêt pour plusieurs joueurs qui réaliseraient ainsi la durée du temps passé à jouer et du montant d'argent perdu... Les membres de la coalition EmJEU (dont l'auteur de ces lignes) revendiquent d'ailleurs, depuis une dizaine d'années, que l'on impose des temps d'arrêt sur l'ensemble des appareils de jeux électroniques y compris hors casino.

D'autres questions...

Plusieurs questions n'ont pas été posées et/ou demeurent sans réponses. Quel serait le prix de vente de l’alcool? Il y aura t'il un prix minimum? Est-ce que les points-privilèges pourraient être échangés contre des consommations d'alcool? Pourquoi et selon qu'elle règle offre t'on actuellement gratuitement de l'alcool dans les salons VIP des casinos? Pourquoi, n'a t'il pas eu un débat public qui a précédé la permission accordée, l'an passé, à Loto-Québec de faire la promotion de ses casinos par des campagnes publicitaires (radio, télé, journaux, etc,). Si le gouvernement va de l'avant avec la vente et le service d'alcool dans les aires de jeu, est-ce que les casinos pourraient utiliser, tel que le proposent les membres d'EmJEU, les informations contenues dans les cartes privilèges pour détecter les joueurs compulsifs?

Personne n'achète des billets de loterie dans les casinos...

Il aurait été pertinent que des intervenants entendus lors de cette commission attirent l'attention des élus sur le taux de prévalence par type de jeu. En 2005, un chercheur de la Santé publique associé à l'étude de prévalence 2002 des problèmes de jeu, Serge Chevalier a démontré que le 16% des joueurs qui ont des problèmes de jeu compulsif (1 symptôme ou plus) aux machines à sous dans les casinos étaient responsable de 63% des montants dépensés sur ces appareils (50% pour les 6% de joueurs pathologiques et problématiques). Il est important de préciser qu'entre 85 et 90% (*) des profits des casinos dans le monde proviennent des MAS et autres jeux électroniques. Au Québec plus de 90% des personnes traitées pour un problème de dépendance au jeu d'argent et de hasard, sont des adeptes des MAS, ALV et autres jeux électroniques. Ces jeux rapportent à eux seuls la majorité des profits de la société d'État! Il faut aussi préciser que ce taux de prévalence est mesuré sur 12 mois et exclut donc tout ceux qui ont réussite à se sortir de cette dépendance ou que faute d'argent ont cessé de jouer...

Le gouvernement Marois baillonne les voix indépendantes

Une étrange commission parlementaire…

Dès le départ, le PQ et le PLQ se sont opposés à la présence de voix indépendantes lors des consultations de la Commission de la santé et des services sociaux sur l'abrogation des dispositions qui interdisent la vente, le service et la consommation d'alcool à l’intérieur des aires de jeux des casinos québécois (dont la mienne et celle du chercheur Jean Leblond).

Ce dossier, comme tous les autres qui touchent le jeu, est très politique, le PQ et le PLQ, nos Rémus et Romulus de la politique québécoise, se dispute souvent, mais sur le fond des choses, hormis la question nationale, ils s'entendent bien et pratiquent le même genre de politique... Ici, ils se sont entendu pour d'accorder des "laissés passés" qu'à des invités choisis d'un commun accord.

Le jeu est pipé...

Autre bizarrerie, la liste des participants à ces audiences comprenait, au départ des associations touristiques, la chair en tourisme de l'UQAM, le DG du casino de Charlevoix et des chercheurs dont les travaux sont (ont été) financés par l' industrie brassicole (et autres alcooliers) et celle du gambling, etc.

Le PQ et le PLQ -Les Remus et Romulus de la politique

Quelques jours avant le début des audiences, tous ces intervenants, habituellement plutôt favorables à LQ et aux positions gouvernementales, sont disparus de la liste... Pourquoi? Afin de marginaliser la Santé publique? De réduire le temps consacré aux audiences de la commission? Le gouvernement faute d'arguments favorables a sans doute décidé d'imposer cette mesure, et ce, malgré la qualité des arguments en sa défaveur. J'imagine très bien les attachés politiques du ministre des Finances dire à tout ceux qui étaient favorables à cette mesure «Inutile de vous présenter aux audiences de la commission, car peut importe ce qui se dira, nous accorderons à Loto-Québec la possibilité de vendre de l'alcool dans les aires de jeu».


Aujourd'hui aux auditions de la commission parlementaire: le ministre des finances, Nicolas Marceau et le ministre de la Santé, Réjean Hébert.


(*) Jean-Pierre Roy a prétendu en onde que ce taux n'était ici que de 75%. Ce qui serait étonnant sauf peut être s'il est arrivé à ce pourcentage en prenant en compte l'ensemble du chiffre d'affaire des casinos y compris la restauration.

Baisse des profits des casinos de Loto-Québec... Une tendance mondiale!

Mémoires déposés sur le site de l'Assemblée Nationale: ICI

La page de la Commission de la santé et des services sociaux consacré à ces audiences (vidéos disponibles): ICI




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Baisse des profits des casinos de Loto-Québec... Une tendance mondiale!



PHOTO en haut de page: Michael Godard Art Prints­ - http://artwest.homestead.com/godard.html

2013-05-20

Baisse des profits des casinos de Loto-Québec... Une tendance mondiale!

Cannibalisation de l'offre de jeuEn fin de semaine, Loto-Québec confirmait que le taux de fréquentation de ses casinos par sa clientèle locale (lire régionale) était, en diminution constante. De 21%, en moyenne, ce taux a glissé, depuis quelques années à 17%.

La baisse des profits des casinos n'est pas uniquement une tendance que l'on observe au Québec... C'est à l'exception de Macao, une tendance mondiale... Dans un contexte de décroissance de l'industrie du gambling (en dur / terrestre), les casinos québécois tirent plutôt bien leur épingle du jeu.

Lorsque l'on se compare, on se console...

La baisse des profits a été de 12% à Atlantic City et à Las Vegas les casinos ont aussi connu une diminution de leur rentabilité et ce n'est, que depuis que le début de l'année, que l'hémorragie a été stoppée. Par contre, dans le cas des casinos de Las Vegas, il faut savoir que la majorité de leur revenu ne provient plus des jeux, mais de l'événementiel c.-à-d.: spectacles, colloques, congrès, foires, etc. Las Vegas est devenue ces dernières années une destination touristique qui ne s'adresse plus qu'aux gamblers. En fait, les nombreux et prestigieux spectacles que l'on retrouve dans les casinos combinés aux nombreuses attractions offertes dans la ville en font, maintenant, une destination quasiment familiale...

Plusieurs facteurs expliquent la baisse de la rentabilité des casinos...

Les difficultés économiques des dernières années, les lois antitabac, la compétition du jeu en ligne, les contrôles d'identité (en France), la multiplication des établissements de jeu et de la concurrence, sont tous des facteurs qui ont affecté la rentabilité des casinos.

Au Québec, c'est facteurs sont tout présent, mais contrairement à ce que prétend Loto-Québec ce n'est pas la concurrence des casinos qui se trouvent dans les autres provinces ou aux États-Unis qui en est la cause (ou si oui d'une façon très marginale). Les touristes étrangers (sauf pour celui de Hull: des Ontariens) sont presque inexistants... Il y a bien quelques jeunes Américains qui fréquentent les casinos québécois, car chez eux l'âge légal pour consommer de l'alcool et jouer est 21 ans et un petit nombre de touristes supplémentaires en haute saison, mais cet apport de touristes n'est pas très significatif.

Il ne faut pas comparer des pommes avec des oranges...

Les casinos québécois s'adressent principalement à une clientèle locale, régionale et nationale et jamais ces établissements de jeux pourront compétitionner avec ceux de Las Vegas ou Atlantic City.

La démesure de l'offre de jeu au Québec...

Cette baisse de fréquentation des casinos québécois ces dernières années correspond à la période où nous avons assisté à un accroissement sans précédent de l'offre de jeu. Il y a eu la création des salons de jeux (Ludoplex), la mise en ligne d'un casino Internet étatique (EspaceJeux), l'implantation des salles de Kinzo et d'un nouveau casino (1). C'est trop , beaucoup trop, et on peut présumer sans guère se tromper que chaque nouvelle offre de jeu cannibalise celles existantes. Il est important de préciser que de 75 à 85% des profits des casinos proviennent des jeux électroniques de type machines à sous (loterie vidéo, Keeno, etc.) et c'est justement la même clientèle qui est visée par toutes ces nouvelles offres de jeu.

D'autres facteurs...

Le vieillissement de la clientèle de Loto-Québec joue assurément un certain rôle dans cette baisse du taux de fréquentation. Les jeunes qui ont grandi avec les jeux vidéo (console de jeux et ordi) n'ont pas les mêmes intérêts pour les jeux de hasard électronique... Des jeux qui contrairement aux jeux d'adresse et d'habilité auxquels ils sont familiers, ne demandent aucune stratégie ou habilités particulières. Et ce n'est pas les astuces de Loto-Québec pour les tromper en mettant sur le marché des jeux hi Tech et multimédia qui sur utilise le tape-à-l'oeil et le near-win pour simuler des jeux de stratégie qui va les inciter à y jouer.

La concurrence des établissements de jeux illégaux que l'on retrouve à Kahnawake (à qq. kilomètre de Montréal) et en ligne, n'aide pas la situation. À ce titre, le Québec et le Canada doivent, à l'instar de ce qui se fait ailleurs dans le monde, faire des efforts pour contrôler l'offre de jeu illégal.

Un autre facteur qui n'est pas à négliger: Le gouvernement du Québec et sa Société d'État n'ont plus le monopole des communications. À chaque fois que Loto-Québec et le gouvernement font une annonce en matière de jeu, les Québécois ont immédiatement accès dans les médias aux positions des critiques de l'industrie et des experts de la santé publique. Les Québécois sont donc mieux informés qu'auparavant sur les intentions réelles de Loto-Québec et du gouvernement et des risques associés au gambling particulièrement aux jeux électroniques...

L'inexpérience et l'incompétence des gestionnaires de casino sont, selon des représentants des croupiers, des facteurs non négligeables. Ceux-ci proviennent de l’industrie touristique ou de la restauration et ils n'ont aucune expérience de l'industrie du gambling et de la gestion des casinos lorsqu'ils arrivent en fonction. Pour contourner ce problème la Société des loteries et des jeux de l'Ontario (SLJO) a cédé la gestion de son casino de Niagara Falls à un sous-traitant, MGM.

L'état est accro aux jeux de hasard et d'argent...

Cette démesure de l'offre de jeu au Québec illustre à quel point l'État québécois est devenu dépendant de cette forme de taxation régressive que sont les jeux de hasard et d'argent. Au départ, la légalisation de ces jeux obéissait à des motifs de sécurité et de santé publique, aujourd'hui nous sommes bien loin de ces motivations de départ...

Où aller chercher de l'argent chez Loto-Québec - Un coup de balai s'impose

Il y a pourtant beaucoup d'argent à aller chercher chez Loto-Québec qui gère un monopole étatique sans réelle concurrence. Le budget alloué au service corporatif de Loto-Québec est colossal et il y a place pour une rationalisation et une optimisation des postes budgétaires attribuées au sein de ce service (lire à ce sujet le billet de Pierre Desjardins) et dans l'ensemble de la société d'État. Nous pouvons aussi nous demander si c'est bien le rôle de Loto-Québec de se substituer aux ministères du Tourisme et de la Culture et de commanditer tous azimuts les activités culturelles et les festivals. Enfin, Loto-Québec devrait mettre fin illico à son aventure outre-mer largement déficitaire et vendre les actifs qu'elle possède chez le casinotier français JOA. Investir dans des casinos étrangers n'a jamais été dans les mandats de Loto-Québec. Dans ce cas, comme dans d'autres, ces investissements boiteux révèlent les graves lacunes de ses administrateurs en gestion et planification.

Alain Dubois

Mon entrevue sur ce sujet au 93 FM Québec (Serge Trudel): ICI

À lire aussi: L’irréalisme du plan budgétaire 2013-2014 pour Loto-Québec : Le jeu illégal

(1) Le casino du Mont-Tremblant fait à peine ses frais (surtout si on prend en compte les sommes investis) Pire, il a tout probablement enlever à celui de Montréal une partie de sa clientèle...




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2013-05-02

Laurence Grondin la première victime de la lutte gouvernementale au jeu illégal?

Le Jeu en ligne illégal - "offshore"Loto-Québec a annoncé que le gouvernement avait mandaté un comité d'experts afin de lui proposer des pistes visant à lutter contre le jeu illégal en ligne. Le PDG de la société d'État Gérard Bibeau a dans ses déclarations aux médias mentionné que celles-ci pourraient s'inspirer des mesures appliquées en France et dans plusieurs pays Européen, en autre, le filtrage des sites illégaux. Des mesures concrètes devraient, selon lui, être mises en place rapidement. La lutte aux sites illégaux de jeux d'argent et de hasard en ligne devient donc une priorité gouvernementale... Dans le communiqué de presse que la société d'État a publié, on fait allusion qu'au jeu en ligne, mais il serait surprenant que le gouvernement ne fasse rien pour endiguer l'offre de jeu illégal en dur (terrestre) que l'on retrouve à Kahnawake et qui fait directement concurrence à celle du casino de Montréal.

Un « licenciement » qui n'est pas le fruit du hasard...

Cette annonce du gouvernement Marois, jette un nouvel éclairage sur le "licenciement" par Loto-Québec de Laurence Grondin (Lady Luck).

La décision de Loto-Québec sur l'avenir de Laurence Grondin a probablement été scellée dès que le ministre des Finances l'a avisé que son gouvernement avait l'intention de lutter contre l'offre de jeu illégale. Il devenait alors impossible pour Loto-Québec d'avoir au sein de son organisation une porte-parole qui fréquente un établissement illégal de jeu. Je crois aussi, que c'est pour cette raison que, contrairement à leur habitude, les responsables des relations avec les médias chez L.Q. ont soulignée, à gros traits, que le non-renouvellement du contrat de Mme Grondin (qui n'est pas formellement un licenciement) était dû à sa présence dans des salons de poker illégaux. Il leur était possible de non renouveler son contrat sans en publiciser la cause... La pauvre Laurence serait ainsi donc devenue la première victime de la lutte que le gouvernement entend mener au jeu illégal.

Un message à la communauté des joueurs de poker?

À quelques jours d’intervalle, Loto-Québec annonce qu’il ne renouvelle pas le contrat de Laurence Grondin, car elle a été surprise à jouer dans un établissement de jeu illégal et que le ministre des Finances ira de l’avant sous peu avec des mesures pour endiguer l’offre de jeu en ligne qui échappe au contrôle de Loto-Québec... Il est intéressant de noter que c’était, à ma connaissance, la première fois que Loto-Québec s’exprimait aussi clairement sur l’illégalité des établissements de jeu situés à Kahnawake... Est-ce une façon pour Loto-Québec et le gouvernement d’annoncer à la communauté des joueurs de poker que c’est la fin de la "récréation" et que bientôt des mesures seront prises afin de défendre et protéger le monopole de Loto-Québec? Dans le communiqué de presse du 30 avril, Gérard Bibeau écrit:

(...) le contexte dans lequel Loto-Québec a vu le jour, en 1969. À l’époque, la décision du gouvernement de confier à un seul organisme public toute la gestion du jeu s’appuyait sur un consensus social important au Québec; un consensus qui tient encore aujourd’hui. Et au fil des ans, peu importe le domaine, Loto-Québec est toujours venue canaliser une offre de jeu qui existait déjà, pour assurer une commercialisation responsable des produits et veiller à ce que les profits soient dirigés vers les services publics pour la réalisation des grandes missions de l’État.

Ce n’est pas réellement une surprise, car dans la plupart des pays ou l’offre de jeu en ligne ou en dur est directement ou indirectement (ex. : par un système de licence) sous le contrôle de l’état ceux-ci mettent en place toute une série de mesures juridiques et techniques pour protéger le marché des opérateurs autorisé.

Il reste maintenant à voir ce que, concrètement, le gouvernement québécois fera pour protéger le monopole de Loto-Québec.

Communiqué de presse du 30 avril de Loto-Québec

2013-04-27

Poker illégal: Lady Luck "licenciée" par Loto-Québec

Isabelle Grondin alias Lady Luck au  tournoi du WPT au Playground de Kahnawake Lors de ma dernière participation à l'émission d'Isabelle Maréchal (avec Jean-Pierre Roy), le 10 avril,  j'ai révélé en onde que la porte-parole du poker chez EspaceJeux Loto-Québec, Mme Laurence Grondin (alias LadyLuck) avait participé à un tournoi du WPT au Playground et que son conjoint (Marc Étienne McLaughlin) était un des professionnels du StarsDust Poker Mansion, deux salles de poker illégales situées à Kahnawake.  Ces révélations ont forcé Loto-Québec à réagir et à «licencier» (*) Mme Grondin , (l'émission d'Isabelle Maréchal au 98,5 FM).

Il faut admettre que c'est une sage décision, car il était incohérent qu'une professionnelle et Porte-Parole du poker étatique joue dans des établissements de jeux illégaux qui, de surcroit, font concurrence aux salons de poker qui se trouvent dans les casinos de la société d'État...

Il faut tout de même souligner ici, l'incongruence du gouvernement qui d'un coté, réclame de Loto-Québec des dividendes supplémentaires et de l'autre tolère le développement d'établissements de jeu illégaux à Kahnawake et la fréquentation de sites de jeux d'argent et de hasard en ligne illégaux / offshore (poker et casino en ligne) par ses concitoyens.

Laurence Grondinalias Lady Luck au Play Ground Poker ClubLe gouvernent québécois serait avisé de mener une campagne dans les médias visant à informer la population que la fréquentation de ce type d'établissement (terrestre ou en ligne) contrevient au Code criminel et que les gains que l'on peut y faire sont non seulement imposables, mais peuvent être aussi saisi, car ils proviennent d'une activité criminelle.

Il est important de rappeler que le gouvernement traditionnel Mohawk, le LongHouse, s'est toujours opposés à l'implantation d'établissement de jeu sur leur territoire et qu'un jugement de la cour Suprème du Canada (Pamajewon, 1996) a déjà statué que le gambling dans les réserves autochtones était une activité illégale :

"Dans l’arrêt Pamajewon, les appelants revendiquaient le droit à la gestion et à l’utilisation des terres de la réserve en vertu du droit à l’autonomie gouvernementale.

Or ici, la Cour caractérise le droit comme étant celui de participer et de réglementer les jeux de hasard sur la réserve. Dès lors, elle situe le débat sur la réglementation des jeux et non sur celui du droit à l’autonomie gouvernementale comme l’y invitaient les appelants."

Pour retrouver des extraits et les références à ce jugement: Le projet de casino à Kahnawake serait hors la loi et Le fantasme du New Buffalo

(*) En fait, formellement, Mme Grondin n'a pas été licenciée mais Loto-Québec a décidé de mettre fin immédiatement fin au contrat de Mme Grondin en évoquant ses présences dans des établissements de jeux illégaux de Kahnawake.

2013-03-21

France - Étude de l'ARJEL: Les joueurs (gamblers) en ligne dépensent 235.00 dollars par mois

Le quotidien français Le Parisien dévoilait hier les résultats d'une étude réalisée par l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL). On apprend que moins le salaire du joueur est élevé, plus celui-ci a tendance à dépenser gros pour assouvir son intérêt pour les jeux d'argent et de hasard. L'étude nous apprend aussi que la dépense mensuelle moyenne des joueurs en ligne est de 235.00 dollars (184 euros).

Cette étude de l'ARJEL dresse le portrait-robot des joueurs sur Internet, souligne que la population des joueurs en ligne est composée en majorité de jeunes, entre 18 et 34 ans. Deux tiers de ces joueurs sont des employés ou des cadres ayant un niveau d'études égal ou supérieur au baccalauréat. L'étude révèle aussi que les femmes ne représentent que 10% à jouer en ligne : 15% dans les paris hippiques, 10% au poker et à peine 4% pour les paris sportifs!

Les joueurs en ligne dont les revenus s'établissent entre 1,915 et 2 553 dollars par mois (1 500 et 2 000 euros ) disent en consacrer 10 % au jeu, en moyenne, selon une étude réalisée auprès de cinq cents joueurs.

ARJEL - France"Globalement", ces accros aux jeux en réseau admettent avoir plutôt perdu (55 %) que gagné (37%) de l'argent. Raisonnables, 70% des personnes se fixent un budget. La moitié d'entre elles dépensent moins de 64 dollars (50 euros) par mois, 4 % y consacrent entre 64 et 638 dollars (50 et 500 euros). Un petit nombre (8%) dilapide tout de même plus de 638 dollars (500 euros) chaque mois. Par conséquent, le budget moyen atteint 235 dollars (184 euros) par mois. Il est important ici de préciser (et l'étude est muette sur ce sujet) que les gamblers ont toujours tendance à sous-estimer les montants d'argent qu'ils perdent en jouant...

Selon l'étude, le jeu en ligne le plus rentable serait le poker ainsi en 2012, 96% des 7,6 milliards de mises ont été redistribués aux joueurs de poker. Les parieurs sportifs se sont, eux, partagé 80% des 705 milliards de mises et les turfistes en ligne 77% de 1,1 milliard d'euros.

«Les joueurs doivent prendre conscience qu’ils ne peuvent pas maîtriser le hasard», prévient Jean-François Vilotte, le président de l’Arjel. L'organisme doit d’ailleurs faire des propositions ces prochaines semaines pour lutter contre la dépendance. Ainsi les opérateurs pourraient être dans l'obligation d'alerter les joueurs en cas de mises ou de durées excessives consacrées au jeu.

RÉFÉRENCE: Enquête sur la sociologie des joueurs en ligne (PDF)
Publication de l’enquête menée en 2012 par l’ARJEL sur la sociologie des joueurs en ligne - 20 mars 2013

2013-01-17

Loto-Québec implantera 40 salles de KINZO: Le gambling pour renflouer les coffres de l’État

KinzoLes gouvernements changent, mais leur attrait pour l’argent facilement gagné que leur procurent les jeux d’argent et de hasard demeure lui, inchangé. Les couts sociaux sont disproportionnés en regard des revenus... Peut importe, car c’est la seule colonne des revenus qui compte pour ce nouveau gouvernement que rien ou peu de choses le distingue du précédent. L’important c’est d’augmenter les revenus de l’État sans toucher à l’impôt des particuliers et surtout des entreprises... Après tout, le Québec n’est pas la Suède ou les entreprises considèrent que c’est de leur responsabilité sociale de payer 40% d’impôt. Les entreprises d’ici expriment plutôt leur grande fierté lorsqu’ils reçoivent des subventions de l’État sans donner en retour un sou au ministère du Revenu.

Taxe régressive et « volontaire »

Marois-CharestPour arriver à boucler son budget, le gouvernement du Québec n’a, dans ce contexte, d’autres choix que d’appliquer des compressions budgétaires, d’augmenter (ou de créer) les frais administratifs pour presque tous les services qu’ils offrent et... les revenus provenant des jeux d’argent et de hasard. Pour renflouer les coffres de l’État ou pour et retourner à celui-ci de l’argent malhonnêtement gagné (Gilles Surprenant à la commission Charbonneau) il suffit de gambler vos revenus dans un des très nombreux établissements qui offrent des jeux du Québec.

Kinzo... Rapido... Amigo.... Des jeux à la dangerosité pourtant connue.

Loto-Québec avec l’aval du gouvernement Marois va implanter 40 salles de KINZO (source le Devoir, 17/01/2013)

Inspiré par des jeux français (RAPIDO & AMIGO), le KINZO est un jeu d’argent et de hasard à tirage rapide (de 6 à 11 minutes). Les tables de jeu avec animations multimédias sont munies d’écrans HD et de plafonniers circulaires avec sons et lumières. En France, ces jeux rapportent gros à la Française des jeux (l’équivalent de Loto-Québec), mais ils sont aussi la principale cause de problèmes de jeu compulsif qui affligent «nos cousins» européens. Contrairement aux casinos traditionnels, les mini casinos dédiés au Kinzo servent de l’alcool aux tables. Aux États-Unis, on sert des boissons alcoolisées dans les aires de jeu avec l’objectif avoué d’augmenter les dépenses de jeu chez les joueurs.

La fin des bars de loterie vidéo?

L’arrivée de ses 40 mini casinos dédiés principalement au KINZO sera un coup dur pour les bars qui offrent des loteries vidéo et il est probable que la fin est proche pour la plupart de ses établissements. Avec ses 4 casinos, 2 salons de jeux (Ludoplex) et 40 mini casinos, Loto-Québec sera en mesure de rapatrier dans ses seuls établissements l’offre de jeux que nous retrouvons actuellement disséminés dans les bars et les salles de bingo. Même si ce n’est pas le cas... ces nouveaux petits casinos viendront faire une rude concurrence aux bars qui offrent des loteries vidéo.

Loto-Québec... généreux?

Sans gêne, la société d’État présente le KINZO comme une solution humanitaire au problème de financement des OSBL alors que la demande pour la marque de commerce "Kinzo" a été déposée à Industrie Canada en juin 2009 soit près d’un an avant la consultation avril 2010 auprès des 400 dirigeants d’OSBL qui ont vue, leur revenu provenant des bingos s’envoler en fumé, entre autres, depuis la mise en application des derniers lois et règlements antitabac.

Et si....

Est-ce que la stratégie de Loto-Québec ne serait pas de mettre en place un vaste réseau d’établissements de jeu qui lui permettrait de reprendre sous son aile l’ensemble des activités de jeux au Québec?

2012-11-24

C'est la fin pour MISE SUR TOI !

Loto-Québec ne cache plus ses intentionsMise sur toi, un organisme créé et financé par Loto-Québec pour faire la promotion du «jeu responsable» cessera bientôt d'exister. (1).

Loto-Québec (LQ) a annoncé qu'elle allait mettre la clé dans la porte de Mise sur toi qui avait récemment obtenu un semblant d'indépendance de la société d'État. Le Devoir a appris que LQ en reprenait le contrôle et que sa gestion relèvera maintenant d'une vice-présidence au jeu responsable. Ce poste créé par le président de Loto-Québec, Gérard Bibeau, sera occupé par la médecin Guylaine Rioux, ancienne présidente et directrice générale de Services Québec. C'est en quelque sorte un retour en arrière pour la société d'État, car ce mandat relevait autrefois des services corporatifs de Loto-Québec. Daniel Dubeau occupait alors le poste de directeur de la recherche et de la prévention du jeu pathologique.

La dissolution de Mise sur toi prouve bien, comme nous le prétendions, que cet organisme n'avait pas une réelle indépendance et qu’elle était assujettie au contrôle de Loto-Québec.

Les campagnes de prévention de Mise sur toi qui faisait la promotion de la notion du jeu responsable que met de l'avant l'industrie du gambling étaient reconnues pour être particulièrement inefficaces.

Une étude de l’INSPQ avait démontré qu’une personne sur cinq croyait que ces messages visaient en fait, à encourager la pratique des jeux de hasard, alors que 45% des répondants à l’étude estimaient que les messages n’informaient en rien sur les risques et les dangers du jeu. Face à ces critiques, Mise sur toi avait répondu par une campagne plus mordante sur les dangers des appareils de loterie vidéo. Cette campagne s'écartait du discours corporatif de Loto-Québec sur le jeu responsable, car elle mettait en relief certains dangers associés à ces jeux de hasard électronique dangereusement programmé et qui sont responsables de plus de 90% des demandeurs de traitement pour un problème de dépendance au jeu. Cette campagne, même si, elle était relativement timide, a probablement déplu à Loto-Québec qui a décidé, quelques mois après son lancement, d'en reprendre le contrôle.

Le cash d'abord...

La volonté du gouvernement péquiste de demander à Loto-Québec de générer 140 millions de revenus supplémentaires dans les deux prochaines années n'est probablement pas, aussi étrangère à la disparition de l'organisme. Il ne faut pas être devin pour savoir que toute mesure ou campagne de prévention du jeu compulsif le moindrement efficace a pour conséquence probable, une diminution des profits chez Loto-Québec. Pour le gouvernement Marois, le rendement financier de sa société d'État passe bien avant les préoccupations de santé publique. Il ne faut pas oublier que les jeux de hasard et d'argent représentent une lucrative taxe (volontaire), puisqu'elle permet au gouvernement d'engranger plus d'un milliard 300 millions de dollars par année. Contrairement à l'augmentation des taxes sur les cigarettes, celle-ci a pour effet d'augmenter les problèmes de santé...

Et la Chaire de recherche sur le jeu responsable..

L'annonce par Loto-Québec de la dissolution de Mise sur toi signifie t'elle aussi la fin de la chaire de recherche sur le jeu responsable qu'elle a créé? Si oui, cela ne troublera pas l'auteur de ces lignes. Celle-ci est trop associée à l'industrie étatique du jeu pour être crédible. Sa disparition représenterait donc une bonne nouvelle pour tout ceux qui ont cœur l'indépendance de la recherche sur le jeu.

À quand un observatoire des jeux?

Il est plus que temps que l'on mette en place au Québec, un observatoire des jeux d'argent. Celui-ci devrait être indépendant et relever directement de l'Assemblée nationale. Il serait composé principalement d'intervenants publics, de chercheurs de la santé publique et d'universitaires (sans aucun lien avec Loto-Québec et les organismes qu'elle subventionne).

Cet observatoire québécois des jeux d'argent serait responsable de financer et coordonner l'ensemble des efforts de prévention, d'étude, de recherche et de proposer des mesures concrètes visant à réduire la dangerosité des jeux de hasard et d'argent au sein de la population.

Alain Dubois

Note:

(1) La notion même de jeu responsable comporte un parti pris important puisqu'elle fait uniquement porter la responsabilité des problèmes de jeu sur l'individu: comportements à risques; failles dans le processus cognitif, faiblesses génétiques; dérèglements neurochimiques, etc. Jamais (ou marginalement) les tenants du jeu responsable ne s'intéressent aux facteurs culturels, sociaux, environnementaux; aux impacts de la promotion et de la grande accessibilité des jeux d'argent et de hasard; jamais ils n'analysent la dangerosité des jeux, leurs conceptions (programmation et utilisation des failles dans le fonctionnement du cerveau).

Contrairement à la notion de «jeu sécuritaire», qui englobe l'ensemble des aspects reliés aux développements des problèmes de jeu, la notion de jeu responsable est limitée et unilatérale. L'industrie du jeu, on le comprendra, préfère cibler les comportements à risque des joueurs au lieu de regarder ce qu'elle pourrait faire pour limiter les problèmes de dépendance au jeu.

2012-05-14

Le site de la Kahnawake Gaming Commission, PIRATÉ!

Kahnawake Gaming CommissionLe 19 avril dernier, des pirates informatiques ont mis hors service le site de la Kahnawake Gaming Commission (KGC). Les internautes qui visitaient le site étaient accueillis par un message indiquant «Votre système est possédé!" Suivi par le message "Hacked By système eRRQR Et MaRDiNLi1FeLaKeT". Les pirates se sont identifiés comme étant des hackers de religion musulmane "Nous sommes SuiKaSh-Tim des hackers musulmans» (..). La KGC a mis plusieurs heures avant de remettre en ligne son site.

kahnawake-hack.jpg

La Kahnawake Gaming Commission n'a pas commenté cette attaque et nous ne savons pas si des données sensibles ont été dérobées par les pirates informatiques ou si d'autres sites hébergés par la Mohawk Internet Technologies (MIT), dont près de 200 casinos en ligne ont été touchés par l'attaque. Le manque de transparence de la KGC et du MIT face à ce grave événement a de quoi inquiéter...

Il est certain que c'est un coup dur pour la réputation de cet organisme Mohawk de régulation du jeu en ligne et pour le MIT.

Ça « bug » chez Loto-Québec...

Lutin chanceux, cliente flouée?Le chercheur Jean Leblond a régulièrement mis en relief dans ses articles que l'on retrouve sur JeuEnLigne.ca, le fonctionnement erratique des salons de poker du casino Internet de Loto-Québec, EspaceJeux... Voilà que nous apprenions vendredi dernier que les problèmes techniques qu'éprouve Loto-Québec (LQ) ne se limitent pas au poker en ligne...

Lutin chanceux, cliente flouée?

Madame Lucie Plamondon qui jouait sur EspaceJeux au Lutin Chanceux a allumé les 7 couleurs de l'arc-en-ciel. Sa mise de 1$ aurait du lui rapporter un montant de 296,000 $. Malheureusement pour elle, Loto-Québec a évoqué une erreur de système pour refuser de lui remettre son lot. Suite à cette dysfonction logicielle, Loto-Québec aurait néanmoins retiré ce jeu de son site pendant une semaine avant de remettre celui-ci en ligne. Mme Plamondon a exprimé sur la page FACEBOOK d'EspaceJeux son intention de poursuivre LQ afin récupérer le lot qu'elle estime avoir remporté.

Madame Plamondon aura appris, à son dépend, qu'il ne faut jamais faire confiance aux lutins, y compris, à ceux nombreux, qui oeuvrent à Loto-Québec et... que l'on risque de courir longtemps et en vain, pour trouver au pied d'un arc-en-ciel un chaudron rempli d'or.

À 7 secondes de devenir millionnaire!

Le 23 mai 2008, 20h58, Joel Ifergan achète deux billets de la loterie Super 7 dans un dépanneur de Dollard-des-Ormeaux. Il choisit de faire son achat en optant pour deux mises éclair de cinq combinaisons, avec extra. L'employé du dépanneur entre la transaction dans le terminal avant 21h, l'heure limite pour faire une mise. Le premier billet s'imprime correctement, mais le deuxième, dont la combinaison correspond au lot gagnant de 13,5 millions $, sort à 21 heures et 7 secondes est daté pour le tirage suivant... Même si partout ailleurs au Canada, c'est la date d'entrée d'un billet dans le terminal qui est prise en compte, Loto-Québec a toujours refusé de remettre à M, Ifergan son lot. Ce dernier a donc choisi de poursuivre Loto-Québec. Le procès devrait se clore aujourd'hui au palais de justice de Montréal. Si l'issu du jugement lui est défavorable, il n'est pas exclu que la société d'État porte la cause en appel.

2012-05-08

Mise en garde des pédiatres contre les dangers des jeux de hasard chez les adolescents

jeu compulsif chez les jeunesD'après un document de principes de la Société canadienne de pédiatrie (SCP), les dispensateurs de soins, les parents et les gouvernements doivent s'attarder davantage à la participation des adolescents canadiens aux jeux de hasard.

Bien que la participation aux jeux de hasard soit illégale chez les mineurs, de nombreux adolescents participent à des activités de jeu légalisées et autonomes, tant à la maison qu'en milieu scolaire. Les enfants peuvent même commencer à participer à des jeux de hasard dès neuf ou dix ans, et la plupart des adolescents canadiens affirment s'y être adonnés au moins une fois.

«Si les enfants jouent aux cartes ou aux dés pour gagner de l'argent, ils participent à un jeu de hasard, même s'ils le font en famille», explique le docteur Jorge Pinzon, président du comité de la santé de l'adolescent et coauteur du document de principes. «Ça semble inoffensif, mais en vieillissant, les enfants peuvent voir ces comportements se transformer en activités liées au jeu plus sérieuses. Et beaucoup trop de jeunes ont des problèmes de jeu.»

Dans l'ensemble, les adolescents sont deux à quatre fois plus susceptibles d'avoir des problèmes de jeu que les adultes. En vieillissant, les adolescents jouent généralement davantage avec leurs amis et leurs camarades de classe, qu'il s'agisse de paris sportifs ou de jeux en ligne.

Il est normal que les adolescents expérimentent des comportements à risque comme les jeux de hasard. Ce phénomène peut toutefois les rendre plus vulnérables à des problèmes de jeu, explique le docteur Pinzon. Les parents, les enseignants et les dispensateurs de soins doivent être au courant des facteurs de risque, dont la dépression, l'impulsivité, les comportements antisociaux et les changements de comportement comme l'absentéisme scolaire ou les mensonges pour cacher leurs activités liées au jeu.»

Parmi les recommandations de la SCP, soulignons les suivantes :

Les médecins et les dispensateurs de soins devraient dépister les problèmes de jeu, de même que le risque de dépression et de suicide chez les adolescents qui ont déjà un problème de jeu connu.

Les parents devraient connaître les signes de jeu pathologique et surveiller les activités de leurs enfants en ligne ainsi que leurs habitudes de jeu.

Le commissions et les conseil scolaires devraient mieux sensibiliser le personnel aux problèmes liés aux jeux de hasard chez les adolescents, encourager les conseillers à parler des jeux de hasard aux adolescents vulnérables et adopter et mettre en œuvre une politique interdisant le jeu dans les écoles.

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux devraient s'attarder aux répercussions des jeux de hasard sur les jeunes Canadiens, élaborer des stratégies pour soutenir les jeunes et les familles touchés par ce phénomène et évaluer les répercussions potentielles des nouvelles offres en matière de jeux de hasard avant de les adopter.

La Société canadienne de pédiatrie est une association nationale de défense d'intérêts qui prône les besoins de santé des enfants et des adolescents. Fondée en 1922, la SCP représente plus de 3 000 pédiatres, pédiatres surspécialisés et autres professionnels de la santé au Canada.

Pour accéder au document de principes complet de la SCP, écrivez à media@cps.ca.

Renseignements

Andrée Dion
Coordonnatrice des relationnistes
Société canadienne de pédiatrie
613-526-9397, poste 247

media@cps.ca

2012-04-28

Casino de Kahnawake : Victoire du NON au référendum

Le non au projet de casino à Kahnawake l'emporte!Pour une troisième fois, la population Kahnawake s'est prononcée contre le projet du Conseil de bande d'implanter un casino sur leur territoire. Pourtant le Conseil avait investi des sommes importantes pour faire la promotion du projet : site web; bureau de promotion en plein cœur de Kahnawake; utilisation d'une firme en marketing, etc...

Le non a obtenu 846 voix (50,72%) , le oui 822 voix et 29 bulletins de vote ont été annulés. Lors des deux derniers référendums, en 1994, et en 2003, le non l'avait remporté respectivement par 51% et 53%.

Finalement, les fières Mohawks n'ont été dupes marché de Faust qu'on leur proposait. Le Conseil Traditionnel Mohawks qui est le gouvernement traditionnel au sein de cette nation, s'est opposé vigoureusement au projet pour des motifs culturels et politiques.Celui-ci considère que les établissements de jeu (casino, salle de bingo, salons de poker et casino) sont non seulement, en regard de leurs lois, illégaux, mais que le gambling est une activité qui va à l'encontre de leur culture. D'autres opposants ont mis en relief que leur communauté était déjà aux prises avec des problèmes de criminalité et une importante présence du crime organisé et que l'arrivée d'un casino ne pourrait qu'aggraver la situation. Enfin, mais plus marginalement certains (surtout des jeunes) ont évoqué que plusieurs membres de leur communauté souffraient déjà de problèmes liés au gambling, à la consommation d'alcool et de drogues et qu'ils craignaient que ces problèmes prennent de l'ampleur si ce projet de casino devait se concrétiser.

Les jeunes se sont mobilisés contre le projet de casino

Alors que le Conseil de bande ne regarde aucune autre alternative que celle de créer des établissements de jeux pour développer l'économie locale. Les jeunes de la communauté en réponse à ce manque de créativité du Conseil de bande, ont remis une série de propositions pour stimuler l'économie de Kahnawake. Par exemple, que le Conseil devrait plutôt encourager la culture de la terre (une activité traditionnelle) plutôt que de développer un casino. Ils ont aussi présenté un projet d'attraction touristique conforme aux valeurs de leur société.

NON C'EST NON!

Ce projet de casino avait dès le départ susciter un vif mécontentement au sein de la population, car elle s'était déjà prononcée à deux reprises contre des projets similaires. On se rappellera qu'un ancien chef du conseil de bande, Joe Norton avait tenté d'implanter un casino sur la réserve. Malgré ces échecs, le conseil de bande a contourné la volonté populaire en autorisant la création de nombreux établissements de jeu: salle de bingo; salons de poker; hébergement web de casinos «illégaux». Des établissements dans lesquels, il semble, que plusieurs membres des conseils de bande de l'époque, dont Joe Norton ont des parts. Ce dernier a toujours été un des plus ardents promoteurs de la présence d'établissements de jeu dans la réserve. Il a cofondé la Kahnawake Gaming Commission et il est (ou a été) un des importants actionnaires d'Absolute Poker.

Les opposants ont régulièrement dénoncé l'entêtement du conseil bande à ne pas respecter les résultats des deux précédents référendums. Une des porte-parole, Mme Carlene Deer, avait exprimé à l'actuel Grand chef Michael Delisle sons ras le bol face à cette attitude du conseil de bande: «Quand les gens disent non par un référendum, ça veut dire non. Ce que vous faites c'est contre la loi, c'est contre notre loi». Ils scandaient des slogans tels que «Nous ne voulons pas de casino»; «Nous voulons protéger les générations futures».

Il est important de mentionner que cette victoire est d'autant plus significative que le Conseil Traditionnel Mohawks (Longhouse), qui ne reconnait pas la légitimité du Conseil de bande, ne participe pas à aucun des scrutins que celui-ci organise y compris le présent référendum.

La question référendaire était:

«Do you approve the developement of a communauty-owned casino that would be regulated by the Kahnawake Gaming Comission?»

«Approuvez-vous le Développement d'un casino appartenant à communauté qui serait régie par la Comission des Jeux de Kahnawake?» (La traduction est de moi)

L'avenir des autres établissements de jeu pourrait être remise en question

Fort de cette victoire, les opposants aux établissements de jeu illégaux à Kahnawake pourraient remettre en question la présence de ceux-ci, et ce, autant en regard des lois traditionnelles mohawks que des lois canadiennes. La salle de bingo et les clubs de poker ont été autorisés par le Conseil de bande sans consultation auprès de ses commettants.

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