Jean Leblond

Jean Leblond (Ph. D., psychologie) est docteur en psychologie de l’Université Laval depuis 1985. Il a complété sa formation avec deux années et demie d’études postdoctorales en neurophysiologie à l’Université McGill. Spécialiste des aspects psychophysiologiques des comportements, il a longtemps œuvré dans les domaines de l’interaction humain-ordinateur ainsi que la psychologie des processus cognitifs (les processus du raisonnement). En 1998, il s’est joint au Centre d’Excellence pour la Prévention et le Traitement du Jeu (CQEPTJ) dirigé par Robert Ladouceur à l’Université Laval. Il a quitté le CQEPTJ en 2000; environ un an avant de devenir le principal conseiller scientifique des avocats des joueurs dans le recours collectif contre Loto-Québec.

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2016-08-14

À réfléchir

snow_researchers_on_swiss_camp__greenland__240px.pngDans un dossier publié le 13 août 2016, concernant les pitbulls (De quel côté penche la science?), le journal La Presse cite un scientifique qui témoigne d’une situation maintes fois dénoncée au-delà des industries des armes et du tabac.

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Cette difficulté se pose potentiellement partout lorsqu’une industrie exploite un produit associé à une dépendance physiologique ou psychologique. Comme scientifique, il importe de ne jamais sous-estimer cette difficulté.

Photo: Capricorn4049

2016-03-15

Les 639 premiers jours de bingo en ligne sur EspaceJeux

You_got_my_number__5411729245_.jpg.jpgSur le site EspaceJeux de Loto-Québec, le bingo en ligne a été inauguré de 12 juin 2014 avec deux salles virtuelles. Une première salle (Suite 75) n’est offerte qu’à la clientèle de Loto-Québec. Une seconde salle (D’un océan à l’autre) met en commun les clientèles de PlayNow (Colombie-Britannique et Manitoba) et de Loto-Québec. Le 13 novembre 2014, Loto-Québec a ajouté la salle Studio Pop qui n’existe plus. Enfin, le 5 octobre 2015, trois salles appelés Avenue 90 ont été ajoutées : la salle Margarita durant l’après-midi et, en alternance durant la soirée, les salles Martini et Champagne.

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Pour documenter la performance des salles, il faut noter régulièrement le montant des lots progressifs ainsi que les pseudonymes des gagnants et le montant des lots remis qui défilent dans la partie dédiée en haut à droite (voir la capture d’écran en fin de billet ou la page dédié sur EspaceJeux). Dans l'exemple en fin de billet, il n’y a que des petits lots. Quand ils surviennent, les lots progressifs sont aussi mentionnés. En capturant cette information au moins une fois par jour, il est possible de suivre l’évolution du lot progressif et conséquemment de la dépense au jeu. Pour la salle D’un océan à l’autre, voici le graphique de la valeur notée quotidiennement (ligne noire) du lot progressif appelé Quartz et le montant du lot finalement remis (point vert). Depuis l’inauguration jusqu’au 14 mars 2016, tous les lots remis ont été publiés et notés.

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Pour chaque carte de bingo achetée, l’opérateur (pour EspaceJeux et Playnow) retient 5% du coût afin de constituer et faire grossir le lot progressif. La somme des lots progressifs remis équivaut ainsi à 5% des montants misés. Parce que le taux de remise est de 65%, le bénéfice brut de l’opérateur équivaut à 35% des montants misés. Ces pourcentages sont spécifiés dans les règles spécifiques à chaque salle. Le tableau suivant rapporte des statistiques qu’on peut déduire des règles et des notes prises quotidiennement. Au total, les populations du Québec, de la Colombie-Britannique et du Manitoba perdent quotidiennement, en moyenne, 4081 dollars; ce qui est le bénéfice brut de l’opérateur. Pour déterminer le profit, il faudrait déduire les charges notamment les salaires, le coût de fonctionnement ainsi que les royautés à verser aux concepteurs du logiciel. Témoin vraisemblable de la performance financière misérable, le profit n’est pas publié par Loto-Québec.

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Le lot progressif est plus fréquemment obtenu dans la salle Suite 75 réservée uniquement pour les clients d’EspaceJeux. Voici le graphique de l’évolution du lot progressif appelé Émeraude.

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La correspondance de la progression du lot progressif avec les montants publiés des lots remis est presque parfaite. Il y a une exception notable, le 28 décembre 2015, un lot de 8620 dollars a été affiché au tableau des gagnants sans qu’il ne corresponde à un pic sur la courbe des montants notés quotidiennement. Dans l’environnement bingo du site d’EspaceJeux, les montants présentés comme des gains sont en fait le total cumulé d’un joueur, tous jeux confondus, depuis l’ouverture d’une session il y a quelques minutes, quelques heures ou quelques jours. Ce montant a sans doute été gagné à un autre jeu et déclaré comme gain au bingo. Il y a probablement eu un gain au bingo, mais le montant réel est plausiblement nettement moindre. Dans un tel cas, les statistiques du tableau suivant seraient quelque peu surestimées. Pour Loto-Québec, le revenu brut quotidien serait 3434 dollars.

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En notant les pseudonymes et les montants de ceux qui ont obtenu des petits lots, il est aussi possible d’estimer grossièrement la durée de vie des joueurs sur le site de bingo. Comme tous ont une même chance de gagner, les statistiques des gagnants des petits lots fréquents reflètent celles des joueurs dans leur ensemble. Par contre, cet inventaire des petits lots est partiel puisque la liste des petits lots change plusieurs fois par jour. Ici, l’inventaire provient des montants publiés en fin de soirée. Les joueurs qui n’ont pas gagné en soirée sont absents.

Du 6 août 2014 au 11 mars 2016, j’ai enregistré 2521 pseudonymes différents qui ont gagné des petits lots au bingo en soirée. De ce nombre, 1620 ont remporté un lot avant le 10 mai 2015 (valeur médiane de la date des lots). De ces 1620 personnes, 648 (40%) ont aussi remporté un lot le 10 mai 2015 ou après. Ainsi, 60% des joueurs qui ont gagné un lot durant les 332 premiers jours n’ont pas été revus dans la liste des petits gagnants lors des 307 jours qui ont suivi le 9 mai 2015.

Des 1549 personnes qui ont obtenu un lot à partir de 10 mai 2015, 901 (58%) n’avaient jamais obtenu de lot avant cette date. En bref, en nombre, le volume de la clientèle semble stable alors que ceux qui quittent seraient remplacés, en proportion quasi égale, par des nouveaux joueurs. Bien sûr, ces données ne peuvent pas déceler si des joueurs en soirée ont décidé de jouer exclusivement plus tôt en plein jour ou vice versa.

Dans la salle Suite75, la dépense au jeu semble stable depuis l’inauguration. Voici le graphique du cumul des 246 lots progressifs remis aux joueurs. On n’y observe pratiquement aucune fluctuation … même pas saisonnière. À toutes fins pratiques, la ligne verte est droite (régression linéaire, R2=,9992).

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En contrepartie, les petits lots obtenus ont considérablement augmenté en valeur (SPSS 23, test de Kolmogorov-Smirnov, p<,000001). Au total, ces 2521 personnes ont gagné 7681 lots (3847 lots avant le 10 mai 2015). Pour les 332 premiers jours, le lot moyen a été 19,39 dollars (É-T=16,12; Min=5$; Max=$134). Pour les 307 jours depuis le 10 mai 2015, le lot moyen a été 27,51 dollars (É-T=$36,93; Min=$5; Max=1182$). Si la dépense au bingo n’a probablement pas augmenté, cette augmentation peut refléter que les joueurs de bingo jouent davantage aux jeux minis puisque les lots publiés par Loto-Québec sont le total des lots obtenus par le joueur tous jeux confondus dans l’environnement bingo.


Capture d’écran de la page dédiée au Bingo sur le site EspaceJeux:

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Photo en entête : elizal

2016-03-09

Les tirages du Lotto 6/49 pourraient ne pas être ce qu’on croit

LQ_2016-02-29_BalancePrecision.pngQuand on regarde un tirage du Lotto 6/49, sauf la couleur et le numéro, on voit 49 boules apparemment identiques virevolter dans un boulier. L’impression de similarité des boules est renforcée par la publication d’une partie de la procédure suivie par la Société de la loterie interprovinciale (SLI) quant à l’intégrité des tirages. Au volet Processus des tirages du site de Loto-Québec, on décrit un rituel solennel. On mentionne la participation d’auditeurs externes. On montre une balance de précision (voir ci-contre). Mais, nulle part sur le site, on affirme que ces 49 boules sont identiques en poids, en taille et en matériau. Les auditeurs ont-ils vérifié l’équiprobabilité des boules ou une liste de différences voulues? On ne sait pas ce qu’ils ont signé.

Le tunnel cognitif est une situation pouvant amener un consommateur à croire vraie une affirmation que le vendeur ne pourrait pas faire. On inonde la perception du consommateur d’éléments traditionnellement associés à une vérité. On l’oriente au début du raisonnement tant qu’on peut dire des choses vraies. Puis, on s’efface en espérant que le consommateur va compléter le raisonnement vers une certitude non fondée. L’issue du tunnel cognitif : emmurer le consommateur dans ses propres erreurs. Avec l’information communiquée au sujet du Lotto 6/49, comment peut-on vérifier l’exactitude de ce qu’on croit?

Au mois de novembre, j’ai été étonné d’observer une pente dans l’histogramme de la fréquence de sortie des boules au tirage. Depuis trois mois, j’ai entrepris de reconstruire la base de données de tous les tirages de la loterie pancanadienne Lotto 6/49 depuis son inauguration le 12 juin 1982 jusqu’au 27 février 2016. La liste des numéros gagnants ne suffit pas. Pour bien analyser ces résultats, il faut aussi connaître, pour chaque tirage, le montant des ventes ainsi que, pour chaque lot, le nombre de gagnants et le montant du lot. Attention, sur Internet, il y a beaucoup de données erronées. En raison d’erreurs occasionnelles, les sources les plus fiables doivent aussi être vérifiées en appliquant une série d’équations de contrôle (voir la note 1 en fin de billet).

Tout d’abord, rappelons l’histogramme étonnant. Celui-ci est maintenant actualisé pour 3350 tirages (du 12 juin 1982 au 27 février 2016) et représenté sous une forme graphique plus complexe.

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La probabilité au tirage consiste en le nombre de fois qu’une boule est sortie (incluant la boule complémentaire) divisée par sept fois le nombre de tirages (7 x 3350 tirage = 23,450 extractions d’une boule du boulier). En théorie, si toutes les boules sont identiques, cette probabilité est de 1/49 = 2,04% (voir note 2). Cette valeur théorique est représentée dans le graphique par la ligne pointillée rouge. En haut et en bas, les lignes pointillées grises représentent l’intervalle de confiance à l’intérieur duquel les cercles bleus devraient se situer 19 fois sur 20. Ici seulement trois cercles sur 49 sortent de l’intervalle. Cela est statistiquement acceptable … quoique!

Analysée séparément, chaque boule est incluse dans l’intervalle de confiance, ou ne s’en écarte pas outrageusement. Le hic est qu’il existe une pente non-nulle statistiquement très significative (p=,00117) entre le numéro de la boule et sa probabilité. Si les boules étaient équiprobables, cette pente serait nulle. Plutôt, les résultats de la régression linéaire indiquent que 18,6% de la variance entre les probabilités est prédite par le numéro de la boule. Selon les critères scientifiques, l’hypothèse de l’équiprobabilité des boules peut être rejetée. Les lignes noires pointillées correspondent à la probabilité moyenne par séquence de sept boules. On y entrevoit bien l’effet escalier.

Dans le billet du mois de novembre, il apparaissait que le déséquilibre entre les boules pourrait être une réalité ancienne qui n’existe plus depuis quelques années. Mais, l’analyse réalisée n’offrait que très peu de puissance statistique. Ne rien voir dans le noir ne signifie pas qu’il n’y a rien! Une analyse plus poussée était nécessaire. La voici!

Advenant un changement dans les probabilités des boules, trois questions deviennent intéressantes : (1) quand le déséquilibre entre les probabilités des boules a-t-il été modifié, (2) y a-t-il maintenant équiprobabilité, et (3) peut-on associer ce changement à un événement, à un changement de gestion ou à un nouvel objectif? Voyons quelles réponses peut apporter la reconstitution de la base de données des tirages du Lotto 6/49.

L’information disponible se limite à ceci pour chaque tirage. Dans le cas présent, il s’agit du dernier tirage de la série ici analysée. Antérieurement, il existait moins de lots secondaires. Le format de diffusion des résultats est cependant resté inchangé.

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Il faut d’abord prendre en note le montant total des ventes. De ce montant, un pourcentage est remis aux joueurs sous forme de lots. C’est le taux de remise, le taux de retour ou, lorsqu’exprimé en dollars, c’est le fonds de remise. Les lots fixes ($10, $5 et participation gratuite) sont d’abord extraits du fonds. Ce qui reste après ce prélèvement est la cagnotte. Cette dernière est distribué dans quatre réserves pour les lots 6/6, 5/6+C, 5/6 et 4/6 selon des pourcentages prédéterminés qui ont varié depuis l’inauguration. La réserve pour chaque lot est finalement divisée par le nombre de gagnants pour ce lot; ce qui donne le montant du lot publié. Quand il n’y a pas de gagnant pour un lot (typiquement le 6/6 ou le 5/6+C), sa réserve va grossir la prochaine réserve pour le lot 6/6. En connaissant le taux de remise et les pourcentages pour les réserves, on peut appliquer d’un tirage à l’autre une série d’équations permettant de déceler et de corriger les erreurs de transcription ou de publication. C’est essentiel!

Les époques du Lotto 6/49

Quand les paramètres des équations ne permettent plus de reconstruire les données publiées, c’est qu’il y a eu une modification de la structure des lots. De nouveaux pourcentages doivent alors être dérivés. Grâce à ces équations, on peut déceler six époques depuis le 12 juin 1982. En voici les dates limites :

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Dans le second tableau qui suit, ce sont les structures de lots pour chaque époque. À noter, uniquement durant l’époque D, une structure différente était appliquée quand le gros lot dépassait 30 millions de dollars. Ce faisant, la croissance du gros lot progressif 6/6 était ralentie. C’est ce qui distingue l’époque D de l’époque E. Ces structures sont similaires à celles publiées sur Wikipedia sauf que le texte sur Wikipedia ignore l’existence des époques A et B. Durant l’époque A, si le lot 5/6+C n’était pas gagné, parfois la réserve était ajoutée à celle du 6/6 suivant, parfois à celle du 5/6+C suivant.

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Performance financière du Lotto 6/49

Voici maintenant le graphique des bénéfices bruts hebdomadaires (ventes - lots remis) depuis l’inauguration. La ligne rouge indique la valeur moyenne pour chaque époque.

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Hausser le coût à deux dollars (époque D) n’a pas beaucoup modifié le bénéfice brut hebdomadaire bien que cela a considérablement augmenté la variance. À tout le moins, le bénéfice brut moyen a été plus élevé que le bénéfice brut à la fin de l’époque C. La période E a été moins profitable malgré que la structure de lot était plus favorable à la croissance du gros lot progressif 6/6. Une légère augmentation est constatable durant la période F. Pourtant, durant cette période, le taux de remise est passé de 47% à 40% pour les lots classiques et le coût a été augmenté à trois dollars. En contrepartie, une réserve de 7% est dorénavant retenue pour verser les lots appelés millions garantis et le lot 2/6 a été ajouté.

La hausse du coût est intéressante à étudier notamment parce que, pour une même dépense, elle entraîne obligatoirement une réduction de la fréquence des récompenses. À un dollar la sélection, le joueur qui misait 6 dollars hebdomadairement pouvait faire six sélections différentes. Il avait donc six occasions différentes pour obtenir un des lots offerts. À trois dollars, il n’a plus que deux occasions d’être récompensé. La question est alors de savoir si l’attrait augmenté envers un gros lot plus grand compense la réduction du taux de récompense.

Examinons, le nombre de sélections achetées à chaque semaine (vente hebdomadaire divisée par le coût de la sélection). La hausse du coût diminue les ventes, mais pas proportionnellement à la hausse du coût. Dans ce graphique, on constate aussi que l’attrait du Lotto 6/49 a été maximal en 1993 et que, depuis, cette loterie décline continuellement en fréquence d’achat. Au Canada, le début des années 90 correspond à l’ouverture de casinos d’État, à la dissémination des appareils de loterie vidéo (ALV) et à l’avènement des loteries instantanées (billets à gratter).

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Examinons aussi la taille du gros lot progressif 6/6. Les cercles indiquent le montant de la réserve pour le lot 6/6 (réserve = valeur du lot x nombre de gagnants (1 s’il n’y a pas de gagnant)). La réserve est ce qui est publié quand il n’y a pas de gagnant ou qu’on anticipe le gros lot prévu pour le prochain tirage. Les couleurs indiquent depuis combien de tirages le gros lot n’a pas été gagné. En gris, c’est lorsque le gros lot a été gagné au tirage précédent. En vert, le gros lot est la somme des réserves pour deux tirages. En rouge, c’est lorsque le gros lot est la somme des réserves pour sept tirages ou plus. La période E illustre bien l’ordre des couleurs. Les cercles rouges des périodes E et F témoignent de la diminution des fréquences de récompense pour le lot 6/6. Ce lot est gagné moins souvent. Il s’accumule donc davantage. Malgré l’augmentation du coût (de deux à trois dollars), les gros lots de l’époque F ne sont pas vraiment plus élevés que ceux des époques D ou E.

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Préférences de joueurs

Maintenant, observons les préférences des joueurs lorsqu’ils font leurs sélections. Les 256 tirages de la période F permettent d’identifier ces préférences. Il suffit de diviser le nombre de gagnants pour le lot 2/6+C par le total des gagnants pour les lots 2/6 et 2/6+C. Le lot 2/6 n’existe que depuis l’époque F. Le pourcentage résultant est alors associé au numéro de la boule complémentaire. C’est environ quatre fois la probabilité d’être sélectionnée par les joueurs. La ligne verte représente l’espérance mathématique (4/43 = 9,3%). Dans le graphique suivant, on constate bien la préférence des joueurs à l’égard des petits numéros de boule. À noter que la pente de ce profil des probabilités est inverse à celle des boules au tirage. Bref, s’il y en encore la même inégalité des probabilités au tirage durant la période F, les boules les moins probables au tirage correspondent aux boules les plus souvent sélectionnées par les joueurs.

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Pour l’ensemble de 3350 tirages, les préférences des joueurs peuvent aussi être estimées, quoique moins précisément, en divisant le nombre de gagnants du lot 5/6+C par le total des gagnants pour les lots 5/6 et 5/6+C. Parce que le lot 5/6 survient beaucoup plus rarement, il y a beaucoup d’instabilité dans ce graphique.

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Heureusement, il existe une autre façon d’estimer la régularité (ou l’irrégularité) des préférences de joueurs depuis l’inauguration du Lotto 6/49. Voici le graphique pour une nouvelle variable : le nombre de mises qu’il faut faire en moyenne avant d’obtenir un lot. Durant les époques A, B et C, on pouvait espérer gagner un lot une fois à tous les 53,6 tirages. Durant les époques D et E, l’ajout du lot 2/6+C a augmenté la probabilité d’obtenir un lot à une fois tous les 32,3 tirages. Depuis l’époque F, l’ajout du lot 2/6 permet d’obtenir un lot une fois à tous les 6,6 tirages. À noter que, malgré des millions de mises, il y a beaucoup de variance d’un tirage à l’autre.

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Une façon intéressante d’analyser cette variance est d’illustrer le nombre de mises par gagnant, non pas en fonction de la date du tirage, mais en fonction de la somme des sept boules qui déterminent les sélections gagnantes. Quand la somme des sept boules est plus petite, il y a plus de gagnants (à gauche, les cercles sont plus bas). Quand la somme est grande, il y a moins de gagnants (à droite, les cercles sont plus haut).

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Dans ce graphique, on compare mal l’équivalence des trois nuages de points parce que le nombre de lots menant à l’obtention d’un lot est différent. Reprenons ce graphique en ne considérant que les lots qui ont toujours existé depuis l’inauguration. Si, pour les périodes D, E et F, on ne retient que le nombre de gagnants des lots 6/6, 5/6+C, 5/6, 4/6 et 3/6, on constate bien, dans le graphique suivant, que les préférences des joueurs sont demeurés pratiquement inchangées depuis l’inauguration. Les six époques se superposent. Si les probabilités des boules au tirage ont été modifiées, il est certain que ce n’est pas en réponse à une modification dans les préférences des joueurs.

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L’équiprobabilité en fonction de la somme des sept boules

La somme des sept boules est une variable qui apporte beaucoup d’information. En théorie, cette somme doit avoir comme moyenne 175 (la boule moyenne = 25; 175 = 7 x 25). Si un ensemble de boules (ayant des numéros voisins) a une probabilité différente, la somme des sept boules s’écarte significativement de la valeur 175. Dans le graphique suivant, les moyennes pour les six époques sont représentées par les cercles jaunes. Les barres verticales noires illustrent l’intervalle de confiance de chaque moyenne calculé par la technique de bootstrap. Dans le cas des époques B et D, on peut scientifiquement conclure que les boules n’étaient pas équiprobables. Pour l’époque C, c’est moins certain, mais cela va dans le même sens … assez pour convaincre. Pour l’époque A, le faible nombre de tirages empêche d’aller au-delà d’un examen visuel. Si une inégalité de la probabilité des boules au tirage est vraisemblable pour les époques A, B, C et D, cela ne semble plus être le cas pour les périodes E et F … quoique cela ne prouve pas non plus l’équiprobabilité des boules. Il reste possible qu’il persiste une inégalité nettement moins prononcée qui n’est pas décelable statistiquement. À tout le moins, un net changement est survenu dans le déséquilibre des probabilités au tirage.

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Il n’est pas certain que le changement de probabilité se soit effectué au début d’une époque. Pour essayer d’être plus précis, j’ai comparé la moyenne entre l’inauguration et le jour J avec la moyenne entre le jour J+1 et le 27 février 2016. Voici le graphique théorique. Il suffit d’essayer différents jour J entre le 12 juin 1982 et le 27 février 2016 et de constater pour quel jour la différence entre les lignes bleue et rouge a été maximale.

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Le graphique suivant n’est pas aussi facile à lire que le graphique théorique, mais il identifie la date du 1 avril 2009. Il s’agit du sommet de la pente positive recherchée. Les pentes négatives ne sont pas pertinentes.

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Le 1 avril 2009 fait partie de la période D. Quatre-vingt pourcent (80%) de la période D était écoulée lorsque le changement serait survenu. À noter que le 1 avril est le début d’une nouvelle année fiscale. Mais, est-ce que les boules ont été rendues équiprobables depuis le 1 avril 2009? Comme indiqué dans le graphique suivant, les résultats des 724 tirages depuis le 1 avril 2009 présentent une pente statistiquement nulle (régression linéaire : p=73572, voir la ligne verte). Mais, à l’analyse visuelle, je n’ai pu m’empêcher de voir les pentes bleue et noire. C’est peut-être une illusion car ces pentes ne s’avèrent pas statistiquement significatives (peut-être par manque de puissance statistique). Scientifiquement, on ne peut pas rejeter l’hypothèse de l’égalité des probabilités depuis le 1 avril 2009 … ce qui n’implique pas qu’on l’accepte par défaut.

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Et si on regardait du côté de la loterie Lotto Max qui a été inaugurée le 25 septembre 2009 vers la fin de la période D? Ces résultats présentent aussi une pente intrigante … bien que statistiquement non significative (p=,59330). Avec seulement 337 tirages, on ne pouvait pas non plus s’attendre à ce qu’elle soit statistiquement significative.

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En raison du manque de puissance pour les analyses post-1 avril 2009, il est possible que les boules soient équiprobables bien que je n’en sois pas encore convaincu. Il reste possible que, depuis le 1 avril 2009, la SLI favorise plutôt les boules les plus fréquemment sélectionnées par les joueurs. En contrepartie, créer un déséquilibre minime favorable aux numéros préférés par les joueurs apparaît inutilement compliqué alors que l’équiprobabilité serait pratiquement équivalente. Pourquoi faire ça? Quoi qu’il en soit, qu’est-ce qu’apporte l’équiprobabilité? Au début de l’époque D, le coût a été doublé (de 1$ à 2$). La valeur des gros lots a considérablement augmenté, mais pas le bénéfice brut. Le nombre de sélections achetées a aussi continué à diminuer. Une cause plausible était la diminution du taux de récompense qu’entraîne la hausse du coût. Un moyen d’augmenter cette fréquence était de rendre les boules équiprobables, voire de favoriser un peu les boules les plus souvent sélectionnées par les joueurs. Durant l’époque E, le bénéfice brut moyen a cependant chuté. Ce n’était sans doute pas suffisant.

Au début de l’époque F, au prix d’une nouvelle augmentation du coût, une intervention plus radicale sur le taux de récompense a été faite en créant un nouveau lot (une participation gratuite par combinaison 2 sur 6) et en offrant des millions garantis. Le lot de 2/6 n’est pas un gain car on ne fait que rembourser le coût. Mais, il peut créer une impression de gain. Le million garanti augmente la certitude qu’il y aura au moins un gros gain pour quelqu’un. C’est ce qui semble avoir relancé le bénéfice brut hebdomadaire moyen.

La croyance dans l’omnipotentialité des gros lots extraordinaires a sans doute motivé l’abandon de la structure de lot qui ralentissait la croissance du lot 6/6 durant la période D (quand le lot dépassait 30 millions de dollars). Mais, le résultat a plausiblement été contraire à l’attente.

Sans un taux de récompense qui se maintient, la taille du gros lot n’est peut-être pas l’incitatif miraculeux que l’on croit. Pour la SLI, c’était une croyance depuis les premiers tirages.

Légalité du déséquilibre des boules au tirage

Est-ce que le déséquilibre des boules était illégal entre le 12 juin 1982 et le 31 mars 2009? En 2013, un litige a opposé deux joueurs à Loto-Québec concernant la manière dont les numéros de l’Extra étaient choisis par Loto-Québec. Le paragraphe 41 du jugement illustre un billet avec 10 numéros pour l’extra. De ce qu’ils avaient compris de l’information communiquée au sujet de l’extra, les plaignants croyaient que ces numéros étaient tirés au hasard. Or, il s’avère que Loto-Québec s’organisait pour que les premiers et les derniers chiffres ne se répètent pas d’un numéro à l'autre. La sélection des numéros de l’extra n’était donc pas complètement aléatoire. Le juge a constaté que cette information n’était pas divulguée au consommateur.

Dans sa décision, le juge a évalué que l’obligation de hasard se limitait au seul mécanisme de tirage : l’extraction des boules du boulier.

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En bref, ce qui se produit avant le tirage pourrait être l’objet de manipulations moins aléatoires. En ce sens, est-ce que la prédétermination de probabilités différentes, en l’occurrence par des poids différents, interfère dans le caractère aléatoire de l’extraction des boules du boulier? Dans la mesure où ce qui sort du boulier est conforme aux probabilités prédéterminées, le mécanisme du tirage est aléatoire. Par exemple, s’il y a dans un boulier, contenant seulement deux boules, une boule rouge deux fois plus pesante qu’une boule jaune, la boule rouge risque de sortir deux fois plus souvent que la boule jaune. La plus grande fréquence de la boule rouge n’est pas un défaut du mécanisme de tirage si le déséquilibre des fréquences est proportionnel au déséquilibre des probabilités prédéterminées.

Dans le cas d’une prédétermination déséquilibrée des probabilités au tirage, la question devient : est-ce que la non divulgation de cette information peut avoir modifié appréciablement la structure décisionnelle du joueur. Bref, s’il avait su, aurait-il agi autrement? Entre le 12 juin 1982 et le 31 mars 2009, le joueur, qui a hebdomadairement toujours sélectionné des petits numéros, a au moins de quoi devenir boudeur. Pour être plus que boudeur, il faudrait évaluer le dommage.

Actuellement, sur Internet, à la page sur les sélections populaires (voir note 3), Loto-Québec énonce que toutes les sélections sont équiprobables; ce qui implique que les boules sont équiprobables.

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Ici, ce n’est plus une question de non divulgation. Loto-Québec fait une communication très explicite. Si les boules sont maintenant équiprobables, il reste néanmoins un problème. Les joueurs, qui analysent les résultats antérieurs, sont exposés à un matériel qui ne confirmera pas l’affirmation de Loto-Québec. C’est un tunnel cognitif dans la mesure où Loto-Québec ne précise pas la durée pendant laquelle son affirmation s’applique. Croire avoir décelé un défaut dans un mécanisme de tirage est l’erreur centrale qui, depuis deux siècles, a incité des joueurs à construire des martingales et à s’y ruiner. Évalué cognitivement, le dommage pourrait être plus que quelques dollars manquants en lots secondaires.

S’il n’y a pas de problème légal, il reste qu’il y a un problème d’éthique surtout de la part d’un site gouvernemental. Au plan marketing, on peut aussi douter de la sagesse de tolérer d’importantes différences cognitives entre la réalité des tirages et les représentations spontanées que peuvent s’en faire les joueurs. L’équité du jeu doit être crédible, et ça c’est fragile.



Note 1 : Fiabilité des sources concernant le Lotto 6/49 pancanadien

La source la plus fiable est celle de la BCLC bien qu’elle comporte quelques erreurs de transcription. Malheureusement, le site ne précise pas le total des ventes ni le montant du lot 6/6 s’il n’a pas été gagné.

Entre mars 1996 et aujourd’hui, le site LotteryCanada complémente le site de la BCLC, mais on y décèle beaucoup d’erreurs de transcription. Ces données doivent être systématiquement confirmées par les équations applicables.

En cas de doute, les résultats publiés par le journal La Presse permet de valider les données. C’est une source très fiable. Mais, c’est très long à chercher.

En six occasions, des erreurs proviennent vraisemblablement directement des données publiées par la SLI car toutes les sources ont diffusé la même erreur (27 mai 1992, 30 janvier 1993, 16 juin 1993, 7 août 2004, 29 décembre 2004 et 2 février 2005). Les données publiées ces jours-là ne correspondent pas aux montants estimés par les équations applicables.



Note 2 : Probabilité au tirage et intervalle de confiance

À l’extraction de la première boule, la probabilité de la boule un (par exemple) est de 1 sur 49. En 3350 tirages, cela est survenu 68,37 fois … si les boules sont équiprobables. Si la boule un n’est pas extraite en premier, elle a 1 chance sur 48 de sortir en deuxième. Mais, cette probabilité ne s’applique qu’à 3281,63 tirages (si on omet les 68,37 tirages pour lesquels la boule un est sortie en premier). Si on multiplie 3281,63 par 1/48, on constate que ce second événement serait aussi survenu 68,37 fois lors des 3350 tirages. Bien que la probabilité de la boule un augmente au fur et à mesure qu’elle n’est pas choisie, cette probabilité s’applique sur un nombre toujours plus restreint de tirages restants. Qu’on tire une seule boule, ou qu’on en tire sept, la probabilité de la boule est égale au nombre de fois qu’elle est sortie du boulier divisé par le nombre total de boules extraites. L’intervalle de confiance de la probabilité se calcule à partir de ce nombre total.

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Note 3 : Message de Loto-Québec concernant l’équiprobabilité des sélections

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Photo en entête extraite du site de Loto-Québec : intégrité et rigueur, volet processus de tirage

2015-12-01

Cinquième anniversaire du portail de jeu en ligne de Loto-Québec

EspaceJeux, le portail de jeu en ligne de Loto-Québec, a cinq ans aujourd’hui. Le 1 décembre 2010, l’offre a débuté avec du poker et quelques jeux express ou de machines à sous. Depuis, ces jeux n’ont cessé d’augmenter en nombre et en diversité. Par l’intermédiaire de Mise-O-Jeu (paris sur les sports professionnels), les paris sur événements se sont ajoutés le 26 mars 2012. L’achat en ligne des loteries a débuté le 27 août 2012. Le bingo en ligne est offert depuis le 12 juin 2014. Enfin, dans la section bingo, les jeux mini (machines à sous) sont disponibles depuis le 23 août 2014. L’offre a ainsi continuellement augmenté.

Les revenus du jeu en ligne sont inégalement publiés dans les rapports trimestriels et annuels de Loto-Québec. Dans ces rapports, les montants publiés sont cumulés depuis le début de l’année fiscale commençant le 1 avril. Pour obtenir le bilan du trimestre, il faut soustraire le trimestre précédent. De plus, il s’agit des revenus et non des profits. Loto-Québec ne publie pas les charges du jeu en ligne. Les montants publiés sont ainsi loin de décrire la profitabilité (ou pas) d’EspaceJeux. Les montants cumulés des rapports sont transcrits dans le premier tableau à la fin de ce billet. Le second tableau correspond aux montants corrigés par trimestre.

Compte tenu que les trimestres n’englobent pas toujours le même nombre de jours, il convient d’analyser le revenu quotidien par trimestre, c’est-à-dire le revenu du trimestre divisé par le nombre de jours. En voici le résultat. La ligne noire indique le revenu global; toutes activités de jeu confondues. Les loteries en ligne (ligne bleue) sont comptabilisés séparément des jeux de casinos (poker, jeux express, machines à sous, bingo, jeux minis) (ligne rouge).

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On constate ainsi que les revenus augmentent à peu près régulièrement. En contrepartie, en termes populationnels, ces revenus restent faibles. En comparaison, en 2014-2015, le parc des ALV a procuré des profits quotidiens d'environ 2 millions de dollars.

Pour les loteries en ligne, on comprend qu’il peut être perçu plus commode d’acheter en ligne plutôt que d’avoir à se rendre à un kiosque. Les mêmes loteries y sont offertes. On sait aussi que les revenus des appareils de loterie vidéo dans les bars diminuent constamment. Il est probable qu’il y a un certain déplacement vers EspaceJeux … quoique les revenus d’EspaceJeux ne suggèrent pas un déplacement équivalent à la désertion des ALV dans les bars.

Est-ce que le poker est la locomotive de l’augmentation des revenus d’EspaceJeux? C’est l’hypothèse qui semblait la plus plausible il y a cinq ans. Voici d’abord le graphique du nombre de mains de poker joués à chaque semaine sur EspaceJeux. Cela inclut les tournois, gratuits ou pas, et les parties à l’argent. Manifestement, le marché du poker en ligne étatique rétrécit à chaque année … ce qui n’est pas l’indice que le jeu offshore augmente!

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Par ailleurs, les données que Loto-Québec communique à pokerscout incluent une statistique nommée : peak players, c’est-à-dire le nombre maximal de joueurs à l’argent ayant été présents simultanément sur le réseau Canadian Poker Network (CPN ou international.ca). Cela exclut les joueurs en tournoi. Cette statistique est un bon indicateur de l’attrait d'EspaceJeux auprès des plus gros joueurs; ceux qui rapportent le plus en commissions et qu’on désire rapatrier le plus possible des sites offshores. On est loin d’y voir une progression pouvant expliquer l’augmentation des revenus d’EspaceJeux. Il est plus plausible que l’augmentation des revenus provient des jeux de machines à sous ou des jeux express

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Enfin, les flèches Effet Ladyluck et Budget 2015 indiquent les effets des deux menaces de boycott d’EspaceJeux qu’on a pu lire sur les forums québécois de poker en ligne … comme quoi ce ne sont pas des sources particulièrement fiables pour faire des projections de revenus du jeu en ligne … comme cela a été le cas en 2010. EspaceJeux a manifestement été bâti sur du pettage de broue. Pas surprenant que cela ne fonctionne pas.



Statistiques cumulées publiées dans les rapports trimestriels et annuels de Loto-Québec:

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Statistiques ajustées par trimestre

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2015-11-11

Le déséquilibre des probabilités est scientifiquement plausible pour la loterie pancanadienne 6/49

Vendredi dernier (2015-11-06), le journaliste Mathias Marchal a publié un article dans lequel il a examiné les résultats de 3317 tirages de la loterie pancanadienne 6/49 publiés par Loto-Québec. Depuis le 12 juin 1982, parmi les boules numérotées de 1 à 49, certaines sont sorties plus souvent que d’autres. Le journaliste communique avec Loto-Québec qui répond avec une ânerie marketing. Marisol Schnorr indique que des spécialistes en mathématiques de Loto-Québec, qu’on ne nomme pas, auraient examiné ces résultats sans n’y voir rien d’anormal.

Le journaliste s’oriente alors vers deux mathématiciens, certainement compétents, mais qui ne sont manifestement pas familiers avec le domaine du jeu. Les tests qu’ils rapportent n’ont pratiquement pas de puissance statistique. Ils n’ont rien décelé d’anormal ce qui apparaît confirmer la réponse de Marisol Schnorr. Et pourtant, il y a quelque chose à voir.

Voici l’histogramme des résultats des 3317 tirages. À première vue, les boules sortent à peu près à la même fréquence. Il y a des petites différences qui pourraient disparaître après 5000, 100000, ou un million de tirages. C’est ce que suggère le myope test de chi-carré, même adapté pour les tirages sans remise.

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Mais, regardez bien l’histogramme. Il y a une pente positive! Les fréquences à gauche semblent systématiquement moins élevées que les fréquences à droite. En principe, s’il n’y a que le hasard qui détermine le choix des boules, il ne devrait pas y avoir de pente. Évidemment, il s’agit d’un échantillon de 3317 tirages et on ne peut pas s’attendre à un résultat parfait avec un tel échantillon. La question est alors : est-ce que la pente est suffisamment inclinée pour qu’on puisse rejeter l’hypothèse d’une pente nulle en réalité.

En statistique, on peut tester cette hypothèse avec un test de régression linéaire … puisque la pente semble linéaire. La variable indépendante est le numéro de la boule et la variable dépendante est la fréquence d’occurrence parmi les 3317 tirages. Le test va nous livrer quatre paramètres : (1) la pente, (2) l’ordonnée à l’origine, (3) une valeur p et (4) un R carré. Si les résultats sont parfaitement aléatoires, la valeur p sera supérieure à ,05. Par contre, on rejettera l’hypothèse du hasard si la valeur p est égale ou inférieure à ,05.

Aussi, si le hasard est le seul déterminant des résultats des tirages, l’ordonnée à l’origine doit être égal à 3317 divisé par sept, donc 473,86. Voici ce que livre le test de régression linéaire.

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Tout d’abord, la valeur p est égale à ,001. Cela signifie qu’on a seulement une chance sur 1000 de se tromper si on rejette l’hypothèse du hasard comme seul responsable du résultat des tirages. La pente est manifestement inclinée. Les joueurs qui cherchent un biais d’occurrence dans les numéros gagnants ont ici un résultat scientifiquement probant. La pente de ,6344 n’est pas nulle et l’ordonnée à l’origine égal à 458 est statistiquement différent du 473,86 attendu.

Avec des grands échantillons, il arrive parfois que la valeur p soit significative alors que le biais est négligeable. La valeur p est une mesure de certitude. Mais, la certitude d’avoir vu quelque chose ne dit pas si cette chose est grande ou petite. Pour cela, il faut examiner la taille d’effet, c’est-à-dire le R carré. Et ici, c’est sidérant. Le R carré est égal à ,2112 (ou 21,12% de la variance à expliquer). En tenant compte de la taille de l’échantillon, le R carré ajusté demeure élevé à 19,4%. Dit autrement, le numéro inscrit sur la boule explique jusqu’à 19,4% des différences d’occurrence entre les boules. Dans ce contexte, c’est énorme. Ne pas voir ça, c’est comme ne pas voir un éléphant rose qui flotte dans les airs dans son bureau.

En comparaison, voici les résultats pour 1129 tirages de la Française des jeux, l’équivalent de Loto-Québec en France. La valeur p est à ,523. On ne peut pas rejeter l’hypothèse que la pente soit nulle. Par surcroît, le R carré est aussi quasiment nul. L’ordonnée à l’origine est égale à 116,87 alors qu’on s’attendait à une valeur de 115,20. Il est vraisemblable que les 49 numéros de la Française de jeux soient équiprobales, c’est-à-dire identiques.

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En Californie, il y a une loterie à 47 boules où on ne détecte pas davantage de pente inclinée (p=,598).

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Pour les loteries française et californienne, il est clair que les boules sont équiprobables et que le tirage correspond à ce qu’on attend traditionnellement d’une loterie honnête.

Svenska Spel, l’équivalent de Loto-Québec en Suède, a une loterie à 35 boules. En voici les résultats depuis le 11 juin 2011. À l’œil, il semble y avoir une pente descendante. Mais, le test statistique indique qu’il pourrait s’agir uniquement d’un hasard d’échantillonnage. La valeur p est de ,135. En contrepartie, il s’agit d’un échantillon très petit de 461 tirages. En augmentant le nombre de tirages, il n’est pas exclu que la valeur p diminuera en bas de ,05.

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Dans le cas de la loterie nationale en Grande-Bretagne, la pente inclinée est probante (p=,031). La pente est moins prononcée que pour la loterie pancanadienne 6/49, mais elle n’est manifestement pas nulle.

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Les données de ces dernières loteries proviennent du site multilotto. Sur ce site, on trouve aussi des résultats pour la loterie 6/49 canadienne couvrant uniquement la période du 19 juin 2011 à aujourd’hui. Cette fois, la valeur p est de ,720. Pour ce segment plus récent, la pente apparaît dorénavant clairement nulle! Ces données témoignent que les boules de la loterie pancanadienne 6/49 n’étaient pas équiprobables quelque part entre juin 1982 et juin 2011. Il y avait un biais favorisant les numéros les plus élevés.

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Est-ce que cela pourrait être intentionnel? Deux chercheurs français ont déjà pu établir que les mises, à ce type de loterie, favorisent surtout le choix de petits nombres par les parieurs. Incidemment, on connaît bien la prédilection des parents à choisir l’âge de leurs enfants comme nombres chanceux. Dans ce contexte, en réduisant la probabilité des boules aux numéros les plus souvent choisis, on stimule artificiellement la création de lots progressifs plus grands.

À quel point le biais constaté dans les fréquences des boules de la Lotto pancanadienne 6/49 peut-il avoir eu un impact négatif sur l’espérance de gain des parieurs canadiens. Pour le déterminer, j’ai construit un simulateur de Lotto 6/49 avec lequel je peux varier la probabilité des boules. En simulant 10 milliards de tirages avec 49 boules équiprobables, j’ai gagné 723 le gros lot avec ma combinaison 1, 2, 3, 4, 5, 6. J’ai donc gagné une fois à toutes les 13 831 259 mises. C’est très près de la probabilité théorique de 13 983 816. Le simulateur fonctionne plutôt bien.

Par la suite, j’ai modifié la probabilité des boules pour créer un biais identique à celui calculé par l’équation de régression des 3317 tirages depuis le 12 juin 1982. Cette fois, les plus petits nombres sont défavorisés. Après 10 autres milliards de tirages simulés, je n’ai gagné que 627 fois avec ma combinaison 1, 2, 3, 4, 5, 6. J’ai gagné une fois à tous les 15 948 963 tirages. C’est loin du 13 983 816 qu’on me promet! Maintenant, avec la combinaison 44, 45, 46, 47, 48, 49, j’ai gagné le gros lot 821 fois, c’est-à-dire une fois à chaque 12 180 268 tirages.

Avant juin 2011, la probabilité de gagner était manifestement plus grande avec les numéros plus grands. Mais, ce biais n’existe plus … en tout cas pour la Lotto 6/49 car voyez ce que donne les données récentes pour le Lotto Max. Ce n’est pas encore statistiquement significatif (p=127). Mais, il n’y a que 320 tirages. Scientifiquement, ce serait intéressant de corréler la fréquence d’occurrence des boules avec leur préférence lors des choix des parieurs. Malheureusement, cette information n’est jamais publiée par les loteries. On se demande pourquoi!

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Alors, comme le prétend Marisol Schnorr, est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un de sérieux chez Loto-Québec qui vérifie les résultats des tirages? Et puis, les firmes de vérification, elles font quoi au juste? Sur le site de Loto-Québec, dans la section Intégrité et rigueur, on nous présente une image de balance de précision probablement sensible au millième de gramme. Cette photo est reproduite dans l'article de monsieur Marchal. Avec ce genre de photo sans contexte précis, on nous place dans un tunnel cognitif pour nous amener à croire que les boules doivent nécessairement être de même poids. Mais, en réalité, cela signifie seulement qu’une firme de vérificateur a pesé les boules. Le client de la firme n’est pas la population. C’est l’organisateur de la loterie. La firme n’a fait que vérifier que les boules pèsent le poids requis par l’organisateur. Et, la liste des poids requis pour chaque boule n’est publiée nulle part. Et puis, qui a déjà vu le rapport des firmes de vérification? Tous ces éléments ne sont qu’un tunnel cognitif pour vous amener à croire que les boules sont équiprobables. Alors, pourquoi n’est-il jamais affirmé explicitement que les boules sont équiprobables?

Dans le domaine du jeu, mentir avec des demi-vérités est le nerf du commerce. C’est un peu le piège dans lequel sont tombés les mathématiciens consultés par le journaliste. Ils ont plausiblement pris pour acquis que les joueurs font régulièrement des erreurs d’estimation statistique … et ils ont trop facilement rejeté l’hypothèse d’un déséquilibre entre les probabilités des boules peut-être plus en fonction d’un raisonnement théorique, ou d’un préjugé à l’égard des personnes moins instruites en mathématique, qu’en fonction d’une vérification empirique adéquatement approfondie. Avec le jeu, il faut prendre expressément garde aux tunnels cognitifs.

2015-03-30

La cassette usée des 2000 sites de jeu en ligne

200px-magnetic_audio_tape.pngLe 26 mars 2015, le ministre des Finances du Québec a rendu publique son budget 2015-2016. Comme pour le plan budgétaire 2013-2014, on y colporte la croyance d’un énorme marché du jeu en ligne qui échapperait à Loto-Québec au profit de gens agissant illégalement (voir aux pages G.19 à G.22). On nous offre en référence le rapport de l’étude de prévalence de 2009 ainsi que le rapport du comité de suivi, mais pas un mot sur un sondage IPSOS-Reid de 2013 auxquels les scientifiques n’ont pas accès. Ça jette froid dans le dos. Comme pour la distribution d’alcool dans les aires de jeu, courir après de l’argent qui n’existe pas conduit au développement de projets qui ratent les objectifs financiers non sans augmenter considérablement les risques sociosanitaires pour la population québécoise.

Dans cette perspective, aux pages 35, 44, 51, 162 et 163 du rapport du comité de suivi, les auteurs font référence à l’argument des 2000 sites de jeu en ligne avec lesquels EspaceJeux serait en compétition. Face à une compétition si énorme, le blocage des sites Internet s’imposerait. Les données publiées par le comité de suivi sont vraiment ténues. On a consulté le site casinocity.com en mai, août et novembre 2013. Je ne sais pas pourquoi. J’ai la désagréable impression d’être devant le travail d’un étudiant universitaire qui a occupé sa session ailleurs, et qui, en catastrophe à la dernière minute, raboute des données facilement cueillies sur Internet.

Pour promouvoir l’expansion de l’offre de jeu, l’argument des 2000 sites est régulièrement utilisé … sans citation de la source … surtout par les spins doctors. En l’occurrence, difficile d’argumenter scientifiquement contre un argument qui n’apparaît pas dans le document du budget 2015-2016 mais qui émerge dans les journaux.

L’origine plausible de l’argument est un rapport produit par l’United States General Accounting Office en décembre 2002 (voir aux pages 51-53). : Internet Gambling : An Overview of the Issues. Se fondant sur une liste produite par deux firmes comptables, le GAO a estimé qu’il existait sur Internet 1783 sites de jeu en ligne qui ne sont pas que des portails de redirection. Incidemment, seulement 80% d’entre eux étaient actifs. Néanmoins, depuis, la statistique des 2000 sites fait partie de la valise des démarcheurs. Au mieux, des tentatives d’actualisation se font via les données publiées par casinocity.com, une source dont on sait vraiment peu de chose. La référence au commentaire de Betty McNeal n’est certainement pas suffisante pour en faire une source scientifiquement crédible.

Quoi qu’il en soit, examinons dans une perspective historique plus longue les données de casinocity. Notons d’abord que la situation en 2015 n’est pas vraiment différente de la situation en 2005 pour les trois principales activités de jeu en ligne (les casinos, le poker et les paris sur les événements (Sports and Racebooks) ). L’évolution inverse de la courbe pour le poker est notable à comparer à celles des casinos ou des paris sur événements.

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L’augmentation du nombre global de portails apparaît plutôt attribuable au bingo, aux loteries, et surtout aux services de paris offerts par des établissements ayant pignon sur rue depuis longtemps (Live dealers). Il y a aussi quelques autres nouvelles modalités moins fréquentes tels que les Binary options et le Foreign Exchange.

À noter que ces données décrivent l’offre. Elles ne renseignent pas sur la demande par les joueurs et encore moins sur leur consommation. Il est prudent de conserver à l’esprit que la multiplication des portails peut simplement refléter des efforts marketing pour retenir une clientèle en train de déserter un marché, un moyen de créer de la nouveauté dans un marché qui s’épuise dans la monotonie.

Le 30 septembre 2006, le gouvernement américain a adopté la loi intitulée : The Unlawful Internet Gambling Enforcement Act of 2006 (UIGEA). On constate alors un arrêt de la progression du nombre de portails de poker et une diminution marquée des sites de casinos ou de paris sur événement. Paradoxalement, le développement du concept de marché territorial (ARJEL, 8 juin 2010) et le blocage forcé du marché américain lors du Black Friday (15 avril 2011) ont précédé une relance de l’augmentation du nombre de portails de jeu en ligne. L’adoption de l’UIGEA était surtout symbolique. En attente de la règlementation, sa mise en application a beaucoup tardé … jusqu’au Black Friday.

L’UIGEA et le concept de jeu territorial sont deux interventions destinées à contraindre les joueurs à un marché dont ils ne semblent pas vouloir. Si la capacité à contrôler un territoire est efficace, on peut s’attendre à une multiplication des portails pour consolider la tentation à jouer offshore. Mais, si les joueurs comprennent comment contourner le blocage des sites (notamment en ayant recours à des VPN), la tentative gouvernementale de placer sa population dans une cage à homards pourrait populariser le recours aux moyens de contournement, d’où l’intérêt des sites offshores à multiplier les portails. Ce faisant, l’objectif financier est raté et, en bout de ligne, l’exposition de la population à des risques sociosanitaires est accrue.

Sans équivoque, avoir recours à l’argument des 2000 sites reflète qu’on comprend mal la nature du problème. Mais, il y a quelque chose qui me dit qu’on aurait davantage intérêt à examiner le sondage IPSOS-Reid 2013 pour saisir les véritables raisons pour lesquelles se répètent les erreurs d’évaluation des marchés qui découlent de la lecture de l’étude de prévalence de 2009.


Dessin en entête : Tucvbif

2015-03-08

Cohabitation du bingo et des jeux minis sur EspaceJeux

240px_paddle-mixers-logo.jpgEspaceJeux, le site de jeu en ligne de Loto-Québec, offre depuis le 1 décembre 2010 du poker et des jeux de casino (machines à sous, jeux express, jeux de cartes). Le pari sur des événements a été ajouté le 26 mars 2012. Le déploiement de l’offre complète des billets de loteries s’est étalé entre le 27 août 2012 et le 27 mai 2013. Finalement, le bingo est apparu le 12 juin 2014 accompagné de quelques autres jeux de machines à sous exclusivement accessibles via l’interface du bingo. L’objectif apparent de ces autres jeux, appelés jeux minis, est d’occuper les joueurs durant les temps morts entre les parties de bingo. Après neuf mois, que sait-on de la mixité des jeux minis avec le bingo?

En consultant régulièrement la page des gagnants dédiée au bingo, j’ai récolté, depuis le 12 juin 2014, une liste de gagnants au bingo (N = 1263) ainsi qu’une autre liste aux jeux minis (N = 733). Pour ces listes, il importe peu que la personne ait gagné une ou plusieurs fois. L’appartenance à une liste ne témoigne que de l’intérêt de cette personne pour ce jeu. Ces listes capturent sans doute la plupart des joueurs réguliers puisqu’il suffit d’un gain de 5 dollars pour y figurer … ce qui est un événement probable pour quiconque y dépasse la curiosité passagère.

La cueillette des données (12 juin 2014 au 7 mars 2015) a surtout été faite en soirée, moins souvent en après-midi ou le matin. En ce sens, ces listes ne répertorient pas tous les gagnants car les petits gagnants disparaissent vite de la page des gagnants. Mais, dans la mesure où les joueurs maintiennent une régularité dans leurs heures de jeu, le biais de sélection est le même pour le bingo et les jeux de ligne. Et, dans la mesure où les joueurs dépensent surtout en soirée, le segment examiné est le plus important du marché.

Dans l’ensemble, 20,3% des gagnants au bingo ont aussi gagné au moins une fois à un jeu de ligne peu importe lequel. Ce bas pourcentage est étonnant compte tenu du grand attrait habituel des jeux de ligne et de l’abondance des temps morts au bingo.

Il est aussi notable que 65,1% des gagnants aux jeux de ligne n’ont jamais gagné au bingo, plausiblement parce qu’ils n’y jouent pas … à moins qu’ils aient toujours joué aux jeux de ligne peu avant la cueillette des données et qu’ils aient toujours joué au bingo en dehors des heures de portée de la cueillette des données.

Le tableau qui suit présente les statistiques par jeu de ligne. Ainsi, EspaceJeux a publié 234 gagnants pour le jeu Super 7. Seulement 7,9% des gagnants au bingo ont aussi gagné au jeu Super 7. Évidemment, plus le nombre de gagnants est faible, moins les pourcentages sont précis. Ce classement procure néanmoins une première idée de l’attrait relatif que ces jeux exercent sur la clientèle. La statistique Mixité bingo témoigne de la pénétration des jeux parmi la clientèle du bingo. Le nombre de gagnants témoigne de la participation générale peu importe d’où proviennent les joueurs. Évidemment, on présume ici que Loto-Québec ne privilégie pas la publication des gagnants à un jeu de ligne plutôt qu’à un autre.

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En bref, la mixité des jeux minis et du bingo, dans une interface axée sur le bingo, ne semble pas avoir jusqu’ici favorisé une importante migration du bingo vers les jeux de ligne. Mais, ces données ne signifient surtout pas que la mixité des types de jeu est bénigne.

Comme pour d’autres projets récents gaffés par Loto-Québec ( (1) les Ludoplex, (2) le déménagement du casino de Montréal, (3) le poker en ligne, (4) l’alcool dans les aires de jeu, (5) le rapatriement d’un marché illégal prétendu milliardaire), la performance décevante de Loto-Québec en matière de bingo en ligne ne doit pas être unilatéralement interprétée dans la perspective des jérémiades habituelles des présidents de Loto-Québec pour qui les gens en santé publique prédiraient toujours une catastrophe sociosanitaire qui ne survient jamais. C’est certain que si les joueurs jouent peu, tant en fréquence qu’en dépense ou en mixité, il ne peut pas y avoir de problème sociosanitaire. L’anticipation des problèmes sociosanitaires découlant du jeu en ligne présumait que Loto-Québec allait réussir son projet. Cela n’a pas été le cas. À cet égard, les échecs de Loto-Québec ne sont surtout pas une preuve de la bénignité des caractéristiques de l’offre de jeu.

P.S.: EspaceJeux n'étant pas clair à cet égard, il est vraisemblable que les listes de gagnants incluent aussi les joueurs de PlayNow.


Image : U.S. Machineries LC

2014-12-14

Qui croire chez EspaceJeux?

240px-dominique_pickpocket.pngAvec la baisse répétée du dividende versé par Loto-Québec au gouvernement du Québec, il est à craindre que les gestionnaires deviennent nostalgiques de la crise sociosanitaire associée aux appareils de loterie vidéo (ALV). En 2001, les revenus des ALV faisaient la bonne fortune de Loto-Québec. Mais, la trop grande visibilité publique des dommages sociosanitaires, et vraisemblablement un recours collectif, avaient obligé l’implantation de programmes nationaux de prévention et de traitement pour le jeu pathologique. Depuis, les revenus diminuent et les présidents de Loto-Québec ont placé la Santé publique au début de leur liste habituelle de jérémiades pour expliquer leur mauvaise performance. Mais, Loto-Québec ne pourrait-elle pas être responsable de son propre malheur? À témoin, ce lot progressif douteux au jeu Le lutin chanceux.

Le jeu Le lutin chanceux avait été retiré du site EspaceJeux après un problème technique. Il est revenu le 25 septembre 2013. Depuis, je note chaque jour à quel montant est rendu le lot progressif. Voici le graphique qui illustre la progression de ce lot. Les cercles orangés indiquent quand le lot progressif a été remporté ainsi que la valeur du lot. Après un gain, le lot est réinitialisé à 16 000 dollars. Pour les 5 premiers lots, le montant gagné est légèrement supérieur au dernier montant que j’avais noté avant le gain. Tout va bien.

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Le 6 novembre 2014 à 20:13, j’avais noté $153 583. Le 7 novembre à 23:58, le lot n’était plus que de 18 427 dollars. Manifestement, le lot a été gagné entretemps à un montant qui doit nécessairement être supérieur au montant affiché de $153 583. Et, je ne vois rien dans les règles du jeu (incluant le pdf) qui pourrait justifier qu’il en soit autrement.

Bizarrement, le 26 novembre 2014, le compte Facebook d’EspaceJeux nous indique que le gagnant aurait remporté 130 000 dollars.

EJ_Facebook_2014-12-12_Gagnant_Lutin_Chanceux_annonce_26_novembre_2014.png
Et encore plus bizarrement, la page des gagnants du site EspaceJeux nous mentionne que la même personne aurait plutôt gagné 155 090,81 dollars.

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Ce dernier montant est en accord avec le montant affiché en situation de jeu que j’avais noté peu avant le gain. Mais, quand on agrandi la photographie du chèque publiée sur Facebook, on entrevoit davantage le montant de $130000 plutôt que S155090,81.

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Si Loto-Québec affichait $155 090,81 en situation de jeu comme étant la valeur du lot progressif et qu’il n’y a rien dans les règles qui justifie un montant moindre, pourquoi ce joueur a-t-il dû sacrifier plus de 25 mille dollars de son gain? Est-ce que Loto-Québec en est rendu à mentir sur la valeur réelle des lots progressifs ou à ne pas mentionner que le lot est hypothéqué parce que la valeur de réinitialisation n’avait pas été atteinte lors du lot précédent? Peu importe, cela laisse l’impression que Loto-Québec pourrait en être rendu à devoir voler les joueurs pour atteindre des objectifs financiers irréalistes. Et, si cela fait fuir les joueurs, ce ne sera pas la faute de la Santé publique!



Photo en entête : christiandemiegeville

2014-12-08

PokerStars trébuche de manière inattendue

240px_van_gogh_the_brothel.pngLorsqu’Amaya a annoncé l’acquisition de PokerStars (12 juin 2014), la transaction n’a pas vraiment suscité d’inquiétudes parce que les acquéreurs provenaient d’un milieu où on connaît le poker, parce qu’Amaya ne semblait pas vouloir tout virer à l’envers, et parce que la compagnie était inscrite en bourse. Mais, la bouchée était énorme à avaler pour deux raisons : (1) le coût d’acquisition était hors de proportion par rapport à ce que valait Amaya, et (2) la brève expérience d’Amaya, avec le petit réseau OnGame, laissait entrevoir quelques difficultés à s’adapter à un aussi gros marché.

Dans le domaine du poker, un événement hyper-médiatisé, qui vire à la foire, peut porter un coup sérieux à la crédibilité. Il y a trois ans, EspaceJeux a irrémédiablement altéré sa réputation lors de la bourde du championnat de poker du Québec. Lors de l’inauguration, le 1 décembre 2010, beaucoup de joueurs étaient très réfractaires aux critiques envers EspaceJeux. Leur espoir était qu’EspaceJeux allait rapidement devenir une partie de pêche pour les joueurs professionnels ou ceux qui pensaient le devenir. En psychologie, on dit que Loto-Québec bénéficiait d’une puissante assimilation de la part de ces joueurs. En marketing, cela vaut de l’or car ce type de client peut tolérer de nombreux dysfonctionnements … tant qu’il ne franchira pas l’ ancrage. Mais, avec la finale en ligne du championnat de poker, c’était un bordel difficile à ne pas voir. La bourde était tellement loufoque que Loto-Québec n’apparaissait plus comme un rempart solide où les critiques s’échouaient invariablement. Le passage conséquent de l’assimilation au contraste est digne des meilleurs traités sur la théorie du jugement social. Par la suite, on a vu des clients, parmi les plus assimilés, devenir des critiques sévères d’EspaceJeux. Samedi (6 décembre 2014), c’est ce que pourraient avoir aussi vécu Amaya et PokerStars.

Depuis le 1 décembre 2014, PokerStars a une promotion intitulée $1M Milestone Hands. Il suffit de participer à une partie à l’argent à la bonne table pour recevoir des cadeaux en argent. Cela survient trois cents fois, pour 300 millions de mains aux parties à l’argent, pour une bourse totale de un million de dollars à distribuer. Quand une borne (Milestone, la millionième main) est franchie, les autres joueurs du réseau sont avisés pour être témoin de l’événement. Or, hier, l’événement survient à une table en argent fictif … à une table où cela n’est pas supposé survenir. Pour les responsables de la programmation, l’erreur est énorme car on ne s’attend vraiment pas à ça de PokerStars qui organise souvent ce type de promotion. L’erreur est tellement inattendue qu’elle ébranle la certitude en la solidité du logiciel de poker, jusque-là un net avantage de PokerStars sur ses concurrents.

Voici une des images capturées très tôt lors de l’événement.

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On est vraiment à une table en argent fictif. Au moment de la capture, la table était gelée … ce qui n’a pas empêché certains joueurs d’aller s’y installer après coup. Sur cette image, il y a 3 joueurs avec 1000 jetons. En situation de jeu, c’est plutôt étonnant … quoique possible. Mais, il est plus raisonnable de croire que 3 joueurs ont été s’inscrire à cette table après l’annonce de la Milestone. Mais, le manque de contrôle des programmeurs apparaît pire si on compare notre image avec celle reproduite sur PrincePoker. Sur notre image, le joueur Brick1Time avec 2364 jetons est remplacé, sur l’image de PrincePoker, par DEEPsource qui a les 1000 jetons qu’on accorde aux joueurs qui arrivent dans la partie. C’est le cas aussi de make0420. Pendant tout le temps que la table était gelée, mais toujours activée, les joueurs devaient se garrocher pour aller s’asseoir à cette table alors que les programmeurs n’en avaient pas le contrôle. C’est un bordel suffisant pour que les mordus de PokerStars en viennent à se demander si PokerStars est toujours LE Pokerstars.

Pour Amaya, le danger n’était pas de faire une erreur. Mais, c’était de le faire là où on ne le croyait pas possible. C’est à suivre notamment si on croit en la venue d’un sauveur du poker au Québec.



Image en entête : Vincent Van Gogh, Le Bordel 1888

2014-12-05

Rien à comprendre aux gains des jeux mini sur EspaceJeux

200px_cl5.pngHier, il a été question de la publication confuse des lots progressifs aux jeux mini d’EspaceJeux. Le hasard fait bien les choses. Aujourd’hui (4 décembre), EspaceJeux a répondu à ma requête du 19 novembre dernier (il y a 15 jours) au sujet d’un lot progressif inexpliqué de 936 dollars au jeu Luxor.

À ce jeu, les lots progressifs ne varient que de quelques dollars, sinon de quelques sous. Incidemment, je note la valeur de ces lots une fois par jour depuis l’inauguration il y a 77 jours. Pour le lot progressif de 200 dollars, je n’ai jamais constaté un progrès plus grand que $ 201,11! Pour le lot de 1000 dollars, c’est $ 1005,56. Alors, comment expliquer un lot de 936 dollars?







Voici la réponse d’EspaceJeux :

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Sur la page mentionné dans ce courriel, on peut lire : Les gagnants sont affichés en permanence, et en temps réel, dans la section Bingo. Veuillez noter que les montants inscrits correspondent aux gains réalisés au cours d'une même session de jeu, au jeu indiqué. (C'est moi qui souligne)

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Bon, il faut croire que cette règle ne s’applique pas uniquement aux gagnants de 1000 dollars ou plus.

Maintenant revoyons le graphique publié hier. En bas de la ligne verte des 200 dollars, depuis le 18 septembre 2014, il y a six montants ($53, $ 67, $104, $131, $139, $155) dont la publication, à l’écran du site d’EspaceJeux, indiquait Progressif – Luxor. Tous ces montants sont inférieurs au lot minimal de 200 dollars qu’un joueur doit nécessairement encaisser lorsqu’un lot progressif Luxor survient durant la session de jeu. Ou bien on n’a pas versé à ces joueurs tout l’argent auquel ils avaient droit, ou bien il n’y a rien à comprendre des montants publiés … malgré la précision faite dans le courriel d’EspaceJeux.

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Et que reflète le lot de 936 dollars gagnés par fr8train? Le 27 octobre, des montants de 161 dollars (Faune marine) et de 783 dollars (Progressif – Faune marine) avaient été annoncés pour ce joueur. Et puis, plus rien d’autre jusqu’au 19 novembre. Si sa session était active depuis le 27 octobre, un lot de 200 dollars aurait porté le total à 983 dollars, et non 936. Mais peu importe, le texte d'EspaceJeux précise que le cumul se limite au jeu indiqué, c'est-à-dire Luxor. Pendant les 22 jours entre ces deux dates, la liste des gagnants récents mentionnait, à chaque jour, des lots aussi bas que 5 ou 6 dollars, et fr8train n’en faisait pas partie. Dès lors, il n’est pas plausible que le montant de 936 dollars s’explique par un cumul de lots intermédiaires au jeu Luxor acquis durant les jours précédents. Dans ce cas, à ce jeu, fr8train aurait encaissé plusieurs fois le lot progressif minimal de 200 dollars et/ou des lots intermédiaires non-progressifs durant la seule journée du 19 novembre? Cela ne tient pas debout.

La publication des lots aux jeux mini sent l’entourloupette à plein nez. Le joueur n’a aucune chance de comprendre ce que signifient ces montants, et tout laisse croire que le même dollar est annoncé plusieurs fois. L’information selon laquelle les gains sont cumulés est annoncée dans une page des gagnants qui n’est pas celle où on annonce les gains du bingo. Par surcroît, la page qui contient l’information a tout l’air d’une page abandonnée depuis deux mois. Capturée aujourd’hui, cette page ne mentionne plus de gagnants aux jeux de casinos en ligne depuis le 5 octobre 2014. A-t-on vraiment inséré une information cruciale dans une page obsolète séparée? Wow, une chance que le jeu étatique est plus intègre que le jeu offshore!

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Photo en entête : JD Fletcher, GFDL with kind permission of the artist

2014-12-03

Publication confuse des lots progressifs aux jeux mini d’EspaceJeux

240px_la_liste_des_gagnans_de_la_lotterie.pngDepuis le 12 juin 2014, les clients de Loto-Québec peuvent jouer au bingo en ligne sur le portail d’EspaceJeux. Et depuis le 23 août 2014, les joueurs de bingo en ligne peuvent simultanément jouer à des jeux de machines à sous sans quitter l’interface du bingo. Ces jeux sont désignés sous le nom de jeux mini. De nouveaux jeux s’ajoutent aux deux-trois semaines. Par exemple, dans la figure suivante, l’interface du bingo se situe à gauche et on constate le jeu de machine à sous Super 7 à droite. Pendant que le joueur est en attente d’une nouvelle partie de bingo, il lui est possible de briser l’ennui en jouant aux jeux mini. Il lui est aussi possible de briser l’ennui durant la partie de bingo.

En haut à droite du cadre dédié au jeu Super 7 (voir l'autre figure suivante), on constate l’annonce d’un lot progressif valant actuellement 13 246,93 dollars. À ce jeu, il y a deux lots progressifs dont les montants minimaux sont de 600 dollars et de 12 000 dollars. L'annonce de ces deux lots se fait alternativement dans la bande défilante au haut de l'encadré.

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Pour peu qu’on s’en donne la peine, on peut connaître la liste des gagnants en consultant la page Accueil>Bingo>Salles de bingo du site web d’EspaceJeux. En consultant régulièrement la liste des gagnants récents, on peut faire l’inventaire des gagnants. En consultant régulièrement la valeur du lot progressif en situation de jeu, on peut suivre l’évolution de la valeur du lot progressif.

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Voici donc le graphique de l’évolution des deux lots progressifs du jeu mini Super 7 (lignes noires) depuis l’inauguration le 3 septembre 2014.

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Les deux lignes vertes pointillées indiquent la valeur minimale des lots progressifs. Les ronds jaunes indiquent la valeur des lots progressifs empochés par les joueurs. À gauche de la ligne pointillée bleue, il y a un cercle gris correspondant à un lot vraisemblablement remporté à la fin août par un joueur de PlayNow puisque le jeu n'était pas offert sur EspaceJeux.

Ce qui est bien avec ce graphique est que les ronds jaunes se situent aux sommets des lignes noires et qu’on constate immédiatement la réinitialisation du lot progressif à sa valeur minimale. Un lot progressif annoncé ne doit jamais être plus petit que son montant de réinitialisation.

Voyons voir ce qui en est avec d’autres jeux mini. Ici, il s’agit du jeu Faune marine pour lequel il n’y a qu’un lot progressif. C’est pas mal moins clair.

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Notons d’abord que, dès le 12 juin 2014, EspaceJeux annonçait des gagnants (ronds gris) bien avant que le jeu ne soit disponible sur EspaceJeux (23 août 2014). Selon EspaceJeux, il s’agit de gagnants provenant de PlayNow. Sur EspaceJeux, la liste des gagnants est trompeuse si l’on croit que cette liste reflète ce qu’il se gagne sur EspaceJeux. Rien n’avise le joueur qu’il en est autrement.

Allons-y avec les bizarreries inexpliquées. D’abord, la flèche bleue-pâle pointe des lots publiés ($248 et $264) qui sont inférieurs au montant minimal garanti (300 dollars). Depuis le 12 juin 2014, c’est arrivé 5 fois. Par ailleurs, la flèche verte pointe trois lots annoncés alors que le lot affiché en situation de jeu n’a pas été réinitialisé.

Dans l’ensemble du tracé, on ne détecte pas une corrélation particulière entre l’annonce d’un lot et une réinitialisation. En particulier, la flèche rouge verticale pointe une réinitialisation alors qu’il n’y a pas eu d’annonce récente d’un lot dont la valeur pourrait correspondre au montant indiqué du lot progressif ce jour-là.

Le premier décembre, on constate un lot de 1284 dollars qui sort de nulle part (voir flèche rouge horizontale). En l’occurrence, en situation de jeu, je n’ai jamais constaté une valeur plus grande que 767 dollars pour ce lot progressif. Pour passer de 300 à 765,59 (dernière valeur enregistrée avant le gain; 30 novembre 20:15), il a fallu 5 jours. Difficile de croire que ce lot ait pu faire un bond de 518 dollars en quelques heures … surtout durant la nuit.

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Depuis l’inauguration du jeu Faune marine sur EspaceJeux, 18 123 dollars ont été annoncés lors de la publication de 36 gains différents. De ce montant, 23,6% ($ 4285) sont allés au même joueur, gagnant 10 fois. Cela ne donne pas l’impression d’une vaste clientèle.

Dans le graphique suivant, il s’agit du jeu de Luxor dont il a été question sur ce blog le 31 octobre dernier.

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À ce jeu, on annonce trois lots progressifs. Mais, en fait, les valeurs sont pratiquement constantes, et cette désignation pourrait être trompeuse. Sans progression, il n’y a pas de lot progressif! Néanmoins, les valeurs de réinitialisation annoncées sont de 200, 1000 et 20000 dollars. Dans le graphique, seules les valeurs des lots réinitialisés à 200 ou 1000 dollars sont affichées. Le lot de 20000 dollars n’a jamais été gagné. On y constate bien que les lots, dits progressifs, ne progressent pas d’un jour à l’autre. Les deux lignes noires sont horizontales. Conséquemment, nous aurions pu nous attendre à ce que les gains publiés soient tous à peu près égaux aux montants de réinitialisation. Ce n’est vraiment pas le cas. Encore bizarrement, il y a beaucoup de lots publiés qui sont inférieurs à 200 dollars, pourtant le montant annoncé minimal par Loto-Québec. C’est le cas du montant de 67 dollars, gagné par Maturin, dont il était question dans le billet du 31 octobre.

À ce jeu, 15 lots ont été publiés pour un montant total de 6689 dollars depuis l’inauguration sur EspaceJeux (18 septembre 2014). De ce montant, Maturin a gagné au total 4291 dollars (64,2%) lors de huit gains. Ou bien, il n’y a pas grand monde. Ou bien, Maturin a un budget, une rapidité et une persistance hors du commun.

Quand on discute de l’intégrité d’un site de jeu en ligne, il ne faut pas se contenter de répertorier les joueurs qui essaient de tricher. Il faut aussi examiner si le mode de fonctionnement n’induit pas les joueurs en erreur. À cet égard, la publication des gains est un aspect majeur du suivi qu’on doit faire.



Photo : Études prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris - La Liste des gagnans de la Lotterie.jpg

2014-11-30

Quand on se force le moindrement ...

320px-Phodopus_sungorus_-_Hamsterkraftwerk.jpgInauguré le 1 décembre 2010, EspaceJeux a quatre ans aujourd’hui. Le gouvernement du Québec croyait qu’un Eldorado lui échappait. Mais, en à peine quelques mois, le constat d’échec était manifeste. En particulier, le marché du poker en ligne était trop petit pour qu’EspaceJeux-poker devienne rentable. La stratégie de marketing viral a foiré. Pour l’indispensable clientèle novice, l’expérience de poker en ligne s’avérait décevante. La seule curiosité qui reste : comment le gouvernement va-t-il s’y prendre pour convaincre PokerStars de venir se casser les dents à sa place dans un écosystème irrémédiablement vidé pour au moins une génération?


Pour pallier à l’insuffisance de données empiriques probantes dans l’irrespectueux rapport du comité de suivi, voici le graphique du nombre de mains jouées sur le réseau à chaque semaine depuis le 1 décembre 2010.

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Le diamètre des ronds bruns est proportionnel à la valeur du lot progressif de la main crève-coeur au moment où il a été gagné. Le lot numéro douze est presqu’imperceptible tellement il était petit. Pour les 4 premiers lots (avant le 23 novembre 2012), il était nécessaire d’avoir au moins un carré de valets pour être éligible à la main crève-coeur. Depuis, un carré de huit suffit. Plus probables, les lots sont conséquemment plus petits. Sur ce graphique, on ne décèle pas d’impact de la main crève-coeur. À tout le moins, la main crève-coeur n’est pas une locomotive pour l’ensemble du réseau.

Les lignes horizontales rouges, orangées, bleues et grises sont le résultat d’une analyse de régression segmentée. Ce type d’analyse permet de diviser un parcours en vue d’estimer à quel point des événements périodiques varient. Ici, les lignes bleues correspondent à la haute saison. Les lignes rouges correspondent à la basse saison.

Les lignes vertes verticales indiquent le 1 janvier. Les lignes verticales pointillées marquent le début (24 juin) et la fin (6 septembre) de ce qui est considéré comme la période des vacances estivales au Québec. Entre janvier et le 24 juin, le nombre de mains jouées sur le réseau est typiquement en décroissance. Puis, au début des vacances estivales, il y a un début de remontée qui s’accélère en septembre.

Globalement, on constate que le nombre de mains jouées diminue d’année en année. La haute saison est de plus en plus courte, et la basse saison s’allonge. En particulier, cette année, la remontée ne s’est pas accélérée en septembre. Ce dernier événement est postérieur au rapport du comité de suivi (mai 2014).



Photo du hamster : Doenertier82

2014-10-31

Sur EspaceJeux, l’image des lots progressifs peut se multiplier comme la manne sans que cela ne rapporte un sous de plus aux joueurs

EJ_2014-10-31_22h07m_Lot_progressif_2_Luxor.pngPar rapport aux sites offshores, pour le joueur, un avantage des sites étatiques de jeu en ligne est d’avoir presque la garantie d’être payé … presque parce qu’il existe une histoire pas claire avec un lot progressif du jeu Lutin Chanceux que Loto-Québec refuse de payer. À part ce litige, d’aucuns diront que la garantie de paiement est une preuve d’intégrité du site EspaceJeux. Pas vraiment. Cette presque garantie prouve uniquement que Loto-Québec agit légalement. Mais, il est imprudent d’apparier trop vite légalité et intégrité. Par exemple, si le jeu était altéré par des fraudeurs à l’insu de Loto-Québec, l’expérience de jeu n’aurait plus d’intégrité sans que Loto-Québec n’ait nécessairement mal agi.

Alors que Loto-Québec ne parvient pas à maintenir les dividendes qu’elle verse au gouvernement, l’échec d’EspaceJeux soulève le risque de pratiques commerciales douteuses qui, sans être illégales, pourraient soulever un questionnement raisonnable quant à l’intégrité de l’expérience de jeu en ligne. À tout le moins, ces pratiques commerciales pourraient être incompatibles avec l’éthique gouvernementale.

Depuis le 18 septembre 2014, il y a, dans l’environnement du bingo en ligne d’EspaceJeux (Jeux mini), un jeu de machine à sous appelé Luxor. Quand on l’active, on déduit à l’écran l’existence de trois lots progressifs dont les valeurs sont toujours dans le voisinage de $200, $1000 et $20000 respectivement. En haut à droite de ces captures d'écran, voici trois segments d'une ligne unique qui défile à l'écran selon un mode Times Square.

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D’après ce qu’il me semble raisonnable de conclure de cette présentation de l'offre de jeu, j’avais la certitude qu’il y avait trois lots progressifs ($20000+$1000+$200) qui offraient la garantie de trois gains minimaux différents … comme c’est habituellement le cas avec les jeux à lots progressifs qu'on trouve sur EspaceJeux. Mais, cette semaine, il y avait un gain bizarre dans la liste des gagnants. On y lit que maturin a gagné 67 dollars le 26 octobre grâce à un lot progressif du jeu Luxor. Comment ça, 67 dollars?

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Quand on va lire les règles du jeu, on constate que cinq symboles accordent 100% du lot progressif. Je comprends que c’est le $20000 ou plus. Si j’ai seulement quatre symboles, j’obtiens 5% de ce montant, soit $1000 ou plus. Et si j’ai seulement trois symboles, j’obtiens 1%, soit $ 200 ou plus. Stop, il n’y a qu’un seul lot progressif … pas trois. De ce que je connais de la psychologie des processus cognitifs, je crois qu'on m'a placé ici dans un tunnel cognitif. Hmm!

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Bon d’accord, il n’y a qu’un lot progressif. Mais alors, comment, même avec seulement 1% du lot, maturin est-il parvenu à ne gagner que 67 dollars? Bizarre! Probablement que le texte des règles crée plus de confusion dans mon esprit qu’il ne m’éclaire. C’est manifestement un problème pour un site étatique!

2014-09-19

Tournois ou parties à l'argent

220px_ej_2014-09-19_pp16h_gratuit16h.pngAu poker en ligne, préférer jouer avec des jetons dans un tournoi, ou avec de l’argent dans des parties payantes, implique probablement deux personnalités différentes. À la limite, on pourrait croire que le joueur à l’argent, qui est probablement celui qui cherche à vivre du poker, ne va s’inscrire qu’aux tournois qui ont le meilleur rapport coût/bénéfice … en autant que le bénéfice en vaille la peine. En cherchant à vérifier cette hypothèse sur le Canadian Poker Network (CPN), j’ai observé d’étranges associations entre le nombre de joueurs actuellement en train de jouer à l’argent et le nombre de joueurs inscrits aux différents tournois.

Je suis parti de l’idée que, à 22:00, la plupart des joueurs récréatifs sont partis se coucher et qu’il reste sur le réseau surtout des joueurs qui s’impliquent beaucoup dans le poker en ligne. À tous les jours à 22:00, il y a un tournoi 1 000$ GT R&A dont l’inscription coûte $5+0,50. Voici la covariation (voir plus bas le graphique avec des cercles beiges) entre les inscriptions à ce tournoi quotidien (en ordonnée) et le nombre de joueurs à l’argent à 22:00 (en abscisse) tel que rapporté (entre le 1 mai 2013 et le 31 août 2014) par pokerscout.com selon les données fournies par le CPN. Dans l’encadré en bas à droite, il y a l’équation de la droite de régression ainsi que le R carré. Ces données se lisent ainsi. Si on ne tenait pas compte des joueurs à l’argent sur le réseau, le nombre moyen d’inscriptions au tournoi serait 82. Mais en moyenne, pour 100 joueurs actuellement en train de jouer à l’argent, 5,9 s’inscrivent au tournoi.

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Par contre, autour de la moyenne, il y a énormément de variance. Un R carré égal à zéro indique que le nombre de joueurs à l’argent ne permet pas du tout d’estimer le nombre de joueurs inscrits au tournoi. Un R carré égal à un indiquerait que, en connaissant le nombre de joueurs à l’argent, on saurait parfaitement combien de joueurs se sont inscrits au tournoi. Dans le cas présent, le R carré est très près de zéro, si bien qu’il semble y avoir un lien très faible entre les inscriptions aux deux événements.

Peut-être qu’à 22:00, il y a des joueurs à l’argent qui prévoit quitter bientôt et qui n’ont conséquemment pas envie de s’inscrire à un tournoi qui peut durer plusieurs heures. Dans ce cas, examinons le nombre d’inscriptions au tournoi en fonction des joueurs à l’argent qui sont encore présents à minuit. Le R carré est encore très près de zéro.

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Bon, examinons ce qui se passe avec les joueurs à l’argent encore présents à 02:00 du matin. Le R carré est toujours près de zéro.

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Ma surprise est survenue quand j’ai comparé le nombre de joueurs à l’argent à 22:00 au nombre d’inscriptions au tournoi gratuit de 22:00. Le R carré grimpe à 0,2777. Pour 100 joueurs à l’argent, 53 s’inscrivent??? Cela peut être le cas quoiqu’il existe une possibilité pour que les 53 joueurs supplémentaires ne soient pas les mêmes personnes que les 100 joueurs à l’argent. Par exemple, un événement spécial, comme le Super Bowl, peut faire chuter simultanément les participants à ces deux modalités de jeu. Il y a covariation. Mais, les joueurs qui s'absentent du tournoi ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux qui quittent les parties à l'argent ... malgré qu'ils aient le même motif. Mais si un événement tiers fait fluctuer les inscriptions, pourquoi le ferait-il pour le tournoi gratuit mais pas pour le 1 000$ GT R&A de 22:00? On pourrait certes complexifier l'explication mais la plausibilité pourrait finir par en souffrir.

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La relation entre le nombre de joueurs à l’argent à 19:00 est encore plus forte avec le tournoi gratuit de 19:00. Ici, le R carré grimpe à 0,5094.

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À 16:00, le R carré est de 0,5609.

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Mais, à 01:00, il est redescendu à 0,2523.

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En soirée, le R carré se maintient à 0,442 avec le tournoi 2 500$ GT R&A à 18:00. Il s’agit du deuxième tournoi quotidien le plus généreux en bourse. L'inscription coûte 12+1 dollars.

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Par contre, à 21:00, la relation disparaît. Le $4,000 GT R&A est joué du dimanche au mercredi (en rouge). Le R carré est de 0,1355. Le $3,000 GT R&A Turbo est joué du jeudi au samedi (en brun). Le R carré est de 0,0548. Ce tournoi est le plus généreux en bourse parmi les tournois quotidiens. Il coûte présentement 22+2 dollars.

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Ce qui étonne dans ces graphiques est la plus grande association entre le nombre de joueurs actuellement en train de jouer à l’argent et les inscriptions aux tournois gratuits. Bizarre, bizarre!

2014-09-15

Un écosystème spolié

220px_delphyodontos_dacriformes.pngSur un réseau de poker en ligne, les tournois gratuits sont utiles à familiariser les novices. C’est probablement une des principales portes d’entrée des joueurs récréatifs dans l’écosystème, notamment en favorisant une participation quotidienne. L’exploitant récompensant les gagnants avec des petits lots, on peut anticiper que ces petits gains vont motiver une inscription à des tournois avec coût d’entrée et conséquemment l’espoir de lots plus importants en bourse.

Du moins, c’est comme ça quand les tournois gratuits ne sont pas spoliés par les joueurs réguliers. À chaque fois qu’un novice ne gagne pas, ou ne figure pas bien, l’écosystème s’affaiblit d’un joueur qui abandonnera plus vite au lieu de persister. Mais, il y a pire. Les réguliers, qui jouent simultanément à plusieurs tables, n’ont pas 4 heures à consacrer à un tournoi qui rapporte peu. Comme il n’en coûte rien, le régulier va jouer n’importe quelle main sans vraiment porter attention. Si la chance lui procure rapidement un grand nombre de jetons, il a ce qu’il faut pour écraser rapidement les novices et les écarter des tables finales. Sinon, il va se débarrasser rapidement du tournoi en faisant le fou ou en se déclarant absent. Ce faisant, les réguliers détruisent l’expérience poker des novices car le tournoi n’est plus une partie de poker mais une loterie. Motivé par le poker, le novice ne trouve pas là ce qu’il cherche.

Sur le Canadian Poker Network (CPN), la présence des réguliers aux tournois gratuits, par surcroît équipés de logiciels d’aide à la décision, est une des explications plausibles au fait que l’écosystème apparaît épuisé en joueurs récréatifs. Les réguliers se mangent entre eux. La perte est probablement irrémédiable.

Malgré un buzz initial probable, l’arrivée éventuelle de PokerStars.ca n’est pas une solution car les frontières de l’écosystème seront probablement les mêmes. Au Canada, le code criminel ne permet pas aux provinces d’offrir l’accès à une activité de jeu à une personne située ailleurs que sur son territoire … pas même à ses citoyens hors territoire. En l’occurrence, on ne peut pas accéder à son compte EspaceJeux en Colombie-Britannique malgré que PlayNow fasse partie du Canadian Poker Network (CPN). Sans l’accord du gouvernement fédéral pour changer le code criminel, la barrière territoriale est immuable. Le Québec ne peut pas conclure un accord avec le New Jersey, par exemple, comme il l’a fait avec la Colombie-Britannique. Les accords se limitent aux provinces, et l’Ontario n’est manifestement pas pressée peu importe que ce soit via PokerStars ou autrement.

Actuellement (du 1 janvier au 14 septembre 2014), dans les tournois gratuits, le CPN accuse un retard sur la même période l’an passé (du 1 janvier au 14 septembre 2013) (voir le graphique ci-après). Quotidiennement, il y a 4 tournois gratuits. Pour les tournois de 01:00, 16:00, 19:00 et 22:00, les retards dans le nombre d’inscriptions sont respectivement de 8,8%, 6,1%, 6,2% et 7,9%. Pour l’ensemble de l’année 2013 (la dernière année complète), le nombre moyen d’inscriptions était respectivement de 296, 518, 647, 574. Dans son rapport annuel 2012-2013, Loto-Québec affirmait (voir page 10) avoir franchi le cap des 100,000 comptes créés sur EspaceJeux.

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Entre l’inauguration et le 23 mai 2011, les tournois gratuits s’appelaient Poker 101 et les gagnants se partageaient 20 lots totalisant 101 dollars. Puis (voir la ligne verticale noire en pointillée), EspaceJeux a modifié sa formule pour créer des tournois gratuits où seulement 5 gagnants se partagent 25 dollars. PlayNow s’est joint au réseau le 19 février 2011. Il y a eu une baisse des inscriptions. L’arrivée du Manitoba le 23 janvier 2013 passe inaperçue.

À noter aussi que durant la période Poker 101, il y a eu deux séries de tournois-satellites gratuits quotidiens menant à des finales avec d’importants lots en bourse (voir le second graphique). De l’inauguration (1 décembre 2010) au 11 février 2011, il y a eu la série des tournois 250K (au total 250 000 dollars distribués en lots quotidiens, hebdomadaires ou durant la finale). Puis, à l’arrivée de PlayNow, il y a eu un 100K entre le 21 février 2011 et le 18 mars 2011. Malgré des lots plus alléchants, le nombre d’inscriptions n’a jamais dépassé les données enregistrées en 2013. Tout indique que l'écosystème avait peu de ressources avant l'inauguration et qu'il a été mal stimulé à partir de mai 2011. En 2013, il a probablement atteint son niveau maximal, mais avec un ressac en 2014 qui témoigne que la stimulation a surpassée les processus de resourcement.

C'est simpliste d'évoquer une tendance mondiale pour expliquer les difficultés du CPN. Le poker en ligne est une structure pyramidale destinée à chuter d'autant plus rapidement que l'écosystème a été maltraité.

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Dessin : Apokryltaros

2014-09-12

Sabotage marketing?

EJ_popup_2014-09-11_21h48m_.pngDepuis quelques semaines, EspaceJeux inonde les joueurs de fenêtres popup apparemment destinées à relancer les inscriptions aux tournois de poker en ligne. Ces popup surgissent abondamment au point de dégrader sérieusement l’expérience de poker en ligne. Il faut constamment se déconcentrer du jeu pour s'en défaire. Loto-Québec voudrait se débarrasser de la clientèle qu’il y a là un excellent moyen pour saboter le volet poker d’EspaceJeux.

Une chose est certaine. On ne voit pas comment écoeurer le client pourrait raisonnablement se justifier dans une stratégie marketing véritablement orientée vers la relance de la consommation. Et devant ce constat, on pense immédiatement à trois données contextuelles : (1) les postes abolis et le report de projets informatiques à Loto-Québec, (2) en Ontario, l’OLG construit un site de jeu en ligne en se préservant d’offrir du poker en ligne, et (3) la possibilité qu’Amaya, incluant des anciens de Loto-Québec, puisse indirectement privatiser un volet poker abandonné par Loto-Québec.

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J’ai beau faire des efforts. Je n’arrive pas à me débarrasser de l’idée qu’on manigance pour étouffer le poker en ligne étatique. Et avec une menace de cyber-grève des joueurs (commentaire 10605), un prétexte s'ajoute.

2014-09-09

Fréquence de jeu sur le Canadian Poker Network

EJ_2014-09-09_Compteur_de_mains.pngPeu importe que ce soit durant une partie à l’argent ou durant un tournoi, à chaque fois que des cartes sont distribuées à une de ses tables de poker en ligne, le Canadian Poker Network (CPN) augmente de 1 la valeur du compteur des mains jouées depuis l’inauguration. Ce compteur est un autre indicateur de la performance globale du réseau exploité par GTech pour le compte d’EspaceJeux (Loto-Québec) et de PlayNow (Colombie-Britannique et Manitoba).

Voici le graphique du nombre de mains jouées à chaque semaine depuis l’inauguration du réseau le 1 décembre 2010. Les cercles indiquent quand un lot progressif de la main crève-coeur a été gagné. Le diamètre des cercles est proportionnel à la valeur du lot progressif. En l’occurrence, le montant total attribué lors de la seconde main crève-coeur a été de près de un million de dollars canadiens ($992 991). Après la quatrième main crève-coeur, le critère est passé d’un carré de valets à un carré de huit. Cela a augmenté la fréquence des mains crève-coeur en diminuant conséquemment la taille des lots progressifs.

Annuellement, on constate un sommet en début janvier. Puis, une diminution se produit avant les mois d’été. Ici, les pointillés indiquent la période de l’été entre le 24 juin et le 6 septembre. Cette diminution commence à se résorber dès le mois de juillet mais sans regagner le sommet de l’année précédente.

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2014-09-08

Stagnation du poker en ligne sur EspaceJeux

EJ05_Mai2013-2014_.pngLe Canadian Poker Network CPN) est une plateforme de poker en ligne, exploitée par GTech, qui est réservée aux sites étatiques canadiens EspaceJeux (Loto-Québec) et PlayNow (Colombie-Britannique et Manitoba). Chaque jour, le site pokerscout.com obtient du CPN, et publie sous forme graphique, 72 données (aux 20 minutes) concernant le nombre de joueurs actuellement en train de jouer à l’argent (c’est-à-dire à l’exclusion des tournois).

Compte tenu que Loto-Québec n’a pas à coeur de communiquer cette information aux citoyens du Québec, les personnes qui désirent être informées de l’état du réseau doivent capturer les données rendues publiques par pokerscout et les reconstruire artisanalement à partir des graphiques à leur résolution maximale. Voici donc, à plus long terme, l’état du réseau entre mai 2013 et août 2014. Ces données permettent notamment de comparer les changements survenus entre 2013 et 2014 durant quatre mois de mai à août.

L’abscisse des illustrations représente l’heure durant la journée. Chaque point représente une journée dans le mois … à cette heure-là. Quel que soit le mois de l’année, le volume est au plus bas entre 5:00 AM et 8:00 AM. Le trafic augmente ensuite de manière quasi linéaire jusqu’à 9:00 PM pour culminer vers 10:00 PM. Il entame ensuite une diminution rapide jusqu’aux petites heures du matin.

Certains points se détachent au bas des illustrations. Quand ils ne sont pas directement sur l’axe, ils reflètent surtout l’apport unique de PlayNow, alors qu’EspaceJeux n’est pas accessible. Un point directement sur l’axe indique que le réseau ne fonctionne pas du tout. Pokerscout rapporte alors une fréquence égale à zéro. À l’occasion, des données ne parviennent pas jusqu’à pokerscout de sorte qu’il existe quelques rares données manquantes dans ces illustrations. Ces dernières constituent néanmoins un portrait très fidèle de l’état du réseau.

Une chose est claire. Ces courbes témoignent d’un marché complètement plafonné dont les fluctuations s’expliquent essentiellement par l’heure durant la journée, une variation non expliquée entre les jours, et à un moindre degré par les changements de saison. On ne peut pas établir que ce sont toujours les mêmes joueurs à chaque jour. Néanmoins, l’hypothèse d’une fuite des joueurs jouant à l’argent entre les étés 2013 (en rouge) et 2014 (en jaune) ne se confirme certainement pas.

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2013-08-31

Les mirages du Plan budgétaire pour Loto-Québec

200px-spectropia_or_surprising_spectral_illusions_pg_45.pngLe 20 novembre 2012, le ministre des Finances et Économie du Québec a publié un plan budgétaire 2013-2014 (voir pages A.103-A.106) qui est irréaliste pour Loto-Québec. Le plan contient une erreur qui laisse entrevoir la possibilité de rapatrier plusieurs dizaines de millions de dollars dépensés dans des activités illégales de jeu. Quand on corrige l’erreur, il ne reste plus rien du mirage.

Pour atteindre son objectif financier, Loto-Québec a besoin d’un plan B. Le 1 mai 2013, les médias ont rapporté que Loto-Québec allait dorénavant miser sur la vente d’alcool dans les aires de jeu dès juillet 2013. L’espoir est de rapatrier les joueurs québécois qui jouent hors juridiction.







Lors de l’audition du 29 mai 2013 de la Commission parlementaire à ce sujet, le président de Loto-Québec a identifié les deux principaux rivaux de Loto-Québec : le racino de Rideau-Carleton et le casino amérindien d’Akwesasne. À lui seul, Rideau-Carleton présenterait un potentiel de 42 millions de dollars à rapatrier. Mais, cet espoir est probablement tout aussi chimérique que le mirage initial du plan budgétaire. Aux dires du président :

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En Ontario, l’hippodrome de Rideau-Carleton opère depuis 1962 dans sa forme actuelle, mais des courses y ont lieu depuis au moins 1886. L’hippodrome est situé en milieu rural au sud de la ville d’Ottawa (voir le marqueur-bulle identifié A). Au nord de la rivière, c’est la province de Québec (la ville de Gatineau). Au sud, c’est la province de l’Ontario (la ville d’Ottawa).

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L’implantation d’établissements de jeu dans les banlieues frontalières est une pratique socialement sauvage. Habituellement, la ville banlieue bâtit un casino pour profiter des joueurs de la ville principale située de l’autre côté de la frontière. La banlieue ramasse l’argent, et la ville principale doit payer pour atténuer des problèmes de jeu qu’elle n’a pas causé. Dans le cas présent, c’est Loto-Québec qui a commencé, le 24 mars 1996, en inaugurant le casino du Lac Leamy (voir le marqueur-bulle A dans l’agrandissement suivant). Mais, deux ans auparavant, l’Ontario avait fait le même coup aux Américains en inaugurant un casino à Windsor. Si on fait abstraction de la rivière Détroit qui agit comme frontière, Windsor est une banlieue de Détroit comme Gatineau est une banlieue d’Ottawa. Il n’y a qu’un pont à franchir.

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En réponse au casino du Lac Leamy, l’Ontario a autorisé l’implantation de 1200 machines à sous à l’hippodrome Rideau-Carleton le 18 février 2000. Ainsi, Rideau-Carleton pouvait retenir en Ontario des joueurs ontariens, mais on ne croit pas qu’il exerçait un attrait important auprès des joueurs québécois. Avec le casino du Lac Leamy, les joueurs québécois bénéficiaient d’un environnement de jeu mieux structuré. Par contre, les parieurs aux courses de chevaux de Gatineau pouvaient trouver un avantage à fréquenter Rideau-Carleton plutôt que de fréquenter la petite piste de courses locale (Aylmer) ou d’avoir à effectuer un trajet beaucoup plus long pour se rendre à l’hippodrome de Montréal … quoique grâce à un bassin de parieurs nettement plus nombreux, Montréal offrait des programmes de courses aptes à attirer les gros parieurs de Gatineau.

Jusqu’en 2008-2009, personne n’a vraiment semblé préoccupé par cette situation. Un changement radical est survenu le 28 juin 2008 quand Attractions Hippiques, l’opérateur privé des hippodromes au Québec, a cessé les activités de courses à Montréal et Trois-Rivières en se plaçant sous la protection de la loi de la faillite. Du coup, la plupart des parieurs au Québec n’avaient plus d’hippodrome de catégorie A bien que l’hippodrome d’Aylmer (catégorie B) a maintenu quelques activités jusqu’au 9 octobre 2009. Pour les parieurs qui aiment fréquenter des hippodromes bien réels, l’hippodrome de Rideau-Carleton s’est avéré la meilleure option. Mais, à part ce motif, les Québécois n’ont pas de raison appréciable pour fréquenter Rideau-Carleton.

Maintenant, à quel point autoriser l’alcool dans les aires de jeu du casino du Lac Leamy (ou ailleurs) peut-il rapatrier les parieurs québécois? Si on en juge par ce qui s’est produit à Québec durant l’effondrement d’Attractions Hippiques, il est à craindre que l’impact sera nul car les parieurs aux courses ne semblent vraiment pas attirés par les appareils de jeu ou les tables de poker.

Le 6 décembre 2007, Loto-Québec a inauguré à Québec un salon de jeu (Ludoplex) sur le site de l’hippodrome de Québec. Depuis quelques années, l’hippodrome opérait 100 appareils de loterie vidéo (ALV). La commission prévue pour le tenancier (26% des revenus des ALV) était versée à l’hippodrome afin de soutenir financièrement les activités de courses. Avec le Ludoplex, le nombre d’ALV a été porté à 335 au profit de l'hippodrome. Malgré un bâtiment neuf aux allures de mini-casino, il est rapidement devenu évident que le Ludoplex n’attirait pas plus de joueurs sur ALV qu’à l’époque de l’ancien local limité à 100 ALV tassés. Il existe une loi du jeu : l’ALV incite le joueur à jouer lorsque le joueur est présent, mais il ne le déplacera pas pour venir jouer.

Le 28 mai 2008, Loto-Québec tente d’augmenter l’achalandage, cette fois, en inaugurant six tables électroniques de poker (Texas Hold’em, 60 places au total). À cette occasion, dans le but de mieux étudier la migration des joueurs entre les courses de chevaux, les ALV et le Texas Hold’em, j’ai entrepris d’aller régulièrement calculer le nombre de personnes en situation de jeu au Ludoplex ainsi qu’à l’hippodrome. Pendant deux ans et demi, en été et en automne, j’y suis allé par bloc de huit semaines les lundi, mardi, jeudi et vendredi durant la soirée … aléatoirement entre 18:00 et 22:00 (en équilibrant les temps de mesure).

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À l’été 2008, en soirée, il y avait des courses de chevaux à l’hippodrome les lundi et jeudi. J’ai utilisé les mardi et vendredi comme journée de comparaison. De l’automne 2008 à l’automne 2009, en passant par l’été 2009, les courses de chevaux n’ont eu lieu que le jeudi. La dernière course de chevaux a eu lieu le 4 octobre 2009 alors qu’Attractions Hippiques a complètement cessé ses activités.

La figure suivante présente le nombre moyen de joueurs en situation de jeu sur ALV. À l’été 2008, on constate que cette moyenne ne change pas qu’il y ait courses ou pas. À toutes fins pratiques, le mardi est similaire au lundi et le vendredi est similaire au jeudi. À partir de l’automne 2008, le Ludoplex a commencé à organiser des tirages les vendredis soirs. Cela explique pourquoi les barres bleues augmentent par rapport aux barres vertes. Les vendredis soirs, le Ludoplex a aussi commencé à offrir un service de party pour des groupes d’amis ou de travail.

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Mis à part l’augmentation de la clientèle le vendredi soir due aux tirages, il n’y a aucune indication que le nombre de joueurs sur ALV fluctue en fonction de la présence ou de l’absence des courses de chevaux. En l’occurrence, dès la fin des courses, la plupart des parieurs se dirigeaient vers le stationnement pour quitter le site immédiatement. À cette occasion, seulement deux parieurs traversaient le hall d’entrée mitoyen pour se diriger vers le Ludoplex … uniquement pour aller rejoindre leur conjointe et quitter rapidement. Bref, les joueurs d’ALV et les parieurs aux courses sont, à toutes fins pratiques, deux clientèles différentes … sans migration malgré la contiguïté de l’offre de jeu.

Même constat du côté du poker. À l’été 2008, environ la moitié des 60 sièges étaient occupés peu importe s’il y avait des courses ou pas. Par la suite, le marché s’est effondré sauf le jeudi alors que des tournois gratuits étaient offerts avec des bourses majorées par Loto-Québec. Ici aussi, pas de migration entre le poker, les ALV et les courses de chevaux. Ultérieurement, le Ludoplex a offert une roulette électronique (23 janvier 2009) et des tables de blackjack avec croupier (mi-juillet 2012). Une poignée de joueurs de poker y ont alors migré.

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Cela ne fait pas beaucoup de doute. Il n’y a que les courses de chevaux pour rapatrier la dépense au jeu que les Québécois font au racino de Rideau-Carleton. Ce n’est certainement pas un verre de bière déposé sur le cabinet d’une machine à sous qui va décrocher les parieurs des courses de chevaux.

Ironie de la situation : le conseil municipal d’Ottawa vient de demander à l’OLG d’interdire la vente et la consommation d’alcool dans les aires de jeu au racino de Rideau-Carleton. Sans doute que le conseil municipal d’Ottawa n’a pas eu l’occasion de prendre connaissance du seul document, trouvé jusqu’ici, qui semble soutenir l’espoir de Loto-Québec de rapatrier des joueurs avec de l’alcool. Ou bien, le conseil municipal a conclu à l’avantage concurrentiel d’offrir un environnement de jeu où le voisin, surexcité, n’a pas de chance de venir renverser son verre de bière, ou pire le vomir, dans le dos des autres joueurs.


Dessin en entête : Filmer, John,engraver; James G. Gregory (Firm),publisher

2013-06-17

Conjuguer alcool et jeu est un risque sociosanitaire

ANQ_2013-06-07_RecommendationDeLaCommission.pngAprès consultations particulières et auditions publiques, la Commission de la santé et des services sociaux recommande au Gouvernement du Québec de ne pas abroger la disposition qui prohibe la vente, le service et la consommation de boissons alcooliques à l’intérieur des aires de jeux. La Commission est d’avis que les risques de conjuguer l’alcool et le jeu sont démontrés. La Commission a aussi conclu qu’il n’existe pas de données permettant de croire raisonnablement que de servir de l’alcool directement dans les aires de jeu, plutôt qu’aux bars déjà existants dans les casinos, permettra d’atteindre les objectifs financiers.

Au-delà de l’avis de la Commission, il n’y a probablement pas beaucoup de Québécois qui croient si essentiels de pouvoir boire de l’alcool dans l’aire de jeu. Pour la grande majorité des joueurs, c’est plaisant de s’arrêter un peu et de prendre le temps de discuter dans les aires de restauration. Mais, surtout, au retour dans l’aire de jeu, c’est rassurant de savoir qu’aucun voisin trop dépendant du jeu et de l’alcool ne pourra venir nous renverser sa bière dans le dos. C’est un avantage concurrentiel des casinos Québécois.

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