Certification de jeu responsable — Loto-Québec juge et partie?

Valérie DufourLoto-Québec a beau se vanter de détenir la plus haute certification mondiale en jeu responsable, l’organisme qui émet cette certification n’est pas crédible aux yeux d’experts parce qu’il a des bureaux au siège social de Loto-Québec et est dirigé par une des cadres de la société d’État.

«Pour nous, c’est comme si l’industrie du tabac se donnait des prix pour la prévention du tabagisme. Ce n’est pas très crédible. (…) Le jeu est aussi dangereux ici qu’ailleurs. Loto-Québec n’offre rien de spécial», commente le porte-parole de la Coalition EmJEU, Alain Dubois.

Loto-Québec a obtenu « la certification de niveau 4 du cadre général de jeu responsable de la World Lottery Association » le 1er avril 2009. Il s’agit de la plus haute cote attribuée par cet organisme international, qui regroupe 140 sociétés de loterie. Selon le communiqué émis par la société d’État à l’époque, « un jury international indépendant, composé d’experts en responsabilité sociale d’entreprise, a attribué cette certification ».

«Nous détenons la certification 4 de la World Lottery Association, la plus haute certification mondiale en jeu responsable», avait d’ailleurs noté le président et chef de la direction de Loto-Québec, Alain Cousineau, lors du lancement des activités en ligne de la société d’État, le 3 février dernier.

Sept principes du jeu responsable

Selon le site Internet de l’organisme international basé en Suisse, Loto-Québec devait respecter sept principes dans ses activités quotidiennes pour décrocher le niveau le plus élevé de certification : « l’information, la protection des joueurs, la collaboration avec les parties prenantes, la recherche, la publicité, la promotion du jeu responsable et le contrôle des activités de jeux ».

Toujours selon le site Internet, Lynne Roiter occupe le poste de secrétaire générale de la WLA et elle dirige les activités de la branche montréalaise. Le bureau montréalais de la WLA sont situés au 500, rue Sherbrooke Ouest, dans le siège social de Loto-Québec. Il est également utile de rappeler que Mme Roiter est secrétaire générale et vice-présidente de la direction juridique de Loto-Québec.

Une certification accordée à Loto-Québec est prise à partie par la Coalition EmJEU.

«Lynne Roiter, c’est la numéro deux de la World Lottery Association. Si on part du principe que l’organisme détermine les critères d’admissibilité, qui va dire non à la secrétaire générale quand elle va proposer de donner la certification 4 à Loto-Québec?» demande le chercheur Serge Chevalier, de la direction de la santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.

Démarche «impartiale»

«Le jury international qui a accordé la certification est une instance totalement impartiale. L’identité des membres du jury est connue. Il y avait un professeur de l’Université d’Ottawa, des spécialistes d’Espagne, du Royaume-Uni... Et Mme Roiter a beau être la secrétaire générale et les locaux ont beau être dans l’édifice de Loto-Québec, on a dû produire un dossier très étoffé. Il n’y a aucun lien de cause à effet», tranche le porte-parole de Loto-Québec, Jean-Pierre Roy.

Le jury qui a accordé la certification était formé de : Errold P. Mendes, professeur à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa; Alice Tepper Marlin, présidente de la firme Social Accountability International (États-Unis); Inés Garcia-Pintos Balbas, responsable des relations internationales et de la responsabilité sociale à la Confédération des banques d’épargne espagnoles (Espagne); Malcom Guy, directeur de la firme The Reassurance Network Limited (Royaume-Uni), et John Luff, fondateur et président de Sustainable Marketing (Royaume-Uni).

«Ces gens n’ont aucune faveur à faire à Loto-Québec, affirme M. Roy. Très peu d’organismes ont la certification 4, seulement une poignée à travers le monde. Et dans certains cas, ce sont des organismes de réglementation qui l’ont demandé, pas des sociétés de loterie.»

«Discours corporatiste»

«Cette certification fait partie du discours corporatif. C’est du marketing pour montrer aux citoyens qu’ils sont responsables», croit pour sa part Alain Dubois.

«Les notions comprises dans ce type de certification sont théoriques. Il n’y a jamais de notion pour savoir ce que ça donne vraiment sur le terrain. La WLA n’est pas un organisme bidon. (…) Mais ils donnent des prix pour valoriser leurs membres», signale Serge Chevalier.

Le spécialiste du jeu compulsif est tout aussi cinglant quant au lancement des activités de jeu en ligne de Loto-Québec. «L’argument de lutter contre le crime organisé ne tient pas la route à lui seul. S’il fallait s’occuper, pour des raisons de sécurité et de santé publique, de tout ce dont le crime s’occupe, l’État ne s’occuperait pas seulement du jeu.»

Écrit par Valérie Dufour, RUE FRONTENAC: http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/17710-loto-quebec-juge-et-partie

Auteurs divers

Author: Auteurs divers

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Aucune annexe



À voir également

Tout-le-monde-en-parle_Alain_Dubois.png

Alain Dubois à "Tout le monde en parle"

Dimanche 9 octobre, j'ai fait un de mes deniers tour de piste, comme expert et critique de l’industrie du gambling à la populaire émission «Tout le monde en parle».

Lire la suite

liberte-internet_-_Copie.JPG

Loto-Québec: Blocage des sites de casinos - La neutralité du Net n'est pas menacé mais...

Le gouvernement du Québec se serait enfin décidé à s'attaquer aux sites privés de jeux d'argent et...

Lire la suite