Les 2000 sites de jeu en ligne existent depuis belle lurette

Sans équivoque, l'estimé de 2000 sites de jeu en ligne n'est pas un argument qui appuie l'idée que l'offre de jeu en ligne est présentement en forte progression. De plus, la disponibilité de ces sites ne prouve en rien que ceux-ci sont utilisés par la population québécoise.

Femme au rouetDans un communiqué du 3 février 2010 du ministère des Finances, on peut lire :

"Au cours des dernières années, le jeu en ligne a connu une forte croissance. On estime que les Québécois ont accès présentement à quelque 2000 sites de jeux de hasard et d’argent en ligne. La croissance de cette activité, sans aucun encadrement, engendre des conséquences néfastes tant pour les joueurs que pour la collectivité. « Loto-Québec veillera à ce que l’offre de jeu en ligne soit intègre et sécuritaire. Elle prendra également les mesures nécessaires pour que la lutte contre la dépendance au jeu demeure une priorité », a affirmé le ministre."

Le même jour, dans un communiqué de presse de Loto-Québec, le ministre des Finances et le président de Loto-Québec déclarent :

"Il faut savoir que les Québécois ont actuellement accès à plus de 2 000 sites de jeu en ligne illégaux, non réglementés et dont l’intégrité est souvent douteuse; « il s’agira pour nous de canaliser cette offre de jeu dans un circuit contrôlé, dans un environnement dont l’intégrité sera irréprochable », a déclaré le président et chef de la direction."

Publié peu après, à la page 9 de son rapport annuel 2009-2010, Loto-Québec affirme:

"En janvier 2010, Loto-Québec a soumis au gouvernement une demande de modification réglementaire lui permettant de développer une offre de jeux de hasard et d’argent en ligne. Plusieurs raisons motivent cette décision, comme la forte progression de l’industrie du jeu en ligne au cours des dernières années. Il existe présentement plus de 2 000 sites illégaux, qui n’offrent aucun mécanisme de jeu responsable et dont l’intégrité est parfois douteuse. Notre mandat est donc de diriger cette activité de jeu existante vers un site intègre, sécuritaire et favorisant le jeu responsable, ce qui contribuera à en minimiser les coûts sociaux, actuellement entièrement assumés par l’État sans qu’il n’en tire de bénéfices."

Actuellement, à l'onglet "Jeu en ligne" du site corporatif de Loto-Québec, on lit :

"Il existe quelque 2 000 sites illégaux de jeu en ligne auxquels peuvent accéder les Québécois. Ces sites ne comportent aucune mesure de contrôle ou de prévention. L'implication de Loto-Québec permet de canaliser l'offre de jeu en ligne dans un circuit contrôlé dont l'intégrité sera irréprochable et dont les profits pourront bénéficier à l'ensemble de la collectivité."

Aucun des communiqués du gouvernement du Québec ou de Loto-Québec ne précise la source sur laquelle repose l'estimé de 2000 sites illégaux, et en quoi cet estimé reflèterait une croissance préoccupante du jeu en ligne.

Après avoir fouillé à fond les moteurs de recherche des bases de données répertoriant les publications scientifiques, il est certain que cet estimé ne repose pas sur une étude publique conforme aux normes de publication scientifique. Alors d'où vient-il?

On retrouve ce nombre précisément sur le site web de l'American Gaming Association, mais encore sans que la source ne soit précisée :

"The first online gambling site launched in August 1995. It is currently estimated that there are well over 2,000 Internet gambling websites offering various wagering options, including sports betting, casino games, lotteries and bingo."

On retrouve aussi cet estimé, toujours cité sans référence, dans d'autres sources émanant de gouvernements désireux d'exploiter le jeu en ligne. Il y a cependant une exception. En France, dans un compte-rendu du Conseil des ministres du 25 mars 2009, on peut lire :

"Depuis plusieurs années, la France est confrontée à une offre illégale très importante de jeux d'argent et de hasard sur Internet : 25 000 sites illégaux de jeux sont accessibles en France, dont un quart en langue française, et 75 % des paris sur Internet sont pris sur des sites illégaux." (Il s'agit sans doute d'une erreur de frappe mal placée.)

Les habitués du jeu en ligne auront vite compris que cet estimé provient vraisemblablement du site : online.casinocity.com . Cet organisation maintient un registre quotidien des sites de jeu en ligne. Le total des entrées dans ce registre est présenté dans la page d'accueil comme étant le nombre de sites de jeu en ligne.

En date du 8 septembre 2010, online.casinocity.com rapporte ainsi l'existence de 2,341 sites de jeu en ligne. Cette source ne permet cependant pas d'obtenir des données en rétrospective. En consultant un document de la compagnie Microgaming, on peut néanmoins faire cette rétrospective pour les années 1995 à 2005. Dans cette figure, les données pour 2006, 2007 et 2008 ne sont que des projections qui ne tiennent pas compte de l'impact qu'a eu, en octobre 2006 aux États-Unis, l'Unlawful Internet Gambling Enforcement Act of 2006 (UIGEA).

N. de sites de jeu en ligne entre 1995 et 2005 Source : http://www.microgaming.com/whymg.aspx

En archivant le site http://www.archive.org/web/web.php, sous l'entrée online.casinocity.com, on peut aussi retracer quelques données pour la période 2004 à aujourd'hui. On y constate alors l'impact de l'UIGEA qui a fait chuter le nombre de sites d'environ 20%. Depuis, avec la rumeur d'un assouplissement des lois aux États-Unis, on observe une timide relance.

N. de sites de jeu en ligne entre 2004 et 2010

Sans équivoque, l'estimé de 2000 sites de jeu en ligne n'est pas un argument qui appuie l'idée que l'offre de jeu en ligne est présentement en forte progression. De plus, la disponibilité de ces sites ne prouve en rien que ceux-ci sont utilisés par la population québécoise.

Liens

Communiqué du 3 février 2010 de Loto-Québec

Communiqué du 3 février 2010 du Ministre des Finances

Onglet "Jeu en ligne" du site de Loto-Québec

Estimé de l'American Gaming Association:
http://www.americangaming.org/Industry/factsheets/
http://www.americangaming.org/federal_issues/

Extrait du compte-rendu du 25 mars 2009 du Conseil des ministres de l'Assemblée nationale française:
http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/jeux_argent.asp
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/jeux-d-argent-et-de-hasard-en-ligne

Jean Leblond

Author: Jean Leblond

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Commentaires (2)

Marc Marc ·  14 septembre 2010, 12:30

S'il y a eu une baisse significative du nombre de casinos j'imagine que leurs profits ont du diminuer encore plus drastiquement!

Raoul Raoul ·  20 juillet 2011, 03:47

Merci Monsieur Leblond ! Votre article me fait penser aux 30,000 à 40,000 vidéopokers illégaux invoqués pour justifier l'offre des ALVs.

Il a suffi que notre gouvernement en saisisse quelques milliers pour qu'ils disparaissent presque tous. Dommage qu'il ne l'ait pas fait avant que ses ALVs soient disponibles.

Ils ont sorti les vidéopokers des dépanneurs sans les remplacer. Ces ALVs ont d'étranges pouvoirs... ou suffisait-il à notre gouvernement de manifester qu'il entendait faire respecter nos lois ?

Raoul

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