France: Observatoire des jeux de hasard et d'argent

Martignoni-HutinLa composition de l’Observatoire des jeux (ODJ) vient d’être annoncée par un arrêté du 11 mars 2011 publié au journal officiel. Elle n’infirme pas nos analyses antérieures et semble conforter la crainte que nous avons exprimée dans notre dernière contribution (1). A savoir que les pouvoirs publics cèdent à la tentation et à la facilité de mettre en place un Observatoire «croupion».

Avec tout le respect (car bien entendu les qualités des personnes concernées ne sont pas en cause) que nous devons à Charles Coppolani (qui sera le Président de l’Observatoire) et à Hélène Gisserot (Présidente du comité consultatif pour l’encadrement des jeux et du jeu : COJER et qui sera aussi membre de l’ODJ) il semble que nous avons là à faire davantage à une Commission, à un COJER bis, qu’à un Observatoire scientifique des jeux de hasard.

L’ODJ apparaît en outre strictement mono-disciplinaire et centré uniquement sur le jeu pathologie maladie. On s’interrogera sur la symbolique engagée par ce choix pour l’économie des jeux et pour les opérateurs de jeux en ligne et en dur. On voudrait faire apparaître les opérateurs comme des dealers – Française des jeux et Etat Croupier en tête - qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Ne parlons même pas de l’image associée faisant apparaître les millions de français qui jouent, comme des drogués du jeu. Image désastreuse et surtout fallacieuse.

Souhaitons beaucoup de courage à nos trois «collègues» addictologues, professionnels de la lutte contre l’addiction au jeu, dont le cumul des fonctions rassure et souligne une grosse capacité de travail… Souhaitons surtout que les pouvoirs publics sachent revoir leur copie pour que l’ODJ soit plus représentatif, et/ou se dote de moyens ambitieux afin d’ externaliser des recherches pluridisciplinaires indépendantes sur les pratiques de jeu de nos concitoyens et la socialisation ludique contemporaine. Si l’Etat et la Majorité ont enfin le courage de jouer franc jeu et de ne pas tricher sur ce volet recherches, du dossier gambling, ils seront gagnants au bout du compte et éviteront bien des critiques, contentieux et polémiques ultérieures, au niveau national et européen.

Si l’Opposition revient aux affaires, elle pourra également s’appuyer sur les travaux de cet Observatoire revisité, pour mener à bien sa politique des jeux. Dans cette perspective la Classe Politique dans son ensemble ( et notamment les parlementaires et sénateurs qui ont travaillé sur le dossier, les maires des villes casinos…) devrait pouvoir se mobiliser en faveur d’un véritable Observatoire des jeux. Les opérateurs de jeu pourraient également le faire, s’ils ne veulent pas que le produit particulier qu’il commercialise soit systématiquement et de plus en plus assimilé à une substance nocive. JP Martignoni sociologue (*)

Lyon ( France) le 21 Mars 2011

(*) Président Fondateur, il y a dix ans, de l’Observatoire des jeux, avec Marc Valleur (Directeur de Marmottan) et Christian Bucher (Psychiatre). Sur cet historique confer notamment les textes : " Prolifération des jeux d'argent, misère de la recherche " (Les Echos , « le point de vue de JP Martignoni», 25 Juin 2001,60) ; “Un Observatoire pour une politique des jeux ” (Espaces tourisme & loisirs n°210, décembre 2003, 16-20) ; « La nécessité d’une réelle politique des jeux « (Les Echos du 26,27décembre 2003, p.10, “Idées” « le point de vue de « )




(1) JP Martignoni : « L’Observatoire des jeux de hasard et d’argent ne doit pas être un Observatoire Croupion » (11 pages, mars 2011) contacts

@ : jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr

tel : 0478774308

port. : 0689480788

J-P G. Martignoni-Hutin

Author: J-P G. Martignoni-Hutin

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Commentaires (1)

Jean Leblond Jean Leblond ·  22 mars 2011, 11:36

Pour qu'un observatoire soit crédible, il faut un accès raisonnable aux bases de données concernant les comportements de jeu ainsi que le contexte socioéconomique dans lequel son expansion se réalise, en commençant par les bases de données gouvernementales. Sinon, des études sont réalisées en dépit de l'ignorance criante de nombreux facteurs qui peuvent influencer les comportements de jeu. C'est ce qui est reproché avec raison, depuis maintenant plusieurs années, aux chercheurs qui n'hésitent pas à ouvrir le crâne des joueurs, en recherche désespérée de miasmes, sans jamais avoir eu l'idée d'ouvrir la porte de la machine. Et, ce n'est pas la seule porte qu'on a tort d'ignorer. La porte des promoteurs et des gestionnaires du jeu doit aussi faire partie de la curiosité des membres de l'observatoire. Sans cela, l'observatoire est borné ... un comble pour un observatoire!

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